‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 33 sur 99 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

^e lisait guère, et le plus grand poète paraissai;t bien moins redoutable que le plus chètif conspir rateur. Ajoutons que Leopardi, publiant ses œuvres lyriques en 1824 , trois ans après les exploits sanglants de la contre-révolution , au moment où Silvio PeUico entrait dans les cachots du Spielberg, crut bon de jeter un gâteau soporifique au Cerbère du despotisme. Seulement il y mêla un sel amer , une ironie profonde qui , pour les confidents de sa pensée, devait changer en satire cette apologie équivoque. Dans une courte préface au lecteur, Leopardi s'exprimait ainsi : « Dans ces canzoniy Tauteur se propose >> de xaviver chez les Itahens cet amour de la >> patrie, duquel procèdent, non la désobéissance, » mais la probité et la noblesse des pensées >> comme des actions. C'est au même but que » tendent , plus ou moins directement , les in- >> stitutions de nos gouvernements, lesquels » veillent aubonheur de leurs sujets , attendu » qu'il n'y a pas de bonheur sans vertu , ni de » vertu véritable et générale dans un peuple >> qui ne s'aime plus lui-même. Par conséquent, » partout où lés sujets n'ont nul souci de leur, >> patrie, ils ne répondent point aux intentions » de leurs, princes. »

64 LEOPARDI, SA YIE BT SES OEUVRES.

Au lendemain des déceptions de 1821 , Leopardi écrivait à Brighenti : « Rions ensemble derrière » le dos de ces imbéciles qui possèdent le globe » terraqué. » Le galimatias ambigu derrière lequel Leopardi abritait son livre est un de ces rires étouffés, qui annoncent la lassitude et le découragement. En voyant ritaJie prosternée plus humble que jamais aux pieds de l'Autriche , et portant au front la flétrissure que lui avait imprimée la défaillance soudaine des Napolitains, l'athlète se retira de la lutte en lançant l'anathème , par la bouche de Brutus mourant , à la gloire , à la vertu , à. toutes les illusions généreuses qui poussent les âmes d'élite aux dévouements inutiles.

L'ode intitulée Brutus -le -Jeune (Bruto Minore) , qui fait partie du recueil publié en 1824 , est le testament politique de Leopardi. Il ne revint jamais sur cette abdication. Huit ans plus tard, il écrivait à M. de Sinner :

« Mes sentiments envers la destinée ont été et » sont toujours ceux que j'ai exprimés dans » Bruto Minore. »

Or voici le superbe défi que le poète, caché sous la figure pensive de Brutus prêt à se jeter sur son épée , adresse au destin et à la postérité :

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