‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 41 sur 99 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

La solitude attire les âmes absorbées dans un monologue intérieur. Leopardi s'y réfugiait avec ses souvenirs, et le charme secret qu'il y trouvait l'a inspiré aussi heureusement que .l'amour sans espoir. Au fond, c'est le même sentiment qui égare le poète dans les détours capricieux de ses promenades solitaires et dans les values aspirations de l'amour platonique. Il' poursuit, ou plutôt il contemple flottant sur le néant des choses un idéal de beauté, un rêve de félicité dont il porte le type en lui-même et que son imagination enflammée projette au dehors, comme ces instruments d'optique d'où la lumière s'élance emportant avec elle et laissant sur tous les objets qu'elle frappe Timage agrandie des linéaments qu'elle a traversés. Cette contemplation , de laquelle les sens se désintéressent, est un charme qui se !rompt au contact du monde extérieur et qu'il faut chercher dans le silence et l'isolement. Aussi, qu'il rêve d'amour, de gloire ou de néant, c'est -dans la solitude que Leopardi va cacher ses mornes extases : cette sohtude qu'il croit haïr et dont il se plaint sans cesse , il la cherche, il s'y enferme avec sa pensée dominante * , il s'y

< Leopardi, Opère, I, cantoxxvi. ( Il pensîero dominante).

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roule sur lui-même et se laisse aller à la dérive sans compter les heures qui l'emportent vers le but final de ses aspirations, l'anéantissement et Toubli. 11 y a telle strophe de la Vie solitaire qu'on croirait tombée des lèvres d'un bouddhiste dé l'Inde :

. c Parfois je m'assieds dans un endroit solitaire,

» sur un tertre, au bord d'un lac couronné de plantes » silencieuses. Là, quand midi arrive au haut du ciel, » le soleil reflète dans les eaux sa tranquille image : ni » herbe ni feuille] ne s'agite au vent ; nulle ride sur » l'onde ; on n'entend point de cigale bruire , ni d'oi- ]» sillon battre de l'aile sous la ramée , ni de papillon y> rôder en bourdonnant ; on n'entend ni ne voit , au- D près ni au loin, ni bruitni mouvement. Le calme le -» plus profond règne sur ces bords , si bien que , assis » et immobile, j'oublie en quelque sorte le tnonde et » moi-même : il me semble déjà que^ mes membres » gisent inertes, qu'il n'y a plus ni esprit ni sensibilité » qui les meuve, et que leur repos séculaire se confond » avec le silence de ces lieux. »

Cette langueur contemplative, cette méditation qui se perd dans le demi-rêve est ce qu'il appelle ailleurs le « naufrage dans l'infini ». Pascal s'écriait en plongeant le regard dans les profondeurs de l'univers : « Le silence éternel de ces espaces infinis m'eflfraie. »Leopardi emporte

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