‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 46 sur 99 · CHAPITRE YlII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YlII

Ce goût , qui a tant profité à la science historique, était devenu, comme il arrive toujours, un peu exclusif, et maint archéologue eût donné cent idées neuves pour le moindre fragment d'inscription. Leopardi s'aperçut avec dépit que ni ses vers ni sa philosophie n'étaient de mise en pareil lieu, et qu'il lui faudrait se résigner à n'être estimé qu'en raison de ce qu'il regardait comme le moindre de ses mérites. Encore risquait-il, avec son, érudition purement philologique, de passer pour un médiocre antiquaire.

Impressions de voyage des gens mal portants* — Leopardi à Rome. — Visites et démarches. — Prélats et archéologues. — Leopardi et les savants allemands. — Déceptions et découragement de Leopardi.

En quittant Recanati, Leopardi se flatta sans doute un instant d'y avoir laissé une bonne partie de ses misères et de ses chagrins. Mais le pli était pris et les distractions extérieures étaient impuissantes à le guérir de cette habitude de s'observer et de se tourmenter lui-même. Le plus triste effet des infirmités physiques, celui qui ne manque guère de se produire lorsqu'elles sont prématurées et incurables, est de rapetisser le caractère en exagérant la sollicitude avec laquelle l'être vivant veille à sa propre conservation. Cette préoccupation constante du valétudinaire, outre qu'elle ajoute à ses maux réels

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bon nombre de maux forgés par son imagination, tient son âme fermée à une foule de jouissances qu'un esprit plus libre trouverait partout sur son chemin. Il devient forcément prosaïque : il préfère uiî bon lit au campement le plus pittoresque et une bonne voiture aux fatigues d'une excursion aventureuse.

On chercherait vainement dans les lettres de lieopardi ce qu'on appelle des impressions de voyage. Il n'a pas un mot pour décrire les gorges riantes de l'Apennin, la magnifique cascade du Velino, à Terni, ou l'émotion qui saisit le voyageur le moins impressionnable lorsqu'on débouchant dans la campagne romaine il promène son regard sur les molles ondulations de cette met pétrifiée dans laquelle plonge à demi, comme un astre à son couchant, le' dôme de Saint-Pierre. Leopardi se rappelle simplement qu^il a beaucoup souffert durant le trajet , qti^à Spolète il a dû mettre à la raison quelques mauvais plaisants , et qu'avec ses yeux de myope il a pourtant vu distinctement la coupole à cinq tniDes de distance.

Arrivé à Rome , le pauvret se sent perdu dans cette immensité. Uïi habitant de Paris ou dé Londres ne trouve pas que la ville éternelle

LBOPARDI, SA VIE BT'SBS OBOTRES.

sbit en même temps une ville immense ; Mais un habitant de Recanati, subitement traD^plajité dans une capitale, écrasé de commissions à remplir et de visites à rendre , souffreteux et obligé d'aller à pied par économie , pouv^t Hefn tro^iver les distances un, peu longues pour, tes jambes débiles. « La construction 'de- Rome >raurait un grand mérite y> , écrit-il à jsa «fceur Pauline ^ « si les hommes d'ici étaient hauts* 4e >y^ cinq brasses et larges de deux^ Toutelapopu:- >> lation de Rome nie suffit pas à> reïâplir ^la *^ placé Saint-Pierre-..; Toute la grandeur de ^^Rome ne sert qu'à multiplier les distepioes et ii^^le nombre des marches qu'il #aut monter pwt » * trouver n'importe qui . CesbâtimedOs^mmenses ^et ces rues par conséquent interjminables sobt ^'autent d'espaces jetés, entre les hommesyiàu >y'Keù d'être deis espaôeis qui «ontienheirt dus ^ hommes.' Je ne'vêispas'ce qu^ya^de beJtuA ^y^'pôser les pièces d'un jeu à'^^soBà^tme^^t&a^ i> AexÉc ordinaire sur un échiquier àu^i^cÀig; et W uussi large que cette jplai^e delà Maiâonmuj^fe Pn^ veux pas dire ^jiie Rome me ^arais^ ¥' déserte ;^'msâs je-4i6 q{ie . si leé hxmihies » avaient besoin d'être aussi au large qu'on l'est » dans ces palais,' éeÉ^rués, caâ plac6s^,«>bèB<é^li*

^t ses, le globe itô suffirait pas à contemr I0 »» genre humaki * . »

\ Ge sont là de bleu petites relierons pour un si grandesprit : et si nous le croyions sifr psffole, il nous mettrait en garde contre Timagi- Bation de soii biographe Ranieri qui nous h sumtre « contemplant ^idememt dans de$ monuments immortels cette ^ antiquité surhumaine qu'il avait si longtemps contemplée àsisf des livres immortels. » Mais Léopard! ne trou-* Yâit pas Rome ausài déplaisante qu'il le dit. Slans doute, laviUe àé$ papes n'exerçait pas ^ur lui lespècé de fascinatian doiut elle enivre; les âmes ferventes qui se dilatent et s'épanouissj^nt à ridée d'être au centre du monde chréti^/; elfe n^ait pas nm phis pour lui Italien ce ehamke indéfinissable qu'a pour le toTuîste y^u âel loixk le contact d'un monde nouveau ; ^lais, ftU'HdessQius et à côté de cette Rome moderne j il y^en a^une autre qu'il était bien digne de copa^ {tendit et d'aimer « C'est là, au mUîeu des ruin^ ^ndeutoâ 'toutes pefiiplées. de; souvenirsi^u égm les musée» qtli abritent^ les plus préciea:(: de vleuré débris , : q]i'on ^ainie à se le figwer

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absorbé par la méditation et goûtant les douces émotions de l'artiste et du savaint. Seulem^it, ces joies, il les gardait pour lui seul ; car, nonseulement elles ne Tempêchaient point de sentir vivement de temps à autre Téloignement des siens et cédaient le pas à la mélancolie lorsqu'il prenait la plume pour écrire à Recanati, mais il s'était fait un devoir fraternel de ne pas exalter diez Carlo, par de séduisantes peintures, le désôr de sortir, lui aussi, de la maison pat^nelle. C'est pour encourager son frère à la résignation bien plus que pour se plaindre, que Léopardi se déclare sans cesse plus désillusionné et plus triste que jamais. Il accumule les raisonnements pom* démontrer à Carlo que les grandes villes sont de tous les séjours les plus ennuyeux, que V(M s'y trouve perdu dans une foule indifférente, et qu'à moins d'être un prince ou un Crésus, on^ est compté pour rien ; qu'à Rome en particulier , les hommes sont stupides à faire pitié et les femmes d'une froideur béate qui a comme tm parfum de sottise. Le théâtre est détestable; on y gèle parce que chacun rend jitôtice aux pièces et aux acteurs en restant chez soi : ou si, par hasard^ on tombe sur un bon opéra avec un ballet |)aBsable, les Romains , qtà

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