‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 5 sur 99 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

des plus belles œuvres et laisser en dehors du cercle fatidique les larges échappées où le génie s'était complu dans un libre essor. Ce qui restait ainsi dans l'ombre , signalé aux gens de goût comme des erreurs ou des défaillances , c'était souvent ce qui constitue plus particulièrement l'originalité et la saveur native, ce qui fait que Shakspeare est autre chose que Ducis.

On finit cependant par s'apercevoir que cette méthode étroite ne tendait à rien moins qu'à mutiler l'esprit humain. Une réaction se fît, réaction brusque d'abord, extrême , agressive , mais , en somme , salutaire. En même temps qu'elle ranimait la verve créatrice , elle ouvrit à la critique transformée des horizons nouveaux. Sans doute on abusa des droits récemment conquis. On vit des hommes d'esprit faire des questions de goût un prétexte à digressions sans fin, dans lesquelles ils n'oubliaient que le sujet à étudier. Mais , en général , les juges littéraires surent élargir les débats sans en sortir. Plus jaloux d'instruire des causes que de rendre des arrêts, ils prirent le goût des enquêtes minutieuses, ils eurent l'idée d'expliquer le livre par l'auteur , de saisir à leur source même les nuances les plus délicates de la pensée et d'assister en quelque sorte à la génération des idées.

Je dois dire pourtant que la transformation dont je viens de parler ne s'est pas produite partout au même degré. De l'autre côté des Alpes , la méthode classique tient bon. On y disserte encore sur les genres consacrés et sur leur valeur absolue. Les questions de langue, de style , de prosodie], y priment toutes les autres. On ne s'y lasse pas de supputer ce que chaque siècle comparé

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