AVANT-PROPOS. VI
au précédent a perdu ou gagné de richesses grammaticales, et de tout rapporter à des types invariables. Je ne sais si cette critique , absorbée dans la contemplation de la forme, tient le sens artistique en éveil; mais elle trompe l'attente de ceux qui, à tort ou à raison, lui demandent davantage. J'ai cru que Leopardi , après avoir été placé par elle au rang des plus grands ouvriers de style qu'ait produits l'Italie , gagnerait encore à être étudié à un autre point de vue. Les poètes lyriques , qui puisent plus largement que les autres dans leurs inspirations personnelles , et dont l'imagination mobile s'ébranle au choc des mille incidents de la vie , ne sauraient être bien compris sans un commentaire biographique. Ils habitent dans leur œuvre et il y a un grand charme à les y chercher.
On n'a pas besoin d'être un grand observateur pour retrouver dans les vers de Leopardi les étapes de sa triste vie. Il n'a jamais prétendu peindre autre chose que son propre cœur et il l'a fait avec une sincérité sans égale. Il ne s'est pas composé, comme tant d'autres ( et des plus désolés), une figure d'emprunt sous laquelle la vraie' rit souvent d'un public crédule. De quelque côté qu'on l'examine , c'est toujours le même homme , immobilisé dans une attitude qu'on n'oublie plus. Cette raideur austère du modèle simplifie d'autant le travail du peintre, et j'aurais peut-être supposé la tâche facile si ceux qui s'y sont déjà essayés * avaient rendu cette étude superflue.
Ajouterai-je que j'ai cherché avant tout à être impar-
^ V* la Bibliographie,