‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 50 sur 99 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

» j'en suis garant, à grandir de jour en jour. » Pour moi, qui ai pu apprécier le charmant » cai'àctère et le rare savoir de ce jeune philo- » logue , je me réjouirai de tout ce qui pourra y> lui arriver d'honneurs et de succès. »

Un biographe est volontiers soupçonné de complaisance ; qu'il nous soit permis de constater ici par la plume de Niebuhr qu'en cultivant une seule de ses aptitudes, celle dont il faisait lui-même le moins de cas , Leopardieût pu fournir une brillante carrière.

Après l'excitation passagère qu'avaient produite chez lui quelques mois de vie afifairée^ Leopardi était retourné, plus triste que jamais, à ses études solitaires. Son séjour à Rome ne pouvait plus se prolonger longtemps. Il passait ses journées à la Bibliothèque Barberine où il était chargé de dresser le catalogue des manuscrits grecs, travail pénible qu'il avait accepté dans l'espérance de mettre la main sur quelque perle inédite* Il s'oubliait pendant de longues heures dans ces catacombes de la littérature , secouant la poussière des vieux parchemins et smrveillé d'un œil jaloux par le bibliothécaire ( le successeur de Manzi ) , qui s'inquiétait de voir le nouveau venu chasser sur ses terres, et

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profitait de toutes les fêtes du calendrier polir lui fermer la porte.

Le temps qu'il ne consacrait pas à Vètude, Leopardi l'employait à écrire de longues épîtres à son frère Carlo et à sa sœur Pauline, cherchant à consoler leurs ennuis et ne; pouvant échapper lui-même à Tètreinte de la mélancolie. Il sentait plus vivement que jamais le vide où se débat le cœur privé du seul sentiment qui puisse le remplir : « Je vis ici dans utie grande » indifférence, dit-il, je ne vois point de fem* » mes, et sans elles nulle OQcupation , n\àle )> circonstance de notre vie ne saurait nous >► attacher ou nous plaire. . . Il est certain , écrit- » il ailleurs , que parler à une belle fille v^ut » dix fois mieux que de tourner , oomine je fais, » autour de TApollon du Belvédère ou de la » Vénus du Capitole. »

Il se résignait à n'être qu'une intelligence mal servie par ses organes et se cherchait des plaisirs à sa taille. « Vendredi, 15 février 18S3, » j'allai visiter le tombeau du Tasse et j'y pleu- . » rai. Voilà le premier et l'unique plaisir que » j'ai éprouvé à Rome. Le chemin qui y mène » est long et Ton ne va là que pour voir ce toto- » beau ; mais ne viendrait-on pas môme de

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