‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 57 sur 99 · CHAPITRE XII. t · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. t

tion par le gx)uvernement paternel de Ferdinand III et de son fils Léopold II , faisaient encore de la vieille métropole toscane le centre intellectuel de l'Italie.

On rencontrait là, groupés autour du marquis Œno Capponi, un descendant d'une des plus illustres. familles florentines, le poète dramatique G. B. Niccolini, le chansonnier G. Giusti, alors au début de sa carrière , l'ancien général et ministre napolitain P. Colletta, qui, mis à la retraite par les événements, employait ses loisirs à écrire l'histoire du royaume de Naples ; des critiques consciencieux et instruits, tels que Frullani , Zannoni , Sestini , Tommaseo , Montani, Forti, etc.

Cette société de beaux esprits , que Leopardi appellera plus tard « ses chers amis de Toscane», avait pour organe YAntologiay éditée par l'intelligent libraite Vieusseux , revue qui , dans la lutte engagée entre les classiques et les romantiques, représentait un tiers-parti plus sensé que les deux autres. Vieusseux fit d'aimables avances au jeaneRecanatais; le marquis Capponi lui-même se montra disposé à l'accueillir, et Leopardi , tout en regrettant modestement d'avoir fait si peu de chose encore,

HO LEOPÀRDI, &k VU ET 3BS OEUVRES.

s'apercevait que sa renommée commençait à grandir.

Il n'eût pas demandé mieux que d'aller en jouir ailleurs qu'à Recanati , mais l'argent lui faisait défaut : l'impression de ses poésies avait absorbé ses maigres économies, et le comte Monaldo n'avait plus, pour laisser partir son fils à l'aventure, les raisons qui l'avaient fait consentir, deux ans auparavant , au voyage de Rome. Le pauvre reclus en était revenu à y«on existence d'autrefois ; il rentre dans sa solitude pour « s'y dévorer lui-môme ». « J'étudie nuit et » jour », écrit-il à Giordani, « tant que ma santé » le permet. Quand elle n'y peut plus résii|t«, » je me promène par la chambre pendant wbl » mois à peu près ; puis je me remets à l'étude, » et voilà comme je vis. Pour ce qui est du gepre » d'études auxquelles je me livre ^ oon^me je » suis tout autre que j'ai été, les étode^ ont » dû dianger aussi. Tout ce qui sent .k path^- » tique et l'éloquence m'ennuie : ■ c'est poui: papi » .une plaisanterie et un enfantillage ridiav^e. ». Je ne cherche plus que le vrai , la néaUtéi qui » m'inspirait uneteUer^ulsion^ Jfi m9|)iais,|fc,dé- » couvrir mieux et à toucher du doigt la misère » des hommes et d^,,chfise^,etàfré^i?;^5f§oid,

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» en observant ce lugubre et terrible mystère » de la vie universelle. Je m'aperçois bien » maintenant que, une fois les passions éteintes, » il ne reste plus dans l'étude d'autre source de » plaisir qu'une vaine curiosité dont la satisfac- » tion a pourtant un grand charme. C'est une » chose que par le passé , tant qu'il m'est resté » au cœur une dernière étincelle, je n'étais pas » parvenu à comprendre *. »

Nous verrons ^ plus loin , dans les Œuvres morales y le fruit de ces tristes études ^ et je crains d'avoir à constater que la philosophie de Leopardi est bien de celles qui , comme aurait dit Pascal, «ne valent pas une heure de peine ». Une nature de poète s'accommode mal à la rigueur de l'analyse scientifique ; l'imagination y domine, parfois même y fausse le jugement, et tous les efforts faits par tel poète contemporain pour confondre sans cesse le « poète » et le « penseur » ne sont pas pour prouver le contraire. Leopardi est dupe de son imagination : il ne s'aperçoit point qu'il nage dans le rêve , qu'il se place en dehors de toute observation, et qu'en croyant porter le poids de toutes les dou-

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leurs de la création, il s'afiaisse simplemeat sous l'oppression bien plus vulgaire de l'hypocondrie.

Le libraire Stella vint à point lui fournir l'occasion de se distraire en voyageant. Stella connaissait Leopardi de longue date et l'avait compté jadis au nombre des rédacteurs du Spettatore. Se trouvant sur le point d'entreprendre une édition des œuvres complètes de Cicéron, avec traduction italienne, et ne croyant pouvoir remettre en de meilleures maiiis la direction de l'entreprise , il appela Leopardi auprès de lui , et , pour lever toute difficulté, commença par se charger des frais du voyage.

Leopardi se mit aussitôt en route , avec l'agrément de son père.

Nous savons déjà que Leopardi ne voyage que pour arriver : en fait d'impressions , il remarque que le thermomètre est à 29° et que' l'on suflfoque dans les voitures. Arrivé à Bologne, il y trouva Giordani , Brighenti , le copite Pepoli, un jeune comte vénitien Antonio Papadopoli qui s'éprit pour lui d'une viv^ affection, enfin une société aimable et emj^ressée qui le réconcilia en quelques jours avec Thumanité.

A^ussi le voyage de Milan ne lui paraissait plus

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