CHAPITRE XIY
» un peu le beau, les poètes sont les seuls qui
» aient fait naître en moi cette ardeur et ce
» désir furieux de traduire et de m'approprier
» ce que je lis ; seules, la nature et les passions
» m'ont inspiré cette rage de composer, mais
» d'une manière forte et élevée, en m'agrandis-
» sant pour ainsi dire l'âme dans toutes ses parties
» et me faisant dire en moi-même : Voilà de la
» poésie! et pour exprimer ce que je sens, il
» faut des vers et non pas de la prose : et aus-
» sitôt de me mettre à versifier. Ne me permet-
» tez-vous pas de lire maintenant Homère ,
» Virgile, Dante et les autres grands poètes?
» Je ne sais si je pourrai m'en empêcher, car,
» en les lisant, j'éprouve un plaisir inexprimable,
» et fort souvent , au moment où je suis tran-
» quille et pensant à tout autre chose, si j'en-
» tends quelque vers d'un auteur classique
» qu'un membre de ma famille me récite par
» hasard, je me mets immédiatement à palpiter
» e{ bon gré mal gré il faut que je poursuive le
» morceau. Il m est aussi arrivé de me trouver
» seul dans mon cabinet , l'esprit tranquille et
» libre, à une heure favorable aux Muses , et
» de prendre en main Cicéron. En le lisant ,
» je sentais mon esprit faire tant d'efforts pour
4?d LEOPARDI, SA VIE ET S0S OSntmES.
y> se soulever et rester tellement èdtdsè par k » lenteur et la gravité de cette prose que , ne » pouvant continuer, je prenais Horace. M » bien ! si vous me permeàez cette lecture, » comment voulez-vous que je connaisse «eès » grands modèles, que j'en goûte, que^j'en » feàvoure, que J'en conteibple pi^ce pait piôeê >> tontes les beautés et qn'etisnite jb m'îdtei^sé >> de me lancer sur leurs traces ?' Quand »je'(36W- >> temple là nature dans ces fieu^t' qui sdntj'ëM >^ vérité , charmants (c'est la- seule bonne» '«Iwse » qti'offi'e mon pays), surtout dans' détie^Ssâéoé, »'je^me' sêtiè tellettiefaft transporté' boés ^dé ms/^ )>► même; qtfiîl y 'aùbiit, ce ïne îsétûble[ péebê » ihortël'à ne pas m'en occuper, à lâJssehr^j^éeif i> cette krdeùr de 'jeunesse: en «rariillaîfti'â i tfeVetiîr'lm'bon proéatteui* et ^ iAtënd^&^un^ >i vingtaine ' dVnnéies pour m'adôûner â; la'p^>ê8te'. >> lïansî vingt ' atis ,^ d'àbôrd, je ne i • vîvrîiirrpln* j ^' ptiî^,^ciis l^énsèbs'se ^eroïrt 'éfnVdlées ^t^HMa/i ^> ginàtîon^ sèi^a ' |Aus frc^ide ' Qu'elle ■ii'ièst à/ -^è-
' ' Lëopardt'jie'votiluit paà's'abandoftôer eh^f-ement à la direction d'un maître qui l'aurait fait vieillir dans une longue enfanéé, et fit bien. ,Lâ
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littèrattee italienne (toit à cette « ardeur de jôuikes3e » les plus • beaux morceaux lyriques de tioh vaste Répertoire, Miais l'âge de la prose fut Inentôt'venti pour Leopardi : la nature le poussait à une maturitèhàtive; et lui-même, toujours plôtagé "dans ' des méditations pàiloso^^hiques, attéatif» à réprimer les. élans de sa sensiUlitô, à jfaraAyâer ressôf 4e son imagination, semblait courir lalu-^devant d'une vieillesse précoce. Il en yintî dô bonne îieure à 'considérer' les vers cam£Dae^ ; un i &ti&veiQé futile, et les' poètes en ch^^ux^ blancs domme des esprits arr^étés àajis l0uff> djé)vek^pj)ement- Si à Rome il avait protesté 0(întI^e l'ebgouement exclusif des Romains pour Vvdbéologiej il trouvait pltis ridicule encore la fureui^'de.i?imep qui possédait les Bolonais. Il (conseillait alors à> tout le monde, même ;^ux dstiue»j\ de se livter aux études pbilosophiqqes, prétenjiant^ que la règéûéf ation 4e l'Italie é1|ait krfii^' prix >'«»Ii-£are^j'<]^sait*il; veut des choses )>\p|u<$ $olides[6t:plusf. vr'ides '(jue la poéaie»; En » courant après les vers et les frivolités „; neus )>. read^ns. un- Betviçfe signalé à nos ty^ansy parce
• ;-J i ;■"!■! f'.'î 'l'ii ■. • ;^ î ' ', ^ " •' •. f • ' ' •
I Le fmpIa^ÇYJde cpnse^lait 9u contraire aux dames de ne jpai lire le poème de Lucrèce , pour lequel il professait lui-même une grande admiration: (;^0f4^ l; 1K^ TritL 11, S6v)\ , \
hli LEOPAROl , SA VIE £T SES OEUVRES.
» que nous réduisons à un jeu où à un passe- » temps la littérature qui seule peut donner » un point de départ solide à la régénération de » notre patrie. »
On ne maltraitera jamais assez les versificateurs qui usurpent le nom de poètes, et, pour ceux-là, le jugement de Leopardi n'est pas trop sévère. Mais, appliqué à la poésie italienne en général, il est loin d'être exact. Depuis quarante ans déjà, les poètes italiens avaient pris les devants sur le reste de la nation dans la voie du progrès et de Témancipation nationale. Le Giorno de Parini avait fait rougir l'aristocratie de son oisiveté corrompue ; il n'avait pas tenu à Alfieri que le théâtre ne devînt une école de patriotisme, et vingt moralistes auraient moins troublé le sommeil des esclaves satisfaits que ne le fit Foscoloen chantant l'hymne irrité des SepofcW. Leopardi lui-même avait tenu un instant etitre ses mains la lyre vengeresse et marqué sa place parmi le& précurseurs de l'ère nouvelle.
Mais, tout entier aux impressions du moment, Leopardi rêvait alors de provoquer une révolution dans le monde philosophique et croyait n'avoir rien fait en comparaison de ce qui lui Irestait à faire. Dans son épître à Carlo PepoH-, il