‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 66 sur 99 · CHAPITRE XIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIY

esquissait ainsi , non sans quelque réminiscence de Properce * , la tâche qu'il réservait « au triste » reste dune misérable vie. Rechercher Tamère » vérité, les obscures destinées des choses mor- » telles et des choses éternelles ; pourquoi a été » créée, pourquoi chargée de chagrins et de » misères l'espèce humaine ; vers quel but su- » prême la précipitent le destin et la nature ; » qui se délecte ou profite de nos douleurs ; » sous quelles lois, à quelle fin roule ce mysté- » rieux univers dont les sages chantent les » loua^geç et devant lequel je me contente de » m'étonner. »

Le programme, on le voit, était vaste, et la vie de l'humanité entière ne suffirait pas à l'épuiser. Au moment où il parlait ainsi, Leopardi avait déjà écrit la préface de sa future philosophie, c'est-à-dire, effleuré au hasard les grands problèmes moraux et rejeté les solutions reçues. Ses infirmités lui arrachèrent la plume des mains , et c'est sur ces premières esquisses que nous devons le juger. Il ne faut pas cherche "^ à travers ces opuscules un système bien lié et des principes constants : la fantaisie y tient plus de place que la dialectique, et le raisonnement

< Properce , Elégiei. III , 5, 23 sqq.

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même y prend volontiers la forme d'une boutade humoristique . Pour tout diue , nous nous se* rions contentés d'en apprécier le mérite littéraire, si les amis de Leopardi , imprudents par excès de zèle, n'avaient forcé son œuvre à renàplîr une sorte de trilogie factice et à justifier trote fcitreg pompeux, — grand philologue, gratvâ pèète, grand philosophe, ^— attachés au frofttispice par Giordani. Autant il serait injuste de coiitester à Leopardi son mérite de philologie e* sa gloire de poète, autant il y aurait dfe codciplâisance à le placer à côté des grands am^ntd^ de la sagesse. Cependant, il a proclamé ^assfez* haut la nécessité de refaire la philot^ophiê^etàssdt ambitionné Thonneur de jeter leS'baëèô* dW système nouveau, pour que nous 'nous- Art^ètions un instant devant cette partie de eoniûônvte.

La philosophie de Leopardi est' surtout ^ destructive : c'est iainsi qu'elle fut jugée dôà^'app^ rition des Œuvres morales , et - lài-méfmé ■ h^ contredit pas. « Que mesprioeipesc solèkkt'^as yy négatifs » , écrit-il en réponse aut obsért^MiloMB d un. critique bienveillant ,. « jene m^ed ap<ei^ç^ )> pas, mais cela ne m'étonnerait pâs^beeiucôùp*, )> car je nie rappelle ce mot- de Bayle';jqiië^^-éii » métaphysique et ^liaonorale^wl^ m^on^^Mifeut

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»i,è(îifiQr', maip. seulement détruire ^.>> Ce ^'est pa$ qu'il spit, pcepjtique et qu'il se défie, des forpes de, : ,1^ . raispn ; nî Pascal ni 3ayle n'eus^nt recpnn^uen lui, le w disciple, car. il, aime à raisonn^^jaye|c;. autorité, et se crpit vite, arriyé |à réy;ide»oe^ Jl détruit pour. détruire, piar: agacer naent.peiryeux^ cpmme.un enfant en colère. Rien de jpju$. firagile.que; ceg « observations » e<, ces «^:r)g4spnnei»ent$ » j^uxqu^ls il renvoyait si yertejfkejA ltes.lecte.uj; s assei5 o^és pour « accuser ses i^iaiadies (p^ 54)..» ;. .

■i Le-point^dPi départ detpute,spn argumepta^ tioui Qgt un fait .p9'rticulieî[: ârUssitôt généralisé^ U.eût, dit,V(]l0Ati^P ;jejsuis, dqnc Je souffre, IL^ajsouôrance-iétiant.le caractère essentiel d^^Ja yie.j la.yie,.eat.un.m/9i. Cette pensée jeyient à satiété ;SOU^ .sa pHume ; ^ élevée k te î^auteur, d'un axiome, ^Ue domine eit trïtnçhe, toutes les questip^i^K jMaîs, dira-trpn, les faits protestent contre 14: thÔQriie; :,r.hum8^nité, si îxat>ituée qu'elle soit à se . .pl^iftdre r refuse ^e cpnsidôrer la yie comm^ uii,$UKiliç0,eJt ne désife riea tant que delà prol(^gfiVy ^.eQp2M^4i .répond qu'elle, est le jouet d'pne. ,îllu$iQ» :; que . 1^ nature . g. . tort devant, la rjaispn, i;, que; la-tie^ . mêmesani^ douleur ç, i^st tpu-

. i*>f |iWp>rîe i II V, f.[ 3& <23. août i821). . . ^ ; « ,

476 LEOPARDI , SA VIfi ET SES (KUYRES.

jours un mal, et passe outre. La création, étant visiblement mauvaise, ne saurait être l'œuvre dun être intelligent et bon, mais d'une force aveugle et inconsciente qu'on peut appeler la nature ou le destin. Voilà pour la métaphysique, qui arrive ainsi , par le chemin le plus court , à lathéisme.

La morale est plus étrange encore : c'est du stoïcisme auquel la main d'un poète a ajouté quelques paradoxes. L'homme condamné par la force aveugle des choses à être malheureux a le droit de chercher à l'être le moins possible. Son premier droit est évidemment de rejeter la vie qui lui a été imposée sans son consentement. Leoparcji ne le lui conteste pas et trouve le suicide fort raisonnable, mais il lui conseille de n'y pas recourir parce que la nature et la philanthropie s'y opposent. Cette fois, on ne sait trop pourquoi, la raison se résigne à avoir tort. La nécessité de vivre une fois admise, quel usage faire de la vie 1 De devoirs envers la puissance tyrannique qui nous l'a donnée , il ne saurait en être question : Leopardi se vante à plusieurs reprises , tant en vers qu'en prose, de ne pas baiser la main qui le frappe. La société étant « une ligue des coquins contre les honnêtes

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