‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 72 sur 99 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

de tempérament. Ailleurs, le iwoi paraîtrait plus indiscret ; les individus subissent davantage l'influence de la société et tiennent trop à rester en comD^union avec l'esprit général pour aller ainsi jusqu'au bout de leurs droits. L'Italie n'est pas, que je sache, un pays d'humoristes. Ce>^i y domine, c'est le souci de la forme. Cette préoccupation artistique, outre qu'elle laisse moins sentir le besoin d'originalité , impose une certaine mesure qui ne souffre pas les divagations et les disparates. Leopardi est humoriste en-deçà de cette mesure : son goût l'empêche de la dépasser et le met même en garde contre des libertés dont il aurait pu trouver des exemples da^s tel classique. S'il se plaît à esquisser des tableaux lugubres, il se garde bien de les charger de couleurs dégoûtantes : il nous mène au milieu des momies de Ruysch sans décrire le charnier, tandis que, pour montrer le néBXit de la noblesse, Parini pous dépeint àeux cadavres rongés de vers qui discutent au fond d'une fosse empuantie * .

Leopardi , qui a tant parlé de la douleur , de la mort et du tombeau, qui, pour mieux prouver sa thèse désespérante ] devait être tenté de les

^ G. Pariai', Délia NobiUà^ dialogo.

Idft LEOPAKDI . SA VIE £T SES OEUVRES.

montrer dans toute leur horreur, a toujours dédaigné ces moyens grossiers : il aimait le beau, et plutôt que de traîner à travers ses poésies et sa prose le squelette hideux de la Meyt , il- Ta transformée en un génie bienfaisant , îrète jumeau de TAtaour.

UAmour aussi a trouvé grâce devant cet apôtre convaincu du désespoir* 11 ôt&it si facile à un sceptique de lui arracher les ailes ; de le confondre avec l'instinct qui fermente dans la matière organisée ; de voir en lui le leurre grossier dont se sert la nature pour attirer ses victimes au banquet empoisonné de la vie ; de bafouer enfin , avec la complicité secrète de la physiologie , la plus chère illusion du cœur humain ! Eh bien ! cet argument terrible , Leopardi n'en veut pas ; il chante au contraire le pouvoir magique de Tamour ; il le place dans une sphère idéale d'où son auréole domine, comme un phare bienfaisant, le cours orageux de la vie humaine ; il oublie son idée fixe, son ironie se détend, et il aime mieux perdre sa cause que de la gagner au prix d'un tel sacrilège. C'est qu'au fond, Leopardi n'a rien d'un misanthrope : il déplore la triste condition de l'homme, mais ne veut pas l'humiHer. Ce n'est pas lui qui prendrait la

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baguette de Ciccé pour faire la caricature de l'espèce humaine-, et qui ^ comme Carlyle par exemple, esquisserait gravement une philosophie au point de vue et à l'usage du pourceau.

. Jja* fjs^ntaisiède Leopardi s'interdit ces écarts familiers à Vhumour britannique. Nous pouvons eiiteer. danS; l'espèce d'enfer qu'il nous ouvre, saflip. /Conseiller aiiX'geps nerveux de rester à la poftei . ; .,

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Analyse des Œuvres morales. — Dialogue d'Hercule et d'Atlas,

— Dialogue à* un, Follet et à* un Gnome. — Dialogue de h Mode et delà Mort. — Concours proposé par VAeadémie des Sillographes. — Dialogue de la Terre et de la Lune, — Ia gageure de Prométhée. — Dialogue de la Nature et d'un Islandais.

— Le problème de la vie.

Voici tout d'abord XHistovre dm genre humain divisée en trois âges. Dans le monde primitif , la terre était plus petite , sans mers ni montagnes, et le ciel sans étoiles. Cependant le genre humain, encore enfant, trouva pendant quelque temps du charme à ce spectacle monotone , jusqu'au jour où l'ennui le prit et mit le suicide à la mode. Stupéfaction des immortels. Cette fois, Jupiter s'y prend mieux. 11 agrandit le monde, y creuse des mers, des lacs., des vallées, y met des échos, des brises, des songes, enfin rompt de mille manières l'uniformité primitive. Le succès répond d'abord à son attente; mais bientôt les hommes s'ennuient quand même

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