CHAPITRE I
cyclopédique de Julius Africanus*. Enfin, cette première période de sa vie, la plus heureuse sans doute, ou du moins celle dans laquelle il s'imaginait plus tard avoir été heureux, se clôt par une œuvre que n'eût point désavouée un érudit à barbe grise, Y Essai sur les erreurs populaires des anciens (1815).
A Taide de textes soigneusement rapprochés, le jeune érudit dresse le catalogue des superstitions de l'antiquité. Ce monde gréco-romain qu'il aime par instinct, il le juge par devoir. Ce n'est plus seulement le savant, c'est le chrétien qui dépouille de leur dignité usurpée les dieux du paganisme, qui fait envoler des bois et des grottes tout un peuple de génies, qui chasse les Pygmées de l'histoire ', etjette au panier toutle merveilleux antique , oracles , magie , songes , apparitions , enfin toutes les fictions gracieuses ou terribles créées par l'ignorance des vieux âges. Sur les débris de cette théologie légendaire et de cette physique naïve, Leopardi, sans s'attarder dans des explications symbohques ou des réfutations inutiles, élève d'une main ferme le flara-^
^ Tous ces premiers essais sont restés inédits. 2 Le chapitre sur les PygoQées a été inséré par Berger de XîTrey dans ses Trndiiions témtologiques (pag. 102).
beau de la foi . Fi«r de dominer du haut de la révélation égayée par la science ce monde de fantômes et d'erreurs , il reporte tout Thonneur d^ sa supériorité à la religion , et le livre se termine par une action de grâces empreinte d'un enthousiasme mystique. Nous citerons après Sainte-Beuve cette page qui est pour nous un précieux document psychologique. Après avoir déploré l'antagonisme qu'un malentendu regrettf^ble introduit entre la philosophie et la religion, Leopardi s'écrie : « Rehgion tout aimable , il est » doux pourtant de pouvoir terminer en parlant » de toi un travail qui a été entrepris en vue de » faire quelque bien à ceux que tu combles » chaque jour de tes bienfaits ; il est doux de » pouvoir, d'une âme ferme et assurée, conclure » qu'il n'est point vraiment philosophe celui qui »;ne te suit ni ne te respecte, et qu'on ne saurait »^te respecter et te suivre sans être par là »même philosophe. J'ose dire aussi qu'il n'a » point un cœur, qu'il ne sent point les doux » frémissements d'un amour tendre , fait pour ». rassasier etVavir l'âme, qu'il ne connaît point »les extases dans lesquelles jette une suave et », touchante méditation, celui qui ne t'aime point » avec transport, qui ne se sent poipt entraîner