CHAPITRE I. S
études les plus diverses. 11 attaquait les difficultés comme Michel -Ange le marbre. Retranché, ainsi qu'il le dit lui-même, derrière un rempart de graminaires et de dictionnaires *, il apprit seul le grec , le français , l'espagnol , l'anglais , l'allemand et l'hébreu. Le grec resta sa langue de prédilection. Armé de ces instruments de travail , il s'adonna , en attendant le moment où il pourrait produire par lui-même , à l'érudition classique, et un jour, le 31 août 1814, il remit à son père étonné et charmé ' le manuscrit d'une nouvelle édition gréco-latine de la Vie de Plotin par Porphyre, manuscrit que Creuzer consulta plus tard avec fruit pour son édition des Ennèades.
Ce développement prématuré de l'intelligence n'est pas rare en Italie, et on pourrait dire, eu enchérissant sur le mot de Virgile ^ , que la patrie de Pic de la Mirandole , du Tasse , de Chiabrera ; de Zappi, de Métastase, deE. Q.Visconti, n'est
< EpUiolario, I, pag. 38.
3 Le comte écrivit de sa main en tête du manuscrit : >
Oggi 51 agosto 1814 , questo suo lavoro mi dond Giacomo mio
primogenito figliOt che non ha avuto maestro di lingua greea ,
ed in età d'anni 16 , mesi due , giorni due,
MONALDQ LeOPARDI
' Virg. Géorgiqûes^ H, 171.
pas seulement « féconde en hommes » , maïs fertile en génies précoces. Sous cet heureux climat, qui ne connaît ni le poids énervant des chaleurs torrides , ni les brumes mélancoliques du nord , au sein d'une société que le souvenir toujours vivant de l'antiquité a garantie au moyen-âge contre l'invasion de la barbarie uni- ' verselle, de longs siècles de culture ininterrompue et de discipline intellectuelle ont perfectionné la race et ont développé virtuellement, non pas les forces indomptées de l'imagination, mais l'aptitude à tout saisir et à tout comprendre. 11 faut malheureusement ajouter que cette poussée hâtive n'est pas sans danger, et que la nature fit cruellement expier à Leopardi ses premières faveurs.
Cependant, insoucieux de périls qu'il ne connaissait point, le jeune Leopardi poursuivait le cours de ses doctes élucubrations. Il traduisait Hesychius de Milet, commentait les écrits et esquissait la biographie des rhéteurs du second siècle de l'ère chrétienne , iElius Aristide , Hermogène, Fronton, Dion Chrysostome, etc. ; il rassemblait les fragments épars des Pères grecs du même siècle et des premiers historiens de l'Église, et ne reculait pas devant le fatras en-