‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 90 sur 99 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

à son interlocuteur que ses œuvres sont « Tex- » pression de la vie malheureuse de leur auteur : » parce que, entre nous, mon cher, je vous crois » heureux , je crois que tous les autres le sont , » mais quant à moi , avec votre permission et » celle du siècle , je suis très-malheureux , et » tous les journaux des deux mondes ne me

» persuaderont pas le contraire Et de plus

» je vous dis franchement que je ne me soumets » pas à mon malheur, que je ne plie pas la tête » devant le destin et ne capitule pas avec lui , » comme font les autres hommes ; et j'ose dé- » sirer la mort , et la désirer par-dessus toute » chose, avec une ardeur et une sincérité comme » bien peu de gens , j'en suis sûr, en ont mis à

» la désirer J'ai confiance que le chemin qui

» me reste à parcourir ne sera plus long. Et ceci, » je puis le dire, est la seule pensée qui me sou- » tienne.... Autrefois j'ai envié le sort des igno- » rants et de ceux qui ont une haute opinion » d'eux-mêmes , et j'aurais volontiers changé » avec eux. Aujourd'hui, je ne porte envie ni » aux ignorants ni aux sages , ni aux grands » ni aux petits. Je porte envie aux morts, et je » ne changerais qu'avec eux.... Si l'on me pro- » posait d'un côté la fortune et la renommée de

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dans rintention de Fauteur , des matériaux destinés à être utilisés dans d'autres dialogues on dissertations philosophiques.

Enfin, Leopardi revenait de temps à autre à ses Paralipomènes de la Batrachomyo" machie dont il voulait faire comme son testament politique. 11 avait toujours eu une sorte d'admiration pour le vieux poème anonyme qui raconte le combat des rats et des grenouilles et qui a dû servir en son temps à ridiculiser les plagiaires d'Homère. Soit caprice d'érudit , soit impression d'enfance, il trouvait au sel affadi de la parodie grecque un goût exquis : il l'avait déjà étudiée et librement traduite' en 1817; quelques années après, il avait repris ce travail en sous-œuvre ; enfin , il s'appropria ce moule tout fait pour y glisser des allusions aux événements politiques des quinze dernières années.

J'ai déjà eu occasion de remarquer que Leopardi n'avait point le génie satirique : il cherche, sans la trouver , l'allusion fine et mordante , le trait qui égratigne et passe outre ou celui qui s^enfonce et disparaît dans la blessure. Si l'on veut trouver le sarcasme militant et agile au service du patriotisme, il faut lire les chansons de Oiusti. Leopardi, lui^ se perd dans les sous-

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