CHAPITRE U
entraînés malgré eux par le courant; ils ne pouvaient plus écrire sans avoir élaboré un système d'esthétique , et la plupart, noyant leurs aspirations politiques dans le flot débordé de la littérature, ne rêvaient plus pour l'Italie un libérateur, mais un écrivain de génie. Pietro Giordani était de ceux-là. A l'époque où commencent ses relations avec Leopardi, il était à la recherche du parfait écrivain qui devait rendre à ritalie l'hégémonie intellectuelle de l'Europe. U le voulait noble , pour qu'il fût au-dessus des \ dédains de la noblesse ; riche , pour qu'il eût le loisir et les moyens de tout apprendre ; amoureux de l'antiquité et des trécentistes , afin qu'il pût ajouter à la langue austère des vieux maîtres italiens les grâces de l'atticisme. Quand il eut rencontré Leopardi, il s'écria : « Inverti hominem ! » . Leopardi avait toutes les qualités que demandait Giordani: il avait même quelque chose déplus, une sensibihté exquise et une verve originale qui lempêchèrent de devenir ce qu'était | déjà son Mentor, un parfait rhéteur.
Le prenver amour. — Élégie de La Mort. — Période d'exaltation mélancolique. — Aversion de Leopardi pour Recanati. '
— Traduction des Fragments de Denys d'Haîtcarnasse, — Pastiches littéraires : V Hymne à Neptune: Odes anacréontiques.
— Sonnets contre Manzi. — Éveil des passions politiques.
Leopardi a écrit quelque part qu'il n'a jamais fait de vers sans une véritable inspiration. « Si » l'inspiration rie mevient pas d'elle-même, dit-il, » on ferait plus facilement sortir de l'eau d'un » tronc d'arbre, qu'un seul vers de ma cervelle. » Sous l'influence de cette émotion intérieure , il dessinait en quelques minutes le cadre dans lequel sa muse industrieuse rangeait ensuite ses vers patiemment ciselés * . Du reste, on sent assez, enlisant ses poésies, qu'elles ont jailli toutes frémissantes de son cœur. Elles n'ont point ce
EpistolariOj I, p. 332.