CHAPITRE VI
d'un poème du moyen-âge, qui oflfre à un jeune couple, pour présent du lendemain, deux bières entr'ouvertes. Cependant , ce n'est point l'idée banale de la destruction prochaine et du néant des joies terrestres qui inspire le poète : il déroule les annales du courage féminin, et s'il montre la fiancée Spartiate couvrant de ses cheveux noirs le cadavre de son amant étendu sur le bouclier traditionnel, ou la belle Virginie bénissant le poignard paternel qui la soustrait au déshonneur , c'est pour engager les femmes à hâter de leur influence la régénération de ntalie, pour apprendre aux jeunes filles à fermer leur cœur aux lâches et aux mères à n'élever que des fils vaillants.
....« Tes fils », dit-il à sa sœur, « seront ou malheu- » reux ou lâches. Choisis-les malheureux.... Femmes, » la patrie n'attend pas peu de vous : et ce n'est pas pour » le malheur et la honte de l'espèce humaine qu'il vous
> a été donné de dompter le fer et le feu au doux rayon » de vos yeux. A votre gré le sage etle fort agit et pense,
> et tout ce que le jour enserre dans la course de son » char divin s'incline devant vous.- C'est à vous que je » demande raison de l'âge présent. Est-ce donc par
> votre main que s'éteint la sainte flamme de la jeu- » nesse? par vous que notre nature est desséchée et » affaiblie? Et les âmes endormies, et les désirs indi-
» gnes, et la valeur native privée de nerfs et de muscles,
» tout cela est-il votre faute?
» Ame généreuse », s'écrie-t-il en parlant de Virginie, « encore que de ton temps le soleil resplendît plus beau » qu'il n'est aujourd'hui , pourtant elle est consolée et » satisfaite cette tombe que la douce terre natale honore » de ses pleurs. Voici qu'autour de ta gracieuse dépouille > la race de Romulus s'enflamme d'une colère nouvelle : » voici que le tyran souille ses cheveux dans la pous- » sière : la liberté embrase les cœurs oublieux et sur la » terre domptée le Mars latin campe irrésistible, du pôle » ténébreux aux régions torrides. Ainsi le sort d'une » femme ressuscite une fois encore l'éternelle Rome » ensevelie dans un douloureux repos. »
Pauline ne devait mettre au monde ni malheureux ni lâches ; car elle n'épousa ni Peroli Saitelli , ni le chevalier Marini , ni aucun autre prétendant ; mais le cri de guerre poussé à Toccasion de ces noces projetées resta. Heureusement pour la sécurité de Leopardi , les gouvernements ne prenaient pas au sérieux les odes belliqueuses. Cet appel vague mais continu, obstiné et puissant comme une idée fixe , aux nobles passions que les maîtres de Tltalie cherchaient à étouflfer , se confondit , pour l'oreille blasée de la censure , avec le bruit stérile qui faisait retentir depuis si longtemps les échos sonores du Parnasse italien. Du reste, le peuple