‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 38 sur 123 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

pensées confuses ; comment enfin , dissimulé derrière sa fenêtre, l'œil au guet, l'oreille tendue, il entendit s'éloigner avec fracas la voiture qui emportait sa bien-aimée. «Alors, dit-il, resté comme orphelin^ je me renfonçai dans mon lit, et fermant les yeux, je pressai mon -cœur avec la main et je soupirai. » Pour Leopardi, amour devait toujours signifier souffrance : il ne put ni ne voulut jamais se réfugier dans ces régions sereines et froides où l'imagination continue paisiblement le poème commencé par le cœur et où les sceptiques chantent avec Gœthe le « bonheur de Téloignement * ».

Ce candide et pur amour, devenu un souvenir sans espérance, occupa longtemps les rêves solitaires du poète. Tantôt son âme délicate et sensible s'indignait d'être emprisonnée dans un corps chétif qu'elle était impuissante à embellir, et il écrivait le Dernier Chant de Sapho.

Moins résignée que Delphine, Sapho s'indigne qu'en la créant aimante, la nature lui ait refusé les moyens de se faire aimer, et s'ouvre eUemême le chemin des enfers. Tantôt il regrettait d'être resté muet devant son idole, de n'avoir

t Gœthe, Gedichte ( Gluck der Entfernung ),

pas su conquérir, avec une respectueuse audace, un doux sourire, une parole tendre et peut-être un baiser. Un baiser ! Il lui semblait qu'il eût volontiers payé de sa vie cette félicité suprême, qu'il fût mort joyeux a'il avait dû voir à son chevet, attendrie par la compassion, celle qu'il aitnait et si, enhardi lui-même pai: la certitude d une fin prochaine, il avait osé demander .et obtenir cette récompense d'une affection dont la flamme généreuse allait s'éteindre dans le néant. C'est là l'idée de Consalvo. Miné à la fleur de l'âge par une langueur mortelle, abandonné de ses amis les plus chers , car les malheureux n'ont plus d'amis, Consalvo renaît pour un instant à la vie en voyant devant lui son Elvire. Sa langue se dénoue ; il avoue son triste amour et implore un baiser d'adieu, première et dernière faveur dont il emportera avec lui le secret.

Elvire pose ses lèvres sur celles du mourant et Consalvo expire en murmurant un hymne de reconnaissance de triomphe et d'amour.

Le caprice de la destinée se plut à tromper les pressentiments du poète. Ce fut la jeune fille qui mourut avant son pâle adorateur. Sa mémoire n'en devint que plus chère à Leopardl. ' 11 la chanta sous les noms de Silvie et de Nérine

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