CHAPITRE I
» vers l'objet ineflFable du culte que tu nous en- » seignes. »
Cette œuvre , publiée en 1845 par P. Viani , nous est parvenue telle qu'elle a été écrite en 1815, car le manuscrit, envoyé l'année suivante au libraire A. F. Stella, de Milan, resta enfoui dans les cartons de Téditeur, d'où Leopardi luimême ne put jamais le retirer. 1] Essai sur les erreurs populaires des anciens a donc échappé aux remaniements que n'eût pas manqué de lui faire subir l'auteur. Il reflète fidèlement les idées et les préoccupations du jeune savant, sa foi sincère, sa philanthropie un peu railleuse et aiguisée d'une petite pointe de pédanterie naïve qui ne déplaît pas à cet âge. Rien en apparence ne fait pressentir la douloureuse révolution physique et morale qui devait sitôt transformer Leopardi dans tout son être et le jeter, seul avec son désespoir, sur le chemin alors peu fréquenté de la Ubre pensée.
Pourtant , si l'on veut bien y regarder de près , on surprend çà et là des traces du travail souterrain qui se fait dans cette intelligence déjà si ferme. Soit nécessité du sujet , soit habitude de savant et de patricien , Leopardi aime à constater que le vulgaire est essentiellement
crédule et que sa crédulité est aussi incurable que son ignorance. Cette observation diminue singulièrement l'autorité du témoignage des hommes et du consentement universel, preuves moi:ales auxquelles les esprits timides ont fait une si belle place dans la philosophie classique. En outre , Leopardi fait remarquer , comme Descartes , le pouvoir que gardent sur l'inteUigence les impressions d'enfance, les préjugés sucés avec le lait : « Il est déplorable, dit- » il , que l'homme , dont la vie est si courte , » doive en consacrer à se défaire de ses erreurs » une part plus grande que (felle qui lui reste »pour aller à la recherche du vrai. » Ailleurs, rencontrant jusque dans Kepler des restes de superstitions astrologiques, il s'écrîte : « Terrible » exemple ! 11 nous ferait croire que les erreurs, >> comme les comètes , ont une orbite , et qu'au » bout de quelques siècles, quand on a cessé de » déclamer contre elles , elles reparaissent sur »la scène sous un nouvel aspect.... Cette ré-: » flexion nous amènerait à penser que l'esprit » humain ne parcourt pas une ligne droite , » étendue à l'infini , mais un cercle limité , et » revient nécessairement de temps en temps au »même point.... Elle nous ferait considérer