‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 53 sur 123 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

» lesJtaliens sont dévoyés ; que les applaudis- » sements des étrangers ne me manqueraient » point. Il a pris engagement de faire imprimer » en AUetnagne ce que j'ai découvert ou pourrais » découvrir dans les bibliothèques de Rome :

» en somme, il m'a témoigné tant d'intérêt, » que, sachant que j'étais obligé de partir sous » peu, il m'a demandé si j'accepterai s volontiers » quelque emploi. En dernier lieu, il a été con- » venu entre nous que je lui porterai une re- I » quête pour le secrétaire d'Etat, qu'il la lui » présentera et la lui recommandera tout parti- » culièrement. 11 espère réussir, parce qu'il est » fort bien avec le^ cardinal , qu'il a réussi » d'autres fois, et qu'étant sur le point départir » (ce qu'il fera après Pâques), il se flatte qu'on » ne lui refusera pas une faveur de la plus » haute importance, sans laquelle il ne partirait » pas content. Voyez si on peut dire davantage » et si c'est là une occasion à laisser échapper. » Cependant, le temps presse , il faudrait de- ( » mander une place qu'on pût accorder de » suite, car, si nous demandons un emploi pour » la première vacance, de manière que la de- » mande reste sur le bureau du secrétaire » d'Etat, une fois le ministre parti et la chose

\ » refroidie , cette affaire aura le sort de bien » d'autres...*. »

Niebuhr n'exagérait rien en parlant de son crédit et de sa bonne volonté ; il s'employa de son mieux auprès du cardinal Consalvi en faveur de son protégé, mais tout son zèle échoua contre une difficulté que Leopardi ne voulut point lever au prix de sa liberté. Conformément aiix traditions du gouvernement pontifical , Consalvi demanda que le jeune homme entrât dans les ordres, ou tout au moins portât l'habit ecclésiastique. Toutes les fonctions de quelque impor-

j tance étaient réservées aux gens d'Eglise, et pour rester fidèle à ce pitoyable système qui a

' hâté sa ruine, la cour romaine faisait éclore des

; vocations intéressées ou sauvait les apparences en jetant la mantelletta sur les épaules de gens parfaitement décidés à rester au seuil du temple. Elle créait ainsi une caste privilégiée qu'une hgne de démarcation trop, sensible séparait du reste de la société, et qui, dans les moments de crise, était toujours obligée de chercher un appui au dehors parce qu'elle n'avait pas de racines au dedans.

Placé entre l'habit violet et la hberté, Leo-

1 EpUtolario, I, p. 296 (12 mars 1823).

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