CHAPITRE XII
» en observant ce lugubre et terrible mystère \ » de la vie universelle. Je m'aperçois bien » maintenant que, une fois les passions éteintes, » il ne reste plus dans l'étude d'autre source de » plaisir qu'une vaine curiosité dont la satisfac- » tion a pourtant un grand charme. C'est une » chose que par le passé , tant qu'il m'est resté » au cœur une dernière étincelle, je n'étais pas » parvenu. à comprendre *. »
Nous verrons plus loin , dans les Œuvres morales j le fruit de ces tristes études ^ et je crains d'avoir à constater que la philosophie de Leopardi est bien de celles qui , comme aurait dit Pascal , « ne valent pas une heure de peine » . Une nature de poète s'accommode mal à la rigueur de l'analyse scientifique ; l'imagination y domine, parfois même y fausse le jugement, et tous les efforts faits par tel poète contemporain pour confondre sans cesse le « poète » et le « penseur » ne sont pas pour prouver le contraire. Leopardi est dupe de son imagination : il ne s'aperçoit point qu'il nage dans le rêve , qu'il se place en dehors de toute observation, et qu'en croyant pprter le poids de toutes les dou-
1 ÇpUtolario, I, p. 352 ( 6 mai 1825).
leurs de la création, il sWaisse simplement soiis l'oppression bien plus vulgaire de Thypocondrie.
Le libraire Stella vint à point lui fournir l'occasion de se distraire en voyageant. Stella connaissait Leopardi de longue date et l'avait compté jadis au nombre des rédacteurs du Spettatore. Se trouvant sur le point d'entreprendre une édition des œuvres complètes de Cicéron, avec traduction italienne, et ne croyant pouvoir remettre en de meilleures mains la direction de l'entreprise , ii appela Leopardi auprès de lui , et , pour lever toute difficulté,
t commença par se charger des frais du voyage. Leopardi se mit aussitôt en route , avec l'agrément de son père.
^ Nous savons déjà que Leopardi ne voyage que pour arriver : en fait d'impressions , il remarque que le thermomètre est à 29° et que
l l'on suffi)que dans les voitures. Arrivé à Bolo-
i gne, il y trouva Giordani , Brighenti , le comte Pepoli, un jeune comte vénitien Antonio Papadopoli qui s'éprit pour lui d'une vive affection, enfin une société aimable et empressée qui le
( réconcilia en quelques jours avec l'humanité . Aussi le voyage de Milan ne lui paraissait plus