‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 66 sur 123 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

qu'une corvée, et à peine débarqué dans la capitale de la Lombardie , il écrit à Carlo : « Je soupire » après Bologne où j'ai été pour ainsi dire fêté, » où j'ai contracté bien plus d'amitiés en neuf i » jours qu'à Rome en cinq mois, où on ne pense » qu'à vivre gaiement sans diplomatie, où les » étrangers ne trouvent pas de repos tant on les » comble de caresses, où les hommes d'esprit » sont invilés à d^ner neuf jours par semaine, » où Giordani m'assure que je vivrai mieux que » dans n'importe quelle ville d'Italie , excepté » Florence ; où je pourrais subsister à peu de » frais et par des moyens tout trouvés, etc.

» Milan n'a rien de commun avec Bologne. Milan » est une espèce de Paris , et en entrant on y » respire un air dont on ne peut se faire une » idée sans y être allé. A Bologne, au physique » et au moral , tout est beau et rien n'est ma- » gnifique ; mais à Milan le beau, qui n'y manque » pas, est gâté par le magnifique et les façons » diplomatiques qui pénètrent jusque dans les » divertissements. A Bologne, les hommes sont » des guêpes sans aiguillon, et tu peux m'en » croire, car ce n'est pas sans un immense éton- >> nement qu'il m'a fallu conve^ir avec Giordani » et avec Brighenti que la bonté de cœur s'y

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» rencontre effectivement ou plutôt y est très - » commune et que l'espèce humaine y est diffé- » rente de celle dont toi et moi nous avions » idée. Mais à Milan les hommes sont comme , » partout ailleurs ....*»

On ne peut s'empêcher de sourire en songeant que c'est là un échantillon des observations « philosophiques, anthropologiques, etc. », que Leopardi recueille à l'intention de sa sœur Pauline, et sur lesquels il compte pour l'amuser dans les longues veillées d'hiver, comme il a fait pendant deux ans avec ses « bavardages romains » . Nous ne demandons h Leopardi que de nous faire connaître son propre cœur, et sa naïveté y sert merveilleusement, mais ceux qui voyaient le monde par ses yeux devaient s'en faire une singuhère idée. Leopardi ne se connaissait pas en hommes. Rencontrant Lamennais à Florence en 1832, il dit de lui : C'est un trèshabile parleur. Rien ne ressemble moins à cette âme fougueuse qui s'incarnait dans chacun de ses rêves. La vie solitaire et contemplative, en développant à l'excès la faculté d'observation intérieure , diminue la portée du regard ; on

< Epistolario, I, p. 366 (31 juillet 1825).

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