‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 7 sur 123 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

physique : le reste de sa triste existence appar- I tient à la pathologie .

Aux premiers aiguillons de la douleur physique se joignit une torture morale alors bien autrement poignante, et qui, il faut le dire pour être juste, tenait autant à Tirritabilité maladive de Leopardi qu'aux circonstances. Leopardi s'était formé seul; enfermé avec ses livres ché-» ris, il avait pris l'habitude de s'abstraire du monde réel et sa pensée errait toujours parmi ces sociétés antiques qui , à distance , ne nous [ laissent voir que leurs grandes figures. Quand il jetait un coup-d'œil hors de sa retraite, tout ce que rencontrait son regard lui paraissait vulgaire et méprisable. Il avait bien pu se faire tour à tour Athénien et Romain, il ne put jamais se résigner à êtreRecanatais. Sa bile s'échauflfe quand il parle de Recanati, et il n'a pas d'expressions assez vives pour stigmatiser l'ignorance de ses compatriotes, qui n'ouvrent jamais un livre, méprisent les savants et/ne connaissent pas de passe -temps plus agréable que la galanterie.

Dans sa famille même, l'adolescent éprouvait une sorte de contrainte ; le respect filial prenait chez lui une forme austère qui bannissait l'expansion. Le comte Monaldo était un esprit

cultivé et capable d'apprécier les talents de son fils * , mais il était • de la race de ces pères majestueux qui craignent toujours de laisser péricliter entre leurs mains le principe de l'autorité; qui, souvent en dépit de leur cœur, tiennent leurs enfants à une distance calculée et corrigent par un sermon rejQTet d'un acte de condescendance. Ce système, dont il crut bon d'user surtout à l'égard de son fils aîné, porta de si heureux fruits, que le pauvre Giacomo, amoureux comme il l'était des livres, n'osait plus, pour s'en procurer, livrer bataille àla parcimonie grondeuse de son père. Si, du moins, il avait eu, pour le consoler, les caresses de sa mère ! Mais quatre enfants étaient venus après lui prendre place au foyer paternel, et le dernier, plus jeune que lui de quinze ans, était encore au berceau. La comtesse, bornant sa mission au rôle de la femme antique, n'exerça aucune influence appréciable sur son fils, et ne paraît pas avoir cherché

1 Le comte Monaldo a publié divers opuscules :

Série dei veseovi di Recanati , con alcune notiiie délia ciltà e

délia chiesa di Recanati, 1828, Dialoyhetti sulle materie correnti neW anno 48S4, i[V. ch. xix. ) Vita di Nicole Bonafede , vescovo di Chiuii e officiale nella corle

romana dai tempi di Alestandro VI ai tempi di Clémente VII t

traita da scrilti conlemporanei. 48531.

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