‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 89 sur 123 · CHAPITRE XYIII. ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYIII. ii

de l'esprit moderne reflfraie ; il voudrait arrêter les imprudents qui , sous prétexte de conduire rhumanitè au bonheur , vont lui ravir les plus douces de ses illusions. On voit jusqu'à quel point Leopardi fait corps avec sa philosophie et combien il était loin de ce scepticisme léger qui joue avec le paradoxe sans y voir autre chose qu'un amusement littéraire. Quant aux dames de Florence, je crains bien que le souvenir de la comtesse Malvezzi n'ait jeté quelque ombre sur leur portrait. Hâtons -nous d'ajouter que c'est au milieu de ce désarroi physique et moral, qu'il appelle du nom malsonnant de fanatisme l'enthousiasme généreux d'un de ses compatriotes, le comte Andréa Broglio , mort devant Anatolia , en Grèce , « pour une cause et une » patrie qui n'était pas la sienne * . » En un autre moment, Leopardi se fût élevé au-dessus du point de vue étroit dans lequel s'enfermait plus d'un patriote italien.

L'état de sa santé ne lui permettant pas de songer à accepter une chaire à Berlin où l'appelait Niebuhr, et ne lui laissant même plus l'espoir de suffire par le ' travail aux premières nécessités de la vie, il dut retourner à Recanati,

^Epislolario, II, p. 100 (22 juillet 1828).

après avoir péniblement achevé sa Chrestomathie poétique. 11 eut pour compagnon de voyage ua jeune Piémontais réservé à une grande célébrité, Vincenzo Gioberti. Ame ardente et impressionnable , Gioberti s'était épris d'une vive sym* pathie pour le malheureux poète, et cette sympathie survécut à ce qui divise d'ordinaire les cœurs les plus aimants , à l'incompatibilité dé-* montrée des opinions philosophiques et religieuses. Chaque fois que le npm de Leopardi revient sous sa plume , Gioberti rend uii hommage attendri à cette grande et noble intelligence que le malheur seul a égarée et dont la l candeur native a résisté aux erreurs funestes qu'elle devait à son siècle. Que de prêcheurs de vertu dont la vie dément aussi les théories^ mais d'une façon moins honorable , et qui envieraient à Leopardi ce simple éloge !

Le séjour de Recanati ne tarda pas à produire sur Leopardi son effet ordinaire : l'idée fixe, c'est-à-dire le besoin d'aller chercher la liberté ailleurs , revint d'autant plus tyrannique que le mariage de Carlo, au printemps de 1829, enleva ou disputa au solitaire le confident de ses pensées , l'écho de son âme , son autre lui-même. Ses amis , du reste , contribuaient par leurs

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