‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 90 sur 123 · CHAPITRE XYIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYIU

doléances à accroître son impatience. Giordani lui demandait s'il comptait s'ensevelir pour toujours à Recanati ; Colletta l'attendait à Florence pour donner le dernier poli à son Histoire du royaume de NapleSy le professeur Tommasini l'invitait à essayer du séjour de Parme. 11 fut même un instant question, à l'université de Parme, de nommer Leopardi à une chaire d'histoire naturelle , la seule qui fût alors vacante , tant on avait foi dans la souplesse de son esprit et l'universalité de ses aptitudes !

Mais aucun projet n'aboutit. Condamné par un mal implacable aux tortures de l'oisiveté , Leo- ^ pardi faisait des plans d'ouvrage et semait de projets la route d'un avenir qui ne lui appartenait plus. Sa débilité était extrême et une sorte de fièvre nerveuse ne lui laissait plus de repos ni jour ni nuit. « Cependant, écrit-il, j'ai tou- » jours l'âme fort tranquille, non par philosophie, » mais parce que je n'ai plus rien à perdre m >y rien à espérer * . » Les premières rigueurs du terrible hiver de 1829 à 1830 achevèrent d'épuiser ses forces. Déjà le 5 septembre 1829, il écrivait à Bunsen : « Je ne puis ni écrire , ni » lire, ni dicter, ni penser. Cette lettre, tant que

1 Epistolario, II, p. 138 ( jaillet 1829).

» je ne l'aurai pas terminée, sera ma seule occu- » pation, et, avec tout cela, je ne pourrai la finir » que dans trois ou quatre jours.... Mort à tout » plaisir et à toute espérance, je ne vis que pour » souffrir , et je n'invoque que le repos de la >^ tombe * . » Sa sœur Pauline écrivait sous sa dictée les quelques billets que l'on trouve dans cette partie de sa correspondance. Sans doute, il crut être arrivé enfin au terme de sa pénible carrière : il jeta un regard sur le chemin qu'il avait parcouru , sur les illusions qu'il avait laissées derrière lui , et comme pour disputer à la mort la trace de sa courte existence, il chanta ses mélancoliques Souvenirs.

Ce nouveau lyrique est de ceux qu'il faut citer en entier : il n'en est point qui fasse mieux connaître Leopardi et dans lequel l'art s'identifie plus complètement avec le cri spontané du cœur.

Charmantes étoiles de TOurse, je ne croyais pas revenir encore par habitude vous regarder scintiller au-dessus du jardin paternel , et converser avec vous des fenêtres de cette demeure où s'écoula mon enfance et où je vis la fin de mes joies. Que d'images, que de rêves éveillait jadis dans mon âme votre vue et la vue des clartés qui vous accompagnent , alors que muet ,

• Ungedruckte Briefe, XIL

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