CHAPITRE XVIII
confiante, cette lumière de jeunesse, au moment où le destin vint-l'éteindre et te coucher dans la tombe. Ah ! Nérine, dans mon cœur règne encore mon ancien amour. Si parfois je vais à quelque fête, à quelque réunion, je me dis en moi-même : Nérine, tu ne te pares plus pour les réunions et les fêtes : tu n'y viens plus. Mai revient-il et les amoureux vont-ils offrir aux jeunes filles rameaux verts et chansons^ je dis : ma Nérine, pour toi plus jamais de printemps, jamais d'amour. A chaque beau jour, à chaque plage fleurie que je contemple, à chaque plaisir que j'éprouve, je dis : Nérine n'a plus de plaisirs : la campagne, le ciel, elle ne les voit plus. Hélas I tu as passé, mon étemel . soupir, tu as passé ; et je mêlerai toujours à toutes mes \ rêveries, à tous mes tendres sentiments, aux tristes et chers mouvements de mon cœur, cet amer souvenir.
La mort « tant de fois invoquée », la mort qui avait pris Nérine, ne voulut point briser ] encore la lyre de Leopardi. Le printemps vint ranimer cette frêle existence que le souffle glacé de l'hiver avait failli éteindre , et le malheureux poète , étonné de renaître à la vie , sinon à Tespérance, chanta sa propre Résurrection. Au mois d'avril 1830 , il se hâta de sortir de son tombeau et reprit le chemin de Florence. 11 ne devait plus revoir Recanati.
Leopardi confie sos manuscrits philologiques à M. de Sinner. — Ses adieux à la vie littéraire. — Agitations politiques en Italie : répression des troubles. — Leopardi désavoue les Dialoghetti publiés par son père. — Leopardi chez la princesse Bonaparte. — Le dernier amour. — Pope et Leopardi. — Aspasie. — La femme réelle et la femme idéale. — Amour et Mort, — L'idée de la mort dans Tanliquité. — Départ de Leopardi pour Naples.
Leopardi fut accueilli avec cordialité par ses « amis de Toscane » , qui , sur la foi d'un bruit plus vraisemblable que vrai , l'avaient cru mort. Le « ressuscité » put goûter le mélancolique, plaisir de s'entendre raconter son oraison funèbre.
Mais il ne se faisait pas illusion : il sentait qu'il ne lui serait plus donné de vivre de la vie active. Aussi ne s'occupa-t-il plus qu'à mettre en ordre et à sauver de l'oubli tout ce qui , dans ses productions philologiques et littéraires, pouvait être de quelque valeur. Une nouvelle édition l de ses poésies allait s'imprimer à Florence.