CHHEVAUER UE LA LÉGION D'HONNEUR
Portrait du Marquis de Vaulchier
figure saisissante, qui reflétait tout le patriotisme, toutes les nobles et inébranlables convictions, toute l’énergie de son modèle.
La peinture religieuse ne peut l’enrichir, mais il y revient volontiers, sans se préoccuper de ses intérêts matériels ; il peut développer à son aise ses qualités de dessinateur habile. Les compositions religieuses étaient déjà délaissées. Pendant plusieurs siècles, peintres et sculpteurs ont consacré leur sublime pinceau à la grandeur de l’Église. Puis la Réforme est venue jeter le doute au cœur de l’artiste, qui a perdu cet enthousiasme qui illuminait ses œuvres. Aux xviie et xvme siècles, la foi a disparu dans les arts, dans les lettres, au pied de l’autel, jusque sur le trône, en peinture, avec Mignard, Boucher, Watteau, Fragonard, Lancret, Baudoin ; on créait des Vénus dans des chœurs d’anges, et des anges armés de flèches. Sous la Révolution et sous le premier Empire, il n’y a qu’un homme, Prudhon, qui nous ramène aux belles traditions de Lesueur, et rayonne du même sentiment divin. Notre époque ne fera pas refleurir la peinture religieuse; il y a eu encore, sous la monarchie de juillet et sous l’empire, des œuvres magnifiques inspirées par la Bible et par l’Évangile, œuvres
d’Hippolyte Flandrin à Saint-Germain des Prés, d’Eugène Delacroix (à Saint-Denis du Saint-Sacrement), d’Ary Scheffer, représentant sainte Monique et saint Augustin. La religion, le patriotisme, les convictions solides, toutes les grandes choses s’altèrent, succombent, s’effacent. Les basiliques où l’on répandait une profusion de statues, de peintures, d’ornements, se ferment ; comment y dessiner les belles scènes de la Genèse ou de la vie du Christ, les sentences de morale, les paroles du Fils de Dieu qui éclairent et sanctifient les générations. Si l’école des artistes catholiques garde ses sentiments et son imagination colorée, sera-t-elle comprise de ses contemporains ?
Giacomotti avait peint à Paris un Christ en croix , une Sainte Famille , un Calvaire , il avait décoré de plusieurs tableaux l’église de Saint- Étienne du Mont, il peignit pour l’église de Quingey Saint Martin à la porte d’Amiens, Pie V pendant la bataille de Lépante , Belqunce consacrant Je peuple au Sacré Cœur de Jésus, et, pour l’église de Mouchard, la Sainte Trinité.
L’art de Giacomotti est fait de conscience, de travail, de science, de dessin impeccable. Il a le sentiment de la beauté et le rythme de la forme.
Portrait
Toutefois, ses tableaux d’église, où la pensée religieuse se dégage nettement, n’ajoutent rien à sa réputation, tout en étant de bonnes peintures.
Il continue volontiers à peindre des déesses, des nymphes, et à emprunter ses sujets à la mythologie. Mais plus de grandes toiles, rien que de petits tableaux de chevalet.
Il avait toujours eu du goût pour les costumes abrégés, pour les divinités de l’antiquité, plutôt que pour les simples mortels. La mythologie a ce grand mérite d’exiger l’emploi des attitudes sans voiles, les lignes dont aucun vêtement ne nous dissimule les élégances. Elle permet à l’artiste de montrer sa science anatomique en même temps que son aptitude à reproduire la grâce, la beauté; elle se maintiendra toujours et fournira toujours des sujets de compositions. Le nu est d’ailleurs de plus en plus à la mode ; il semble qu’il suffit, pour avoir du talent, d’étaler sur une toile un corps de femme; que le retour au nu, c’est le retour aux grandes doctrines. On oublie que les chefs-d’œuvre de la peinture ne se composent pas de femmes nues. Les plus beaux tableaux de Raphaël, c’est Y Ecole d’Athènes, c’est la Vierge à la Chaise, et non la Galatée. Le chefd’œuvre de Rembrandt, c’est la Ronde de nuit ; les
femmes non vêtues n’ont pas contribué à la glorification des grands maîtres. Les prix de Rome sont excusables; ils sont obligés d’envoyer à l’Institut des études de nu, et ce n'est pas une critique que nous formulons contre Giacomotti, nous devons même lui rendre la justice qui lui est due. La plupart des peintres cherchent dans l’étude du nu un sujet attrayant; ils exagèrent, pour le succès ou pour le scandale, le charme sensuel ; la beauté pure empreinte de noblesse et de dignité, ils la dédaignent, parce que le public passerait indifférent devant leur œuvre. Giacomotti a toujours eu assez de dignité pour éviter cet écueil et pour donner à ses femmes non vêtues une attitude qui n’a rien de lascif et de provocant. Ses tableaux sont des études consciencieuses de .la nature, mais ne prêtent pas à une interprétation équivoque. Il peint des déesses, mais pas de femmes déshabillées.
L ’ Amour, le petit dieu malin, joue le principal rôle dans beaucoup de ses compositions. Il excelle à en varier les poses, la physionomie et le coloris. Un jour, il nous montre une malheureuse femme qui n’est plus aimée. Les yeux, les traits du visage expriment la douleur, un sentiment de profonde réflexion, de dépit et de colère. L'Amour survient,
Effet de lumière
et se penchant sur l’épaule de la belle abandonnée, essaie quelques paroles de consolation ; il est peint avec esprit. Quel air mutin, quelle mine tout à la fois attristée, soumise, enfantine, despote, affectueuse! Il y a de la grâce, de la saveur poétique, dans ce séduisant tableau. Giacomotti fait constamment preuve de délicatesse et de bon goût. Voici l’Amour qui, d’un air moqueur, contemple une de ses plus jolies victimes, à demi couchée, et qui ne paraît pas trop désolée. Le voici encore, mais ce n’est plus l’Amour vainqueur, c’est l’Amour battu, flagellé par une femme dont il croyait triompher et qui, saisissant le carquois, se venge de son audace, en le frappant de ses flèches. L’enfant implore son pardon, dans une attitude charmante et pleine de mouvement.
Femme et enfant sont admirablement dessinés. Le haut du corps de la jeune femme se détache en couleur chaude sur le ciel bleu, et les jambes, ainsi que l’enfant aux cheveux bouclés et aux ailes déployées, sont entourés d’un paysage d’un vert foncé. C’est encore une des meilleures œuvres du peintre. En 1898, il expose, pour les fêtes du commerce, l 'Innocence, qui appartient au musée d’Etampes. L’Innocence est gracieusement assise au
pied de grands arbres. L’Amour s’appuie sur elle; naïve et sans défiance, elle a pris une flèche et en examine la pointe, sans se douter du danger qui la menace. La physionomie, l’ensemble du visage, est admirable, on ne peut mieux dépeindre la candeur, l’innocence. L’Amour ne paraît pas douter de son succès. Six jeunes Amours voltigent autour de la jeune femme : l’un lui enlève le léger voile qui cachait sa poitrine, un autre la couvre de fleurs, un autre lui tend les bras ; séduisante églogue, d’un sentiment fin et délicat.
Si l’on examine, dans son ensemble, avec équité, sans partialité aucune, sa longue carrière, on ne peut que rendre hommage à son talent. Ne lui reprochons pas d’avoir été, à ses débuts, un classique disposé à apprécier David et ses disciples. L’École de David a ses imperfections, elle a fait vivre ses personnages d’une vie un peu théâtrale, mais elle a contribué à créer toute une phalange d'hommes, sinon de génie, du moins d’un vrai mérite : Girodet, Gérard, Gros, Ingres, Prudhon, Léopold Robert. Soyons indulgents pour Giacomotti. Il recherchait la correction du dessin qui, à ses yeux, constitue le vrai talent, mais il admirait les coloristes, il visait, lui aussi, à la couleur; il
Aretause Consoïëe
prenait la nature pour base, il la copiait même avec scrupule, ne peignant jamais sans l’avoir sous les yeux.
Les critiques ardentes auxquelles il a été en butte s’expliquent. Il était un idéalisateur qui nous transportait dans le monde imaginaire de la fantaisie, qui suivait en même temps les pratiques de l’enseignement officiel. Il devait avoir fatalement contre lui, non seulement les romantiques, les impressionnistes, mais les représentants, les partisans de l’École nouvelle, qui veulent arracher les artistes à l’histoire, à la religion, à la mythologie païenne, et les localiser dans le monde présent. D’après eux, le peintre ne doit s’exprimer en peinture que sur les choses qu’il a pu voir et sentir. On comprend leur hostilité ; nous reconnaissons que Giacomotti se ressent parfois de l’enseignement de son maître, l’auteur à’Oreste s’endormant dans les bras d’Electre. Comme son maître, Giacomotti a peint des nymphes, des Vénus, il a représenté La gloire de Rubens et de la peinture, mais qu’importe le sujet d’un tableau? On peut faire un chef-d’œuvre avec des ivrognes autour d’un tonneau, avec une kermesse flamande, avec un satyre, avec un faune jouant à côté d’un lion ou
d’une panthère, avec des taureaux et des aigles emportant une femme dans l’Olympe, avec une Madone comme avec Joconde. La Grèce, avec ses compositions puisées dans la mythologie, produisait des chefs-d’œuvre, dont s’inspirent encore sculpteurs et peintres.
Il a fait preuve non seulement de talent, mais de fécondité. Doué d’une grande facilité, il a produit une œuvre considérable, ses tableaux sont dispersés partout, en Angleterre, en Italie, en Belgique, en Russie, en Espagne. Il a rempli ses cartons d’études incessantes. Il s’est exercé dans tous les genres, du moins dans de très nombreuses compositions de diverses natures ; il a fait un peu de tout : sujets historiques, religieux, mythologiques, portraits, tableaux de genre, aquarelles et peintures à l’huile ; il a su dessiner avec adresse et talent ses figures, ses têtes, ses mains de femme. La grâce et une élégance délicate régnent dans beaucoup de ses œuvres, dans L! Italienne , La patineuse et la plupart de ses portraits. Il y a de la poésie dans beaucoup de ses peintures mythologiques, comme dans tous les tableaux où il nous parle de l’Amour. Il a copié la nature, il s’en est constamment inspiré. Mais il a eu une tendance à idéaliser ce qui lui servait de modèle.
Panneau Décoratif
Il a eu le tort, pour sa réputation et sa situation de fortune, de ne pas refléter les idées de son temps, de ne pas suivre les variations de la société française, de préférer les sujets religieux, la mythologie, l’antiquité grecque ; il aurait pu être un interprète spirituel des scènes de la vie réelle.
Il est démodé, sa peinture n’est plus de notre temps, selon certains partisans de l’École moderne. Diderot disait : « J’ai vu changer les goûts et les mœurs, et je n’aurai pas vécu longtemps. » Rien de plus juste. Il y a moins de cent ans, l’école de David était triomphante. Les Watteau, Boucher, étaient considérés comme petits maîtres, sans valeur aucune, et voilà que ces petits maîtres se vendent aux plus hauts prix. Les idées se modifient, les admirations se fatiguent. Pendant longtemps, Raphaël n’a-t-il pas été un dieu oublié ? Lorsqu’une révolution essaya de régénérer les arts à la fin du xvme siècle, lorsque l’on entreprit de démolir les maîtres qui avaient enthousiasmé leurs contemporains, les Watteau, Boucher, Lancret. on essaya de recommencer Michel-Ange, Rubens, le Corrège, personne ne songea à Raphaël, personne ne se souvint des Loges et des Chambres, œuvres de génie, et il fallut l’enthousiasme réfléchi et l’ardeur d’Ingres pour remettre en lumière
le grand maître dont la gloire avait été consacrée par trois siècles d’universelle admiration. Nous vivons à une époque où les demi-dieux de la veille sont bien vite des idoles brisées. Le public peut se passionner pour la peinture sans dessin, sans relief et sans couleur, pour des ébauches rapides, mais tout tableau, s’il est bien peint, conserve sa notoriété; c’est le secret de la réputation, de l’immortalité conquise par les Hollandais. Les œuvres qui dénotent le talent, qui se distinguent, comme les peintures de notre éminent compatriote, par l’élégance, la science du dessin et le charme du coloris vivront et seront, dans l’avenir, appréciées à leur valeur, à l’abri des fluctuations de la mode.
Giacomotti savait que l’on appréciait son talent de portraitiste, mais qu’en dehors du portrait on le considérait comme un étranger, qui, au début de sa carrière, se serait endormi devant un tableau de David, ne se serait pas réveillé à temps utile, et se serait trop préoccupé des contes mythologiques. Il savait aussi que peu de peintres ont vu le succès leur rester fidèle. Gérard, le baron Gros, ont connu les cruels revirements de l’opinion; il en a été de même non
Portrait du sculpteui Beequet
seulement des peintres du premier empire, mais de beaucoup d’autres de la nouvelle école. La gloire passe vite, et les enthousiasmes se changent en indifférence et en oubli. Giacomotti comprenait que ses œuvres n’avaient plus la même valeur, se vendaient moins facilement; que ses portraits eux-mêmes avaient conservé leur prix, mais étaient moins demandés; il ne s'en étonnait pas, ne cherchait pas à conquérir plus de notoriété, -n’aurait jamais eu la pensée de tenter aucune démarche pour modifier cette situation, et cela, non par orgueil, mais par une sorte de répugnance tout à fait insurmontable ; il n’avait jamais eu l’esprit d’intrigue qui contribue au succès.
Dans sa philosophie, il s’était consolé de n’être point de l’Institut. Un jour, en 1899, l’injustice fut réparée, il ne s’y attendait guère et n’y songeait plus. Fut-il touché de cette marque de haute estime? Il n’en parlait jamais et ne songeait pas à s’en glorifier.
Son séjour à Besançon pendant les dernières années fut constamment attristé par de mesquines tracasseries : il voyait son enseignement apprécié, discuté, critiqué par des gens sans expé-
rience aucune, sans érudition, sans études artistiques, et d’une incompétence absolue. Nos assemblées législatives se composent aujourd’hui d’hommes qui ont réussi à se faire élire grâce à leur servilisme, à leur radicalisme. Il en est de même, bien plus encore, pour la plupart des conseils municipaux.
Seraient-ils capables d’avoir une opinion raisonnée sur le talent de Giacomotti, sur la valeur de son enseignement, sur les modifications à apporter à l’école de peinture et au musée? Ils s’inquiétaient en réalité fort peu des collections du musée, d’Adrien Paris, de Gigoux et de tous les tableaux anciens et modernes; ce qu’ils voulaient, c’était décourager le vieux maître, le fatiguer, l’obséder et le déterminer à abdiquer; il s’en préoccupait, et avec raison; il ne disait pas un mot de politique, mais avec— les délations, comment, dans notre époque troublée, ne pas être inquiet? lia écrit, peu de temps avant sa mort, ces mots : « Si j’ai fait quelque chose de bien, c’est en luttant sans cesse contre des esprits jaloux. »
Cette guerre était d’autant plus injuste qu’il remplissait avec autant d’activité que de dévouement et d’intelligence ses fonctions de directeur
Etude au Conté
de l’école et de conservateur du musée. Il apportait dans son enseignement tout ce qu’il avait de cœur, de talent, d’expérience. Plein de sollicitude pour ses élèves, il s’informait de leurs projets d’avenir, et ne donnait pour ainsi dire à aucun d’eux le même enseignement; il les contraignait à faire des études sévères et suivies, base du vrai talent; ce qu’il veut, c’est leur apprendre un dessin approprié à leur carrière future. Il est classique, mais c’est une qualité pour un professeur; on est sûr qu’il saura enseigner les premiers principes, la grammaire du dessin. D’ailleurs, tout en étant classique, il sait ce que vaut le coloris et essaie de communiquer à ceux qui l’entourent son enthousiasme pour les Rubens, les Véronèse et les coloristes qu’il a admirés à Paris et en Italie.
Né pour créer des œuvres qui augmenteront sa notoriété et ses ressources pécuniaires, il donne à ses élèves, qui exécuteront peut-être un jour ses rêves, le feu sacré de ses heures d’inspiration. Il sacrifie sa palette à leurs études. Il fait mieux encore. L’école comtoise est loin d’être florissante, elle était en déclin, elle périclitait; il lui rend la vie. Le nombre de ses élèves augmente chaque
année, et ce sont des peintres, des sculpteurs distingués et qui peuvent espérer un brillant avenir.
En peinture, c’est Tirode qui le remplace comme professeur à l’école municipale, qui, dans ses portraits, arrive sans effort à la vigueur, sans emphase au coloris qui saisit et pourrait garantir la ressemblance; c’est Laurens qui a eu son heure de notoriété pendant son séjour à Besançon et se fait apprécier en Amérique. Ce sont MM. Spitz, professeur au lycée; Fanart, Abram, Fauvet, professeur à Saint-Etienne; Fournier, paysagiste; Mme Voisard.
Giacomotti est en cela plus heureux que Wyrsch qui n’a laissé que de médiocres imitateurs.
Fe musée, il ne l’oublie pas; il suit le noble exemple de Charles Weiss, qui a passé sa vie à récolter pour la bibliothèque de la ville de Besançon une quantité fort grande de livres rares et précieux, à une époque où l’on trouvait encore d’abondantes moissons; il fait appel à la générosité de ses amis, de ses compatriotes, et sous son règne, le musée s’enrichit de nombreuses peintures : de la grande et riche collection de Jean Gigoux; d’un charmant tableau de Faustin Besson, donné par M. Ernest Jourdan; du Printemps , du même peintre; d’un Saint François prêchant entouré
PS
, 'Amour Vainqueur
de poissons , don de M. Paupion ; des Rapides du Doubs à Remonot, don de Mme Bavoux; de deux .études de Géricault : Un effet de soir , un portrait de femme; d’un paysage : Le ravin de la Brème , par M. Marcel Ordinaire ; d’une allégorie : Les dieux s en vont , par M. Girardot ; de deux tableaux de M. Pétua : Eve, Psyché; du portrait du docteur Groslambert, don de M. Buchaillet; de la collection des frères Grenier; d’un portrait de Jean Desbrosses; de deux Fanart (paysages), donnés par Mme Fanart; d’une assez grande quantité de dessins et de gravures à l’eau-forte, don de M. James Tissot; du portrait de Mme Menessier- Nodier, par Gigoux; de la Petite femme à V œuf, par Mme Hortense Lescot, don de Mme Escalier; du Réveil, par Franceschi ; du Chemin de la vie, par le comte de Chateaubrun; du docteur Michel, par Iselin ; des portraits de M. et Mme de Palise, peints par Wyrsch, donnés par M. Blanchard; du portrait de Mme Marjolin et du docteur Marjolin, don de M. Marjolin fils; de L'apothéose de Victor Hugo, don du peintre Clairin, ami de Giacomotti; de deux portraits, don de Mme de Vouglans; d’un Saint Sébastien blessé, de la Mort du paysan, des Dénicheurs, œuvres de Victor Guillemin, don de Mme Guillemin; de deux marbres,
un buste cl Napolitaine, don de M. Bouvard ; d’une étude d’homme nu, par Lariçrenon, provenant de M. Rith, etc. Nous ne mentionnons que les oeuvres de quelque importance.
Giacomotti a fait don au musée de son portrait par Baille, du portrait de Mlle Anna Maire, de celui de Soitoux, de son prix de Rome : Le retour des anges.
En 1892, il a fait don à l’église de Quingey de trois tableaux : Le Pape instituant le rosaire; Saint Martin partageant son manteau; L’évêque Bel^unce bénissant le peuple pendant la peste de Marseille.
Comment la ville lui témoigne-t-elle sa gratitude ?
Giacomotti et Becquet sont de vieux amis. Le peintre a non seulement de l’affection pour le Statuaire, il a pour son caractère, l’honorabilité de sa vie et pour son talent une grande estime. Il a l’heureuse pensée d’augmenter la popularité, la réputation de son compatriote, en présentant son portrait à ses concitoyens, en faisant de lui une magnifique peinture, l’un de ses meilleurs tableaux. L’œuvre sera doublement précieuse : elle prouvera le talent du peintre et perpétuera le souvenir de deux nobles enfants de notre pays, du peintre et
Mendiante
du statuaire qui tous deux ont aimé la Franche- Comté. Elle avait forcément sa place, une place d’honneur, au musée de la capitale de la province, mais la ville, qui s'inquiète assez peu des contribuables lorsqu’il s’agit d’expulser des citoyens libres, de fermer un séminaire, des maisons religieuses et des écoles, et d’aggraver les impôts, refuse une misérable somme pour acquérir cette œuvre précieuse. C’est ainsi qu’elle encourage les arts et les artistes ; elle vient de dépenser des sommes excessives pour fêter les représentants du gouvernement, mais la caisse est vide lorsqu’il s’agit de Giacomotti; elle a acheté, il y a trois ans, des tableaux sans valeur, mais qui étaient peints par un démocrate; ce démocrate n’avait manifesté en rien son attachement à son pays. Giacomotti lui a été utile. La reconnaissance ne serait-elle pas une vertu civique ? Serait-elle inconnue de nos assemblées municipales?
Nous sommes devenus un peuple essentiellement artiste, nous élevons des statues à nos grands et à nos petits hommes, des bustes à des inconnus. La passion des statues et des bustes s’augmente, nos compatriotes n’oublient pas ceux qui ont honoré leur pays. Ils conservent leur sou-
venir, sinon par des monuments, du moins par un buste de marbre ou de bronze. Elle a honoré d’une statue Victor Hugo, qui est sans contredit l’enfant dont elle doit le plus s’enorgueillir, Becquet a son buste sur une promenade de sa ville natale. Est-ce digne de son grand talent, de son dévouement à notre province comtoise, de ses incessants efforts vers l’idéal ? Chartran a été l’objet d’une véritable ovation. On a rendu hommage à son mérite, une statue lui a été dédiée, aux acclamations de tous ceux qui ont suivi ses luttes ardentes et étudié ses oeuvres ; il est d’autres de nos compatriotes qui n’ont pas eu grande notoriété et dont on a essayé de conserver le souvenir, et qui sont déjà à peu près inconnus; mais il est un homme qui ne devrait pas être oublié, c’est Giacomotti. Parmi les villes de province que distingue un noble souci des arts et des lettres, Besançon mérite une première place. Pourquoi renoncer à des traditions qui ont été un exemple utile, et qui honorent la vieille cité comtoise? Nous venons de voir s’élever un monument à un insulteur de nos croyances les plus sacrées, à un blasphémateur qui a dit : « Dieu, c’est sottise et lâcheté, c’est hypocrisie et mensonge. Dieu, c’est le mal. » On le couronne de lauriers ;
Au Coin du Feu
Etude â la Sanguine
M. Fallières en tête ne trouve pas, sous ce gouvernement d’athées, assez d’honneurs à lui décerner, et les représentants de la ville de Besançon n’ont même pas eu pour Giacomotti, à son décès, un mot de remerciements, une parole élogieuse. Il y a là une iniquité flagrante, contre laquelle tous les gens de cœur, tous les patriotes, tous ceux que n’aveugle pas la passion politique, protestent énergiquement. Il mériterait de la postérité le grand honneur d’avoir sinon son image dressée sur une de nos places publiques, du moins un buste de marbre dans ce musée auquel il a consacré une partie de sa vie. L’hommage que nous sollicitons pour l’un des chefs éminents de l’École comtoise, hommage parfois trop prodigué, ne serait ici qu’un acte de justice.