Voir Infra, chap. IV, x, p. 210, et n
L'œuvre poétique d’Ortes n'offre rien de notable; son œuvre dramatique, par contre, est loin d’être négligeable. Si, pour la première, on ne peut guère citer que les Lamentations de Jérémie : et de nombreux Sonnets? on trouve, au contraire, dans son Théâtre des pièces fort honorables : Polyxène, Marcus Attilius Réegulus*, Manlius Capitolinus .
I1 convient de noter encore son charmant récit de Psyché‘, son Jugement sur quelques poètes italiens illustres ” et son Catalogue des meilleurs auteurs français en prose *.
C’est plus qu’il n’en faut pour désirer le connaître...
IV. — L'œuvre économique d’Ortes est des plus importantes, et son influence dans ce domaine fut considérable. Pour assurer le triomphe des idées qu’iï croyait justes, il n’hésita pas, en effet — au prix de sérieuses difficultés — à publier les principaux ouvrages où il exposait sa doctrine.
Les Erreurs populaires sur l'Economie Nationale °, paru-
1. — 1 Treni di Geremia Profeta, ridottr in versi italiani. (Opere varie autog., Marciana, It. class. IT, cod. CXXXVIII). 2. — Alcuni Sonetti, aggiunti al Ragionamento delle Scienze
Utili e delle Dilettevoli. (Opere varie autogr., Marciana, ït. class. II, cod. CXXXVIII).
3. — Polissena, Azione drammatica, da rappresentarsi per musica a 5 voci. (Opere varie autogr., Marciana, It. class. IT, cod. CXXXVIII).
4. — Marco Attilio Regolo, Dramma per musica. (Opere varie autogr., Marciana, It. class. II, cod. CXXXVIII).
5. — Manlio Capitolino, Azione drammatica da rappresentarsi per musica a 5 voci. (Opere varie autogr., Marciana, It. class. II, cod. CXXXVIII).
6. — Favola di Psychè. (Studi varüi autografi, Marciana, It. class. XI, cod. CXXXV).
7. — Giudizio sù alcuni poeti illustri italiani. (Studi varii autogr., Marciana, It., class. XI, cod. CXXXV). 8. — Catalogo de’ migliori autori francesi in prosa per far
conoscer il progresso della lingua. (Studi varii autogr., Marciana, It., class. XI, cod. CXXXV).
9 — Errori popolari intorno all’Economia Nazionale, considerati sulle presenti controversie fra à laici e à chierici in ordine di possedimento dei beni. — Il existe à la Marciana un exemplaire des Erreurs populaires collationné avec le manuscrit et
rent en 1771 — sans nom d’auteur, d'imprimeur ni de lieu — et, aussitôt, des Annotations spéciales !. Son Economie Nationale fut publiée en 1774, sans nom d'auteur ni de lieu. Suivirent diverses Lettres *®, pour réfuter les critiques que ses théories n’avaient pas manqué de susciter. Elles datent de 1778 et ne portent, elles aussi, ni indication de lieu, ni nom d’auteur ou d’imprimeur.
Le traité des Fidéicommis, également publié sans nom d'auteur ni de lieu, est de 1784‘. Il fout en rapprocher la Lettre aux Nouvellistes Littéraires de Florence * en réponse
corrigé par Ortes, qui avait, du reste, l'intention de publier une seconde partie de ce traité : les Errori sul Governo de’ Popoli.
1. — Annotazioni dell’Autore del libro degli Errori popolari sullEconomia Nazionale.
2. — Della Economia Nazionale, Libri sei, 1774. C’est à Bologne
qu’elle fut imprimée. Un exemplaire, collationné par Ortes avec le Manuscrit, et corrigé de sa main, est conservé à la Marciana. Le visa de l’Inquisiteur est daté de Venise, le 16 avril 1773.
3. — Lettere scritte a diverse persone in proposito di detto libro (Economie nationale).— Ces Lettres sont au nombre de dixhuit, dont six (Lettres IX à XIV) manquent. Le nom des destinataires n’y figure pas, mais seulement la mention Al Sign. N. N. L’exemplaire de la Marciana porte, de la main d’Ortes, avec des corrections et des adjonctions, le nom de quelques destinataires. Ce sont : pour les Lettres I, II, IV, V, l’Auditore Michele Ciani, à Florence; pour la Lettre III, le P. Maestro Pericorre, Carmelitano, à Padoue ; pour les Lettres VI, XII, il Nobile Sign. Conte N.; pour la Lettre VII, il Nobile Sign. N. Venise ; pour les Lettres VIII IX, il Sign. N.; pour les Lettres X, XI, il Sign. Conte Antonio Dragoni, à Udine ; pour les Lettres XIII, XIV, il P. Lettore D. Guido Vio, Monaco Camaildolese, à Murano ; pour les Lettres XV à XX, Monsign. Giulio Cesare della Somaglia, à Rome. — A ces Lettres il faut ajouter Tre Lettere al Sign. Audit. Michele Ciani (publiées par CUSTODI, Econom. class. ital., p. m., t. XXIII, p. 312 à 391) ; Tre nuove Lettere sulla Economia Nazionale. (Custopr, ouv. cit., t. XLIX suppl, p. 67 à 168) ; et diverses Lettres inédites publiées par LAMPERTICO (Giam. Ortes e la Scienia econom. al suo tempo, Append. II, p. 280 et suiv.).
4, — Dei Fidecommessi a Chiese e Luoghi pii, in proposito del termine di mani-morte introdotto a questi ultimi tempi nell’Economia Nazionale. Libri due, 1784. Comme pour les Errori popolari et l'Economia Nazionale, il existe à la Marciana un exemplaire avec la mention autographe « Confrontato col Ms e dall’Autore incontrato ».
5. — Copia di Lettera scritta addî 29 Gennajo 1785 ni Signori Novellisti Letterarii di Firenze, l’Autore del Libro de' Fidecom-
à leurs critiques sur le nouvel ouvrage d’Ortes !, et une autre Lettre spéciale tendant à la même fin*.
Peu d'années après — en 1790 — paraissaient à Venise les Réflexions sur la Population. Ecrites, d’après les indications mêmes du manuscrit, avant 1775, elles furent retouchées et refondues, au moins partiellement, par Ortes en 1787 et 1788 ‘.
Ces ouvrages, de beaucoup les plus importants, ont été à nouveau publiés par des auteurs contemporains. Custodi les à repris, en effet, dans ses Economistes classiques italiens *, et, plus récemment, le professeur Ferrara, dans sa Bibliothèque de l’Economiste, a retenu l’Economie Nationale ‘, en même temps que les Lettres qui en forment le commentaire 7.
messi non stampato in Venezia e non pubblicato (CUSTODI, CU. Ci, D M TREND):
1. — Ces critiques parurent dans le n° 41 du 17 décembre 1784.
2. — Lettera dell’ Autore in proposito del Libro de’Fidecommessi, in data 15 Gennajo 1784 m. v. (CUSTODI, OU. cit., p. m. t. XXVII).
3. — Riflessioni sulla Popolazione delle Nazioni per rapporto all’ Economia Nazionale. Le manuscrit est à la Marciana : Opere varie autografe, It. class. II, cod CXXXVIII (fo 112 verso, f* 113 à 147 recto et verso) pour les chap. I à XXIX ; Studi var autografi, It. class. XI, cod. CXXXV (f°” 69 à 75 recto et verso f° 76 recto), pour les chap. XXX à XXXIV. Notons pour mémoire, car il n’apporte aucune contribution nouvelle à son système, un manuscrit inachevé d’'Ortes : Popolazione perchè non cresca per l’Agricoltura, per le Arti e pel Commercio.
4. — Il est en effet mentionné au manuscrit (Opere varie autogr., Marciana, It. class. II, cod. CXXXVIII, f° 135 recto) à la fin du chapitre XVII: « Stesa prima del 1775, Riffatta in parte del 1787. » Et à la fin du chapitre XXIX (ibid., f° 147 verso) : « Stesa prima del 1775, Riffatta del 1788. »
5. — Les Errori popolari, au t. XXV, p. m., p. 5 à 231; Les Annotarioni, au même tome, p. 235 à 258 ; L’Economia Nazionale, aux t. XXI et XXIII, p. m.; Les Lettere scritte a diverse persone, au t. XXIII, p. m.,, p. 7 à 312; Les Fidecommessi au t. XXVTII, p.m.; Les Riflessioni sulla Popolazione, au t. XXIV, p. m.,, p. 7 à 147, et t. XLIX suppl, p. 169 à 254.
6. — Biblioteca dell’ Economista, Pa Sie, Trattati complessivi, vol. III, p. 783 à 1017 (Turin, Pomba 1851-1852). Au cours de notre étude des divers traités économiques d’Ortes, nous renverrons à l’ouvrage de Custodi.
7. — Bibliot. dell’'Econom. (ibid., p. 1020 à 1112). Ferrara à également publié Tre Lettere a Michele Ciani (ibid. p. 1113 à 1136).
Mais à côté de ces ouvrages, il en est qui demeurèrent manuscrits, ou furent, à l’occasion, publiés par des chercheurs dans des plaquettes à peu près inconnues. Nous citerons, entre autres : l’Ingérence du Gouvernement dans Economie Nationale, l’Egalité des Richesses et de 1a Pauvreté?, les Réflexions sur les Rentes du Principaï :, le Discours sur l’Economie Nationale“, inachevé, les Diverses Pensées sur l'Economie Nationale.
Or tout cet ensemble hétéroclite de Raisonnements, de Discussions, de Problèmes, d'Observations, reflète parfaitement le caractère d’Ortes. Sa vie en recul et son œuvre, qu’anime et vivifie un grand élan de sincérité, s’harmonisent étroitement. |
Pensée lumineuse, savoir profond et divers, il reflète ce Settecento si passionnant, où palpitèrent tant d’espoirs, s’élaborèrent tant de réformes, s’affirmèrent tant de progrès. On vit alors l’Arcadia perdre son influence, et une littérature vivante se substituer à son archaïsme ; la Scholastique — avec Guido Grandi° — passer au second
1. — Dell’Ingerenza del Governo nell Economia Nazionale. (Studi varii autografi, Marciana, It. class. XI, cod. CXXXV, fo 14 à 23 recto et verso). — Ces Observations furent, par la suite, publiées, en 1853, par LAMPERTICO (Giam. Ortes e la Scienza econom. al suo tempo, Append. V, p. 332 et suiv.); et, en 1863, par G. FOVEL.
2. — Dell'Eguagliania delle Richezie e della Povertà nel comune delle Nazioni. (Opere varie autogr., Marciana, It. class. II, cod. CXXXVIII, f” 99 à 103 recto et verso). CIcCOGNA (Trattatelli ined. di Giam. Ortes) a publié cet Opuscule.
3. — Riflessioni sulle Rendite del Principato, sulle Rendite pubbliche in proposito di Economia Nazionale. (Opere varie autogr., Marciana, ibidem, f” 17 à 27 recto et verso ; 28 recto).
4. — Discorso sull’Economia Nazionale. (Opere varie autogr, Marciana, ibidem, f” 233 à 242 recto et verso ; f° 243 recto). 5, — Varii Pensieri sopra l’Economia Nazionale cioè sulla Po-
polazione, sulle Famiglie, sull’Interesse del danaro. (Studi var autografi, Marciana, It, class. XI, cod. CXXXV). Nous citerons encore pour mémoire, dans ses Manuscrits, des Osservazioni sopra una Dissertarione nel Giornale del Commercio, di Giugno 1759, Dicem. 1759, al Conte di Rosemberg, Ministro Cesareo. (Opere varie autogr., Marciana, It, class. II, cod. CXXXVIII).
6. — Vita del P. Guido Grandi, p. 17 et 18; p. 111, 114. Voir INITAND 360 L
plan ; la Philosophie — avec Vico — apparaître dans sa notion moderne ; la Critique et l'Histoire — avec les Muratori, les Beccaria, les Filangieri — supplanter les chroniques incertaines et fantaisistes ; les Sciences physiques — avec les Spallanzani, les Piazzi, les Volta — imposer à l’admiration universelle leurs découvertes et leurs lois ; le Théâtre dramatique, — grâce aux efforts et à la fécondité créatrice des Métastasio, des Goldoni, des Alfieri — naître et se développer aux lieu et place des vieux systèmes surannés jusque là en honneur ; les principes de Gouvernement s'affirmer avec force dans des conceptions sociales nouvelles, sous l'influence énergique d'hommes d'Etat éclairés — les Tanucci, les Du Tillot, les Verri, les Fossombroni— ; l'Economie politique, préciser ses dogmes avec les Galiani, les Genovesi, les Ortes, les Carli. En un mot un réveil intellectuel et moral de l'Italie entière, une sorte de Rinascimento, où s'affirme fièrement l'indépendance de l'Homme devant l'Autorité, quelle qu’elle soit — du Prince ou du Peuple.
Aucun de ces grands mouvements ne fut étranger à Ortes. Sans dépouiller complètement les antiques disciplines, dont il demeura toujours imprégné, il sut s’intéresser à chacun, avec un bonheur inégal, sans doute, ce qui lui valut d’être cité tantôt comme un intellectuel puissant, tantôt comme un penseur confus. Il est vrai qu’il fut peu connu de son vivant ; on l’ignora davantage encore après sa mort. Aussi les rares écrivains qui parlèrent de lui, ont-ils, en général, mal interprété sa
1. — Voir par exemple : ALBERTO ERRERA : Storia dell’ Economia Politica nei secoli XVII e XVIII negli stati della Repubblica Veneta (p. 92, 156) ; FRANCESCO FERRARA, Esame storico-critico di Economisti e dottrine economiche del Secolo XVIII e prima metà del XIX (vol. I, p. 289 et suiv.) ; Prefazione alla Biblioteca dell’ Economista, Prima Serie, Trattati complessivi (vol. III, p. XX, XXI, XXII, LXIII..) ; ANTONIO LomBarpt, Storia della Letteratura italiana nel Secolo XVIII (t. I, p. 324, 325) ; ULISSE GoOBBI, La Concorrenza estera e gli antichi Economisti italiani (p. 197, 202); Juzius KaAuTz, Die Geschichtliche Entwickelung der Nationalôkonomie (p. 381, 383) ; WILHELM ROSCHER, System der
pensée, concentrée loin des apparences extérieures dans l’intime signification du sujet et du style’, ou imparfaitement saisi ses théories pour n’avoir peut-être pas eu la patience de déchiffrer ses manuscrits en entier, ni d'approfondir ses concepts?. Voilà pourquoi, tandis que certains lui reconnaissent à peine quelques qualités au regard de ses nombreuses exagérations *, d’autres le jugent avec une sévérité excessive et même injuste‘ ou l’exaltent certainement au-delà de ses mérites réels : il ne fut pas, en effet, ce « rival des plus fameux étrangers » dont parle Custodi‘, ni ce « penseur sublime »°, cet « homme illustre »’, vanté par Meneghelli, Moschini® et
Volkswirtschaft (t. I, p. 23, 57, 400, 417; t. II, p. 167, 285) ; H. WAGner, Staatsund Gesellschaftslexicon (t. XIV, p. 694, 703) ; Die Zeit, Wiener Wochenschrift, 1897 (t. XI, p. 116, 177).
1. — Voir notamment chap. V, De l'Economie Nationale, sect. IV, $ I, zx, Infra, p. 350, n. 3.
2. — « on éprouve une grande fatigue à lire ses Traités et plus encore à les comprendre. » (PEccH10, ouv. cit, p. 266). Nous verrons qu'Ortes ne se faisait aucune illusion à cet égard. (Infra, D 529%n. 1);
3. — PALGRAVE, Dictionary of Political Economy,Vo Ortes ; LAMPERTICO, Giam. Ortes e la Scienza econ. al suo tempo, p. 245 à 247. — « Un ingegno stravagante, ma di profondi pensieri fecondo, possedette Giammaria Ortes… » (A. LOMBARDI, Storia della Letterat. ital., t. I, liv. II, p. 324).
4, — Par exemple FRANCESCO FERRARA, out. Cit., t. III, p. LVIII, le qualifie de « pessimo economista » ; GANILH, dans ses Systèmes d'Economie politique, trouve sa doctrine « décourageante et monstrueuse » au point de dédaigner d’en faire la moindre critique.
5. — « Originale, profondo e rivale de’ più illustri stranieri è tra i nostri il Veneto Ortes, le di cui opere in parte manoscritte e tutte inedite.… » (Ouv. cit. Notizie di Giam, Ortes, p.m, t. XXI, p. V. in fine). Plus loin, il ajoute : « Il breve cenno.… degli importantissimi argomenti sui quali scrisse Giammaria Ortes, e ancor più la lettura delle sue opere… daran motivo à grandemente maravigliarsi come un tant’ uomo che a ragione si dee annoverare tra i sommi ingegni, di cui s’onora l’Italia.… » (Ibid., p. XXVIII, in fine).
6. — « …qual pensatore sublime, che maggioreggia tra sommi nel disvelare le non dubbie fonti della prosperità e della opulenza de’ popoli. » MENEGHELLI, Elogio di Giam. Ortes. (Opere Scelte, t. III, p. 113).