Il ne faut pas cependant exagérer, Une légère tendance
Hostile à l’ingérence du Principat dans l'Economie nationale, la notion de science, qu’il allait introduire en Economie, lui permettait précisément de lutter contre cette ingérence. Il pose donc pour principe que l'Economie doit être régie par des données scientifiques, des règles immuables et nécessaires, comme les lois physiques et naturelles, Venu à l’idée d’une science économique en partant de ses études mathématiques, — comme Quesnay y était arrivé en partant de ses études de médecine et Adam Smith de la philosophie, — il était normal qu’Ortes trouvât la méthode scientifique la meilleure, et, effectivement, le calcul lui apparut à cet égard indispensable ?.
Malgré les efforts tentés *, on était, à son avis, fort mal éclairé sur les modes de subsistance de la Nation“, Cela
s’est dessinée pour ériger l'Economie en Science particulière. Elle se manifeste dans les ouvrages spéciaux de Scaruffi, de Davanzati, d’Antonio Serra, de Broggia, de Pompeo Neri, pour se continuer et prendre forme dans les traités de Genovesi, de Verri, et surtout d’Ortes. Genovesi, en effet, dans ses Leçons d'Economie civile, s'attache même à créer une théorie scientifique de l'Economie, pour établir sur des bases logiques la pratique de l’époque qui trouvait son expression dans les travaux si nombreux sur la Monnaie, la Population, le Négoce, l’Agriculture. De son côté, peu après — les Leçons parurent en 1765 et les Méditations en 1771 — Verri, tout au début de son ouvrage (Meditaz. sulla Econ. polit. ; CUSTODI, ouv. cit., p. m., t. XV, p. 6), reconnaît que l'Economie politique « tend à devenir une science », et qu’il ne lui manque que la méthode. Il allait incomber à Ortes de la préciser.
1. — En cela, on le voit, Ortes se rapprochaïit des Physiocrates. Mais si ces derniers voyaient dans la loi naturelle une loi providentielle, quasi divine, Ortes, malgré son caractère religieux, ne va pas jusque là. Il se contente de rechercher la loi naturelle — qui se manifesterait spontanément chez l’homme — dans la société elle-même. C’est ce qu'a parfaitement saisi M. Carlo de Franchis dans son étude de la méthode d’Ortes (Giammaria Ortes, un sistema di Economia matematica nel’ 700, III, p. 50).
2. — Annotaz. degli Errori popol…, Annot. I (CUSTODI, ouv. cit., p. m., t. XXV, p. 244).
3. — Delle Sciense Utili e delle Dilett., chap. IX (CUSTopt, ouv. cit., p. m. t. XXIV, p. 172).
4, — Econ. Nazion., Disc. prélim., XII (CUSTODI, ouv. cit, p. m. t. XXI, p. 35).
surtout par suite du manque de méthode : « Aucun géomètre n’a encore traité de l'Economie nationale » !. Aussi, réagissant contre l’absence à peu près complète d'esprit déductif, va-t-il, en l’exagérant il est vrai, appliquer une méthode nouvelle?. La géométrie, tant en matière d'Economie nationale qu’en tout autre question, lui apparaît, nous le savons, indispensable. Mais il ne se contente pas d’en appliquer rigoureusement les principes ; suivant son habitude ‘, il restreint encore le problème économique à peu près uniquement à une simple opposition d’axiomes aux erreurs. De ces axiomes devront se déduire logiquement les raisons et les modes d’après lesquels l'Economie peut normalement procéder‘. Et on
1. — « Perchè tanti studi riescano impari all’intento proposto, non da altro certamente si conoscerà ciô essere che da questo, di non essersi questi studi accompagnati ancora colla geometria, la quale sola puô condurre alla cognizione delle verità naturali, e massime di quelle che versano sulla quantità, qua senza dubbio sono le economiche stesse… » Errori popolari… pref. (CUSTODI, ouv. cit., p. m., t. XXV, p. 12). Voir encore : Delle Scienze Utili e delle Dilett., chap. IX (CUuSTODI, ouv. cit., p. m., t. XXIV, p. 173),
2. — « nel promuoverla (Economie Nationale) si bada sempre a casi particolari senza, badare a tutti gli altri… e ciô non per altro che per promuoversi essa più coll’immaginazione che coll’intelletto. » Delle Scienz. Utili e delle Dilett., chap. IX (Cus- TODI, OUT. Cit., ibid., p. 173).
3. — Lett. XLIX, du 14 janvier 1786, (Cusropt, ouv. cit. ibid., p. 456). Il dit ailleurs « io credo che per la geometria sola possa riconoscersi e regolarsi la scienza economica ». Annotaz. degli Errri popol., Annotaz. I (CusrTopt, ouv. cit., p. m., t. XXV, p. 237). Dans ses Sciences Utiles, il préconise pour toutes les sciences l'application de la géométrie, loi de nature seule capable d'éviter les erreurs de même qu’elle à fait disparaître pour les sciences physiques les doutes et les discussions. Delle Scienze Utili e delle Dilett., chap. I (Cusront, ouv. cit., p. m., t. XXIV, p. 130) ; chap. VI (ibid, p. 154) ; voir Supra, chap. III, $ III, p. 117, n. 3; et chap. IL, 1, p. 64 et suiv.
4. — « io nel mio ragionare in qualcunque materia darmi vanto di conservare il metodo de” geometri ». Fragment autogr. rapporté par Cicocna, (Trattatelli inediti di Giammaria Ortes, p. 20).
5. — Son traité des Erreurs populaires, où il oppose sept axiomes à sept erreurs, et dans lequel il fait une application rigoureuse de son système, peut être considéré comme le plus
retrouve là l'influence de Guido Grandi si passionné de
géométrie qu’il y voyait une « occupation divine » :. Ortes s’affirmait en somme le précurseur de l'Ecole mathéma-
caractéristique de sa méthode géométrique. A titre documen-
taire, nous donnons le tableau des Erreurs et des Axiomes :