‹ Giammaria Ortes Un Vénitien du SettecentoChapitre 146 sur 197 · I. DE L’INÉGALITÉ NÉCESSAIRE DE REPARTITION · texte numérisé non relu

I. DE L’INÉGALITÉ NÉCESSAIRE DE REPARTITION

Ortes est partisan de l'inégalité de répartition des richesses telle qu’elle fut admise par les Scholastiques.

Si certains ne possédaient pas de superflu, dit-il, si d’autres ne manquaient pas du nécessaire, nul ne s’occuperait ; ceux-là parce que suffisamment pourvus, ceux-ci parce que les premiers n'auraient pas de superflu à leur

1. — « Finalmente io dico, il governo generalmente essere più intento à favorire che a impedire chi coi propri interessi nuoce agl’ interessi degli altri ». Dell’ Ingerenza del Gov. nell’ Econ. Nazion. (Studi varii autogr., Marciana, It., cl. XI, cod. CXXXV, fo 14 recto in fine, 14 verso princip.; LAMPERTICO, OUv. cit., Append. V, p. 334). On peut rapprocher ce passage de ce qu’il dit dans son Economie Nationale (Disc. prelim., IX, précit.), où il semble reconnaître dans une plus large mesure que dans son opuscule l'utilité du Gouvernement : il ne le déclare, en effet, nuisible, comme tenant compte surtout des intérêts particuliers, que chez les peuples non civilisés « où le despotisme prévaut ». Dans l’'Ingerenza del Govern. nell Econ. Nazion., il fait au contraire une règle quasi générale de ce qu’il considérait dans son Economie Nationale comme une simple exception.

2. — « Ma l’incaricarsi massimamente il governo di supplire ei solo à tutte le esigenze nazionali comuni, .è assolutamente alle nazioni dannoso, perciocchè.… non poter mai il governo supplire abbastanza all impegno da lui assunto… » Lett. in propos. della Econ. Nazion., Lett. XXI, précit. (CUSTODI, ouv. cit., t. XLIX, suppl, p. 163). Carlo de Franchis a donné à la théorie d'Ortes de la non intervention une cause philosophique et non plus politique et économique. Elle découlerait, à son avis, de la distinction d’Ortes entre l'intelligence et l'imagination : les

transmettre !, Par conséquent, tenter, sous couvert d’une équité inconsidérée, de réaliser une répartition égale des biens, serait supprimer tout stimulant à l’activité humaine, aller à l'encontre des lois naturelles’. Bien plus, cette inégalité de répartition serait, aux yeux d’Ortes, non seulement utile, mais encore juste : il est bon que le travail soit récompensé“, D’après lui, du reste — ce qui en assure, à un autre point de vue, une justification défnitive — cette inégalité de répartition s'accorde avec les

idées d'intervention seraient de source imaginative. (Un sistema di Economia matematica nel’ 700, II, p. 38). Il ne semble pas que l’on doive retenir ce point de vue, puisqu'Ortes admet à la rigueur l'intervention du Principat, et l’on ne comprendrait guère que cette intervention pût, suivant les cas, être d'origines diverses.

1. — Econ. Nazion., liv. IV, chap. III (Custoni, ouv. cit., p. m., t. XXII, p. 150). Voir encore Discorso sull’ Econ. Nazion., XXIV, addendum marginal (Op. varie autogr., Marciana, It. class. II, cod. CXXXVIII, f° 241 recto) ; Lett. in propos. della Econ. Nazion., Lett. III, précit. (CUSTODI, ouv. cit, p. m., t. XXIII, p. 74 in fine et 75) ; Lett. VI, précit. (bid., p. 148). C’est une application de son principe de raison suffisante que nous avons déjà signalé (Supra, p. 311 et aux notes) : « Tutto quel che si fà, si faccia con ragion sufficiente.… » Econ. Nazion., Disc. prelim. IV (Cusront, ouv. cit., p. m., t. XXI, p. 9).

2. — « Posto…. in essere una volta certo capitale di beni. se questo per una sconsigliata equità si volesse diviso fra tutti in parti uguali come contro le leggi naturali han tentato e tentan talvolta le leggi civili, è certo che non mancando allora nessuno di beni e non avendone alcuni di superflui …resterebbe tolto ogni motivo di occupazione ;…. » Econ. Nazion., liv. V, chap. III (CuSsToptI, ouv. cit., p. m., t. XXII, p, 151). Voir encore : Errori popol…., axiom. II, v (CUSTODI, OUT. cit, P. M. t. XXV, p. 66 et 67). C’est la théorie des Physiocrates qu’un autre Venitien, Corniani, partageait du reste. Deila legislazione relativamente all'agricoltura, Disc. II, $ II (Cusropr, ouv. cit., p. m., t. XXXIX, p. 215) ; Disc. II, $ III (bid., p. 218) ; Disc. II, $ V (Gbid., p. 221 et suiv.).

3. — Econ. Nazion., liv. V, chap. IV (CUSTODI, ouv., cit., p. M. t. XXII, p. 153, 154). On peut s'étonner d’un tel raisonnement. Nous avons déjà vu qu'Ortes (Supra, sect. II, $ I, zx, p. 315 et suiv. et aux notes) soutient que le défaut d'occupation n’est souvent pas imputable à ceux qui en souffrent, c’est « la pauvreté par défaut d'occupation ». Comment admettre, dans ces conditions, comme équitable, parce qu’en réalité conséquence d’une occupation involontaire, une inégale répartition des richesses ? Il y a là une contradiction : chez Ortes, l’emportent tour à tour l'esprit de charité et le désir de justifier le patrimoine ecclésiastique. Voir Infra ses Fidéicommis, p. 364 et suiv.

principes de la religion qui ne tolère ni excès de richesse, ni excès de pauvreté !.

Mais cette inégalité de répartition ne manquerait pas, si elle était exagérée, de devenir un mal et même la source de tous les désordres ? :

D'abord elle aurait pour conséquence de transformer cette puissance conservatrice des nations dont il est question dans le Discours sur l'Economie Nationale en puissance destructrice 4 De plus, la pauvreté, nous l’avons vu’, contre-partie inévitable et exacte de la richesse dans le système d’Ortes, devra, si cette dernière est excessive, le devenir également ; d’où mécontentement et méfaits chez les pauvres, excès de toutes sortes chez les riches enivrés de leur puissance ‘.

Comment éviter cet écueil ? Une solution catégorique consisterait à réduire légalement la richesse chez le souverain et chez les riches, pour atténuer la pauvreté chez

1. — « la Religione che non soffre eccessi nè di ricchezza nè di povertà, ma vuole che la disuguaglianza nella distribuzione di beni non sia d’oppressione d’alcuno. » Dell ’Autorità di Persuasione e di Forza (Op. varie autogr., Marciana, It., class. II, cod. CXXXVIIL, f° 110 recto ; Cicocna, Trattatelli…., XII, p. 59).

2. — Dei Fidecommessi, liv. II, chap. XXIV (CUSsTODI, ouv. Cik., p. m., t. XXVII, p. 363 in fine).

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