Voir Infra, chap. IV, xx, Les Sonnets, p
4. — Il est bon de remarquer cependant que ce mépris aPparent de l'Histoire n’empêchait pas Ortes de la connaître parfai-
qu’une approximation — contre-pied de la théorie vichienne tendant à faire de l'Histoire le complément nécessaire de la vérité universelle : — et lui dénie tout avantage pratique quelconque pour guider l’homme dans la vie.
Ce dédain de l'Histoire et de l’érudition rappelle le mépris qu’en avait Descartes ?, en même temps qu’il révèle l'esprit critique d’Ortes influencé par le pyrrhonisme historique, qui, déjà au xvir° siècle — avec Bayle, Fontenelle, Saint-Evremond — sapait la vérité et l’utilité de l’Histoire, pour atteindre son maximum d'intensité précisément au xvirr° siècle. Voilà pourquoi le Calcul sur la Vérité de l’Histoire *, exposé détaillé de ses causes d’inexactitude, conclut nettement à son défaut à peu près complet de vérité.
Dès l’abord, Ortes sépare le fait historique, simple événement particulier, de l'Histoire proprement dite. Il définit celle-ci « le récit du fait historique, c’est-à-dire les motifs qui le préparent, l’ordre qui le distingue, les circonstances qui l’accompagnent, le tout exposé impartialement sans souci ni de convaincre, ni de surprendre, ni de distraire, ni même d’instruire » “.
tement. Dans ses Lettres sur la Religion et le Gouvernement des Peuples (notamment Létt. XVI, 23 mars 1782, passim., CUSTODI, ouv. cîit., p. m., t. XXVI, p. 311 à 345 ; Lett. XVIII, 27 avril 1782, ibic., p. 386 et suiv.; Lett. XIX, 11 mai 1782, ibid., p. 421 et suiv.), il fait à ses correspondants l'historique des questions qu'il discule et étaye même ses démonstrations d'arguments tirés de l'Histoire.
1. — Voir B. Croce, La Filos. du G. B. Vico (traduct. H. Buriot- Darsiles et G. Bourgin), II, La seconde forme de la Gnoséologie vichienne, p. 34 et suiv. Ce n’est pas du reste que cet apport complémentaire présentât, chez Vico, toutes les garanties scientifiques désirables. Voir à ce sujet B. CROCE, ouv. cit, XIII, Caractère général de l’Historiographie vichienne, p. 162 et suiv.
2. — Œuvres complètes de Descartes, Edit. Cousin, t. XI, p. 2; p. 341.
3. — Calcolo sopra la Verità dell’ Istoria (Opere varie autogr., Marciana, It. class. IT, cod. CXXXVIII, f”" 1 à 13, recto et verso). Cet ouvrage a été publié à Venise en 1815 par Lorenzo Fracasso, dans une plaquette qui se trouve également à la Marciana, dédiée à Frédéric et Jean Heïinzelmann, à l’occasion du mariage de leur sœur. :
4, — Calcolo sopra la Verità dell’Istoria. (Marciana, ibidem, fo 1 recto).
D'autre part, pour lui, l’historien est celui qui, le premier, a transmis à la postérité un fait quelconque, toute croyance dans un événement tient, en effet, dans ce qu’il est rapporté par un témoin. Ceux qui suivront ne pourront que se référer soit à ce premier témoin, soit à une tradition qui s'éloigne du fait transmis.
Examinant la confiance que l’on peut avoir dans un événement, Ortes distingue ia certitude, degré de confiance le plus élevé que nous possédions quand nous avons rous-mêmes assisté à l’événement, de la probabilité qui s'attache à tout fait que nous n'avons pas vu mais que d’autres ont vu !. Entre cette certitude et cette probabilité une différence capitale : la première est une, n’admet pas de degré ; la seconde, au contraire, en comporte de nombreux d’où résultera précisément le doute. La probabilité n'est, en somme, qu’une partie infime de certitude, ou, si l’on veut, la certitude est une probabilité infinie ?. De telle sorte que la probabilité d’un récit, à la certitude de ce récit est dans ie rapport dei à n les dénominateurs représentant le doute. Cette probabilité n'étant, d’après Ortes, que la foi humaine, les fractions qui expriment 14 probabilité pourraient tout aussi bien exprimer cette foi humaine. Or, cette croyance humaine ira diminuant avec les transmissions orales d’un fait, de telle sorte que la probabilité de ce fait ne sera plus que l’excédent de la bonne foi sur le doute de la mauvaise foi, dans le total des témoignages successifs 1.
Mais il est d’autres obstacles.