Carattere degli Americ. Marciana, ibid., f° 25 verso
4, — Et il ajoute : « Non si soffre fra essi nemmeno l’insistenza nella persuasione per ombra di offender con essa la libertà. » Carattere degli Americ. (Studi varii autogr., Marciana, ibid. fo 26 recto).
ne viennent pas troubler la raison naturelle. Chacun se fait justice soi-même, d’où lutte entre les familles ; mais le plus souvent, d’un commun accord, les crimes sont réglés et les meurtres, dans ce but, catégorisés. Ils embaument les cadavres de leurs morts et les pourvoient de vivres pour leur voyage dans l’au-delà : ils ont entrevu l’immortalité de l’âme !.
Ortes nous indique également que les femmes, assujetties cependant aux travaux les plus pénibles, ne dépendent pas plus des hommes que ceux-ci d’elles-mêmes. Elles participent aux honneurs, aux délibérations publiques*?. Le divorce est admis ainsi que la polygamie. Avant le mariage, l’« incontinence », aussi bien chez les femmes que chez les hommes, est permise. Mais l’adultère est puni. Les femmes sont peu prolifiques : l'avortement étant admis avant le mariage, il en résulte une aptitude moindre à la procréation.
C’est la chasse qui permet au Peau-Rouge de se défendre contre les bêtes féroces et de se nourrir. Vivant dans un quasi isolement, il n’a guère de motifs d'engager la lutte contre des tribus voisines *. Il est vrai que la gloire que donne la victoire et le désir de se procurer des esclaves, l’incitent à attaquer ses voisins. La guerre est d'ordinaire décidée par les chefs dans des conseils publics et mention en est conservée sur des peaux au moyen de signes rudimentaires, La déclaration de guerre s’accompagne de cris des femmes et de chansons “. Un banquet est organisé à cette occasion, où les convives mangent de la viande de chien. Avant de partir en guerre, des prières sont adressées à Dieu, ainsi qu’à tous les esprits, bons ou mauvais de l’air, de la terre ou des enfers. L’ennemi visé par l’expédition n’est pas prévenu. On s’efforce de le surprendre : d’où des ruses sans nombre ‘. Les guerriers vont en file, les uns derrière les autres, et multiplient
— Carattere degli Americ. (Marciana, ibid., f° 26 verso). — Carattere degli Americ. (Marciana, ibid., fo 27 recto). — Carattere degli Americ. (Marciana, ibid., f° 27 verso). — Carattere degli Americ. (Marciana, ibid., f° 28 recto). . — Carattere degli Americ. (Marciana, ibid., fo 28 verso).
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leurs efforts pour découvrir les mouvements de l’ennemi. Ils sont extrêmement rapides et habiles à tirer de l'arc. Les prisonniers sont distribués aux familles qui ont perdu des leurs dans la lutte ; parfois ils sont admis à la place même du mort, mais le plus souvent sacrifiés au milieu de supplices terribles : on va jusqu’à les manger vivants et cette torture affreuse est orgueilleusement supportée par les victimes pendant plusieurs jours.
L'amour de la famille et l’amitié sont fort en honneur parmi les tribus ?.
C’est dans ce milieu singulier qu'Ortes — reminiscence sans doute de l’« americanisme » des Missionnaires chrétiens du Nouveau Monde au xvr° siècle *, jointe au souvenir de Malebranche “ — imagina de façon assez inattendue ° d’aller chercher son « philosophe», dont les Réflexions seraient —— du moins d’après le titre 5 — une sorte d’examen critique et rétrospectif des mœurs européennes au xviri* siècle. Mais à l'étude on voit qu’elles ne sont guère qu’une sorte d’exposé général d’une évolution sociale qui n’a, du reste, rien de particulièrement spécial à l’Europe. C’est à tout prendre une manière de démonstration des
1. — Carattere degli Americ. (Marciana, ibid., fo 29 recto). 2. — Carattere degli Americ. Marciana, ibid., f° 29 verso). 3. — L’apologie du bon sauvage déjà si appuyée dans les
Essais de Montaigne, après avoir quelque peu reculé au xvi° siècle devant le triomphe du stoïcisme chrétien, au lendemain du Concile de Trente, se réveilla au début du xvrrt siècle et commença dès lors à imprégner l’atmosphère morale de l’époque. Il est donc naturel qu’Ortes en subisse lui aussi l'influence.
4. — Malebranche, qui, nous l’avons vu (Supra, p. 66, n. 3; 68 ; 116, n. 2 ; 117 ; voir aussi Infra, p. 174, 226, n. 3, etc...), n’était pas sans avoir influencé Ortes, intitula, lui aussi, un de ses écrits : Entretiens d’un Philosophe chrétien avec un Philosophe chinois.
5. — Etre philosophe exigeait, en effet, d’après lui, un ensemble de qualités (Supra, $ III, p. 123, n. 2) qui ne paraissent point être fort courantes chez les Peaux-Rouges dont il dépeint aussi les mœurs.
6. — Riflessioni di un filosofo americano di qualche secolo avvenire sopra à costumi degli Europei del secolo presente. Le manuscrit figure aux Opere varie autografe, Marciana, It. class. II, cod. CXXXVIII, f” 30 recto à 53 verso. Ces Réflexions sont suivies d’un complément : Aggiunte alle Riflessioni, etc. (f” 54 recto à 55 verso),
mécomptes que ménagerait à l’homme la vie en société. On n’y trouve guère, en effet, qu’une longue critique des agglomérations trop importantes de peuples, qui peut se rattacher à la tendance d’Ortes à s’élever contre les grandes nations qu'il juge dangereuses :. Il semble aussi que l’exposé de la thèse, bien absolue, du Philosophe américain, condamnant la propension de l’homme à vivre en société, n’est pour Ortes, la réfutant dans ses Considérations d’un Fhilosophe européen’, qu'un prétexte à justifier, au contraire, l’utilité de la vie sociale qu’il à exposée dans son Calcul sur la Valeur des Opinions.
Le pseudo Philosophe américain, en effet, soutient dès l’abord que les calamités, les contradictions, les scélératesses mêmes — caractéristiques des Européens — auraient leur source exclusive précisément dans l'esprit de société * car l’état de société serait, par essence, un état de violence #,
La vie en société, confinée dans des espaces devenus bien vite insuffisants pour assurer une subsistance normale des hommes, provoqua, dès l’origine, des compétitions et des rivalités d'autant plus vives que les besoins devenaient plus impérieux et que la brutalité originelle
1. — Voir Infra, chap. V, De l'Economie Nationale, sect. II, $ I, 1v, p. 322 et suiv. et aussi Supra, $ II, p. 102, n. 8.
2. — Considerazioni di un filosofo moderno europeo sopra le Riflessioni d’un filosofo americano futuro sui costumi correnti d’Europa. (Infra, p. 239 et suiv.).
3. — « Lo spirito di società.. fù l’origine e la cagione di tutte le calamità delle quali furono afflitti, di tutte le contraddizioni per le quali si videro involti e di tutte le scelleragini per le quali si resero detestabili sopra tutti gli uomini prima e dopo d essi. » Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, 1bid., f° 30 recto).
4, — « lo stato di società esser uno stato di violenza per... la propensione di ciascuno di opprimere gli altri… e per la oppressione. di tutti contro ciascuno. » Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., f° 50 verso).
n'était pas refrénée. Aussi les plus forts imposèrent-ils aux plus faibles — en majorité cependant — une lourde sujétion qu'’aggravait la misère dans laquelle étaient tenus de vivre ces faibles et qui les poussait à demander aide et protection aux forts, leurs spoliateurs'. De sorte que les forts s’associèrent pour ainsi dire aux faibles, ce qui leur permit d’exagérer encore et leur puissance et leurs richesses. Une telle Société, constituée d’une facon aussi amorale ne pouvait, évidemment, qu’apporter une quantité d’« impertinences » —— haine, envie, orgueil, avarice, ingratitude — bref, tous les vices.
Chacun ne tarda pas, cependant, à s’aviser, et surtout les faibles, que dans cet état social périlleux, il était d’une prudence élémentaire de dissimuler ses sentiments réels, d’en étaler en démonstrations extérieures d’autres hautement louables : pitié, générosité, clémence, modestie, fidélité, tolérance. en un mot, toutes les vertus. Ainsi les vertus n’auraient guère, de principe, servi qu’à masquer les vices ?. Par une accoutumance hypocrite, manifestation
1. — « Tanto si trova verificato col fatto, e vi à una testimonianza sicura, lo stato di dipendenza che in seguito alla... povertà si trova stabilito. » Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, 1bid., fo 30 verso). Vico reconnaît également la dépendance souvent volontaire à l’origine de ces faibles qui se faisaient esclaves des puissants pour éviter la faim et les meurtres mutuels. B. Croce, La Filos. di G. B. Vico (Traduct. H. Buriot-Darsiles et G. Bourgin), X, La Providence, p. 126.
2. — « …quantità di dimostrazioni esterne.… alle quali davano il nome di Virtà e le quali… tendevano a occultare i naturali sentimenti di mantenersi nel possesso dei beni rapiti, o di torli dalle mani dei primi usurpatori… » Rifless. dù un filos. americ., (Op. varie autogr., Marciana, ibid., f° 31 recto). Plus loin il dit encore : « non essendo la virtù. che un freno messo dall’uomo a se stesso per reprimere i sentimenti del vizio al qual lo inclina Ja società. » (1bid., f 45 recto). Ortes a du reste repris ce système dans un de ses manuscrits. Dans son Calcolo de’Vizi e delle Virtü, il définit et précise ce qu’il entend par Vice et par Vertu, « ces sentiments qui naissent en l’homme pour le rapprocher ou l’éloigner des autres hommes. » D’abord le Vice : « Questo timore (la crainte des autres hommes) eccita in lui un sentimento di offender l’altro per timore di non esser da lui offeso, e questo è il vizio… » Studi varii autografi (Marciana, It, class. XI, cod. CXXXV, fo 35 recto). Et voici pour la Vertu : « Ma... è pronto à cangiarlo ogni qualvolta si assicuri che l’altro non è disposto a offenderlo, quindi alle volte dà a quel sentimento un giro diverso, e procura far comprendere all’ altro
nouvelle du pessimisme d’Ortes, les vertus peu à peu furent honorées et les vices réprouvés. Ce fut la raison première de la morale tendant à la conservation de la Société par la répression des vices et l’encouragement des vertus !.
La pratique de cette morale contraignait les possesseurs de biens à subvenir aux besoins de ceux qui s’en trouvaient dépourvus, en contre partie de l’état de dépendance dans laquelle ces derniers acceptaient de demeurer. Mais, en pratique, il n’en allait point ainsi. Il n’existait guère qu’une inégalité de répartition exagérée. Il fallait donc trouver un artifice capable de contraindre les possédants : ainsi apparurent les Lois.
Ces lois, du reste, durent être expliquées et appliquées par une Autorité. Mais il ne s’agissait plus d’une Autorité particulière analogue à celle qui avait présidé à l’origine, sous forme de violence pure, aux rapports entre les hommes. Il s'agissait d’une autorité générale.
Pour générale qu’elle fût, et réputée supérieure à toutes les autres, elle ne tarda point, cependant, à tourner à l'arbitraire. Elle exagéra le défaut de la dépendance originelle et provoqua un état de soumission accentué l’'Esclavage. Cette autorité inhumaiïine aboutissant à un tel résultat se trouvait donc exagérer encore les vices au’elle aurait dû réprimer. Aussi fut-elle, à son tour, remplacée par une autre forme d'autorité : la Raison d'Etat, qui d’ailleurs ne réalisa guère mieux le but social auquel elle tendait 2.
Devant ces échecs successifs, il semblait que la Société dût être détruite par les vices qu’elle avait engendrés,
che non è disposto à fargli offesa…. e questo si chiama virtü. » (Ibidem).
1.— Rifless. di un filos. americ. (Opere varie autogr., Marciana, It. class. IT, cod. CXXXVIILI, f° 31 recto in fine).
2.— « …i contrasti.… non erano men frequenti e men sanguinosi per conto di tali autorità col nome di guerre, che per conto proprio col nome di delitti. Tanto è vero che il rimediare un disordine con un altro non è che accrescere il primo. » Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 33 recto, princip.).
aucune force n’apparaissant capable de règlementer effectivement et sagement les rapports entre les hommes. Il n’en fut rien. On imagina, en effet, de recourir à une Autorité supérieure aux diverses Autorités humaines, apte à connaître toutes les actions des hommes, les apparentes comme les plus secrètes : ce fut une Autorité céleste, de durée éternelle, qui, pour récompenser les vertus ou punir les vices, déborda le domaine terrestre pour recourir aux possibilités de récompense ou de répression de la vie future :.
Mais là, une difficulté. Cette notion nouvelle correspondait mal à l’idée que l’homme disparaît avec la mort. On imagina donc de trouver en lui deux principes : l’un fragile et caduc, étroitement lié au sort précaire de la vie ; l’autre, éternel, l’âme, tirant son principe de l’intelligence elle-même ?.
Après quelques observations sur la Noblesse 5, l’'Amitié — à laquelle il donne une fin égoïste #, comme à la Valeur du reste’, — abordant les contingences matérielles de la vie, le Philosophe américain, Ortes pour mieux dire, parle
1. — « in questa maniera fù creduto che. qualunque uomo dovreste contenersi sui vizi per timore dei futuri consigli. » Rifless. di un fjilos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid. fo 33 verso).
2. — « Non accordando poi tutto questo coll’ esperienza dell’ uomo che si vede distrutto affatto al terminare della vita presente, fù necessario ricorrere a un altro ripiego e questo fü di divider esso uomo in due parti, una fragile e caduca che mancasse con questa vita e l’altra eterna che si preservasse per l’alma. » Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 33 verso).
3. — Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., f” 37 recto et verso. 38 recto).
4. — « il fine di tali amicizie era quello di prevenire coll idea di indipendenza fra essi, l’idea di dipendenza dagli altri.… » Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid. fo 38 recto. Voir encore 38 verso).
5. — Il la définit en effet : « non essendo il valore che un mezzo d'assister gli altri ad acquistar i beni di natura per il fine che non mancassero a se stessi. » Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid, fo 36 recto. Voir encore 36 verso).
de 1a richesse représentée par l'or’, et du luxe, conséquence de l’abondance des biens chez quelques-uns ?.
A cet égard, il émet quelques observations justes, notamment — ce que nous verrons en Economie politique au sujet de la qualification des biens ? — lorsqu'il note que le luxe trouve sa manifestation dans tous les domaines, dans tous les besoins de la vie, qu’il s'agisse de nourriture, de vêture, d'habitation‘; ou signale la nécessité qu’il entraîne de multiplier l’aide étrangère, ce qui ferait apparaître le servage .
Ce n’est pas tout. Le luxe aurait également pour conséquence de fausser l'équilibre moral des hommes en leur faisant préférer aux moyens naturels de satisfaire leurs désirs ou leurs exigences physiques, des moyens artificielsf, variant avec la mode’. Et là une remarque originale à retenir.
Les compétitions humaines, suscitées par les innombrables variétés du luxe s’étendirent.. jusqu’à la possession des femmes. La femme réservée à un seul homme, voilà une conséquence insoupçonnée du luxe ! Et cette conséquence aurait donné naissance à l'institution du mariage, par quoi la femme au lieu d’appartenir à plusieurs, deve-
1. — « questa comun dimensione era un metallo raro à ottenersi chiamato oro, la cui misura assegnata per equivalente di ciascun di quei generi. che chiamavan ricchezza. » Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., f° 35 recto).
2. — « …/l’esorbitante misura di beni di natura occupati da pochi, aveva introdotto.. l’uso di quantità d’altri beni denominati di lusso.. » Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., f° 35 recto).
3. — Infra, chap. V, De l'Economie Nationale, sect. II, $ I, D79311#312:
4. — Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., f° 39 recto).
5. — Rifess. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 39, verso).
6. — « gli organi… quantunque originalmente non dissimili a quelli che la natura attribuisce ad ogni altro, colla lunga consuetudine si viziarono in modo di preferire comunemente.….. ai semplici mezzi offersi dalla natura ai bisogni, gli stessi mezzi cosi contraffati… dell’arte. » Rifless. di un filos. americ. (On. varie autogr., Marciana, ibid., f° 40 verso).
7. — Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 41 recto).
nait, en droit du moins, la compagne exclusive d’un seul !. Cette institution du mariage n'offrirait point du reste que des avantages, tant au point de vue moral? qu’au point de vue matériel, par suite des difficulté accrues de l'existence qu’il ne manquera pas d'entraîner le plus souvent ÿ,
Continuant l'examen du processus de l’évolution sociale, bien plutôt que des institutions de la Société du XvirI° siècle, le Philosophe américain parle de l’apparition des Religions, d’abord sous l'aspect de divinités ayant vertus et défauts comme les hommes, puis de l'Eglise *, puis des Sciences. Après avoir indiqué que les Sciences consistent précisément dans la possession de certaines connaissances , il aborde l’examen des divers Systèmes auxquels s'attache l'esprit humain. Il indique
1. — « per impedir ogni contrasto per il possesso d’una istessa donna, determinarono che quella che fosse assegnata ad uno fosse intangibile per tutti gli altri. » Rifless. id un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 42 recto).
2. — Il y voit en effet une sorte de duperie : « Imperciocchè oltre la noïa di restar indissolubilmente congiunto al medesimo oggetto recato ancora il morire del mutuo piacere, ciô che non era che una frode fatta alla gioventù per sedurla all’opera della procreazione quasi facendo ad essa credere che quello stimolo che di passaggio la inclina verso un oggetto dovette in essa conservarsi dalla prima all’ultima età.… » Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 42 verso princip.).
3. — Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., f° 42 verso).
4. — «Cosi tutti i sentimenti d’orgoglio, d’ira, d’ambizione e di crudeltà..… si traspostavano nel Nume in maniera tanto pi formidabile quantochè in lui tutte le qualità sospassavano i limiti e non v’era autorità superiore che li contenesse, » Rifless. ci un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, tbid., f° 45 recto in fine).
5. — Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 46 recto). Il parle à ce sujet du Monachisme, dont sont adeptes tous ceux qui, sensibles aux désordres de la Société, décidèrent de se détacher des contingences terrestres pour se cantonner exclusivement dans le domaine spirituel. Et, malgré sa foi religieuse, Ortes indique l’impossibilité de se maintenir en cet état, parce que, malgré tout, les Monachistes ne pouvaient s’abstraire des contingences matérielles de la vie.
6. — « le Scienze.. consistevano nel possesso di alcune cognizioni acquistato da pochi à differenza di tutti gli altri. » Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 47 verso).
par exemple la Théologie qui explique les principes de raison universelle‘; la Jurisprudence qui tranche les différends survenus entre les hommes relativement à leurs biens ; la Médecine qui apporte les remèdes aux maux dont souffre l'humanité ;: la Philosophie qui prodigue l’apaisement moral?; l'Histoire; les Beaux-Arts... Toutes ces connaissances, privilège de savants *, enseignées dans leurs livres, apportent quelques adoucissements à l’âpreté de la vie en société. Leur influence favorable se trouve du reste secondée par les divertissements — jeux, bals, spectacles, comédies et tragédies — qui donnent aux hommes au moins l’apparence de la quiétude pour laquelle ils sont nés.
Arrivé au terme de ses Réflexions, qui, on le voit, n’intéressent pas spécialement le Settecento, le Philosophe américain conclut que pour souffrir de tels maux il faut que les hommes soient dépourvus de sens commun *. Ce jugement il est vrai, quelque peu définitif en ses termes catégoriques, lui parut sans doute excessif car il le tempère dans une sorte d’addendum. Les innombrables remèdes imaginés par l’Européen pour se soustraire aux maux qu’il subit, ou les atténuer seraient, malgré tout, une preuve de
1. — « per ispiegare come una ragione universale dovesse esser appresa sotto forma d’autorità commensurabile coll’umana fù designato un sistema di cognizioni che si chiamava Teologia. » Rifless. di un fjilos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid. fo 48 recto).
2. — « Per consolarsi della penosa afflizione in cui ciascuno si ritrova di difender degli altri e avvezzarsi a esser insensibile a tutti gli altri fastidi insuperabili.… fù disegnato un sistema di cognizioni che si chiamava Filosofia. » Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 48 recto in fine, 48 verso princip.).
3. — On ne s’étonnera pas que le Philosophe américain, raisonnant comme Ortes, développe ses idées personnelles sur les Mathématiciens nécessaires pour rechercher les causes, et sur les Physiciens qui expliquent les effets naturels des causes inconnues. Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., f° 50 recto).
4. — Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autog., Marciana, ibid., fo 51 recto et verso ; f° 52 recto).
5. — Rifless. di un filos. americ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 52 verso).
l’ingéniosité qu’il déploie inlassablement pour éviter les inconvénients ou surmonter les écueils que lui vaut cette erreur fondamentale de croire à l'utilité de la vie en société !, alors que, dans la réalité, il n’y aurait pour lui, par nécessité de « complexion et d'âge » d’où dérive la génération ?, qu’une tendance « accidentelle et passagère >» de réunion à.
Ainsi le Philosophe américain fait de la tendance humaine à se grouper en société une erreur de principe ‘. Dans ses Considérations d'un Philosophe européen, Ortes va s'attacher à réfuter cette thèse qui, nous le savons ‘, était contraire à ses idées de progrès ’.
ini
Pour réfuter l'argumentation entreprise, Ortes va prendre l'homme vivant en pleine indépendance, dans ce qu’il appelle « l’état de dispersion », et fait siennes quelquesunes des observations présentées par le Philosophe américain.
Dans cet état de dispersion, l’homme est menacé par
1. — Aggiunte alle Riflessioni (Op. varie autogr., Marciana, ibid., f° 54 recto).
2. — Aggiunte alle Riflessioni (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 55 recto).
3. — Aggiunte alle Riflessioni (Op. varie autogr., Marciana, ibid., f° 55 verso in fine).
4 — « Il motivo… delle loro miserie… cioè il supporre gli
uomini destinati a vivere in società per necessità di natura… di maniera che non fosse loro possibile di sussistere separati gli uni degli altri. » Aggiunte alle Riflessioni (Op. varie autogr., Marciana, ibid., f° 54 recto).
5. — Considerarioni di un Filosofo moderno europeo sopra le Riflessioni d’un Filosofo americano futuro sui costumi correnti d’Europea (Op. varie autogr., Marciana, It. cli. II, cod. CXXXVIII, f°* 56 recto à 64 verso).
6. — Calcolo sopra il Valore delle Opinioni… Supra, $ II, p. 102 et aux notes.
7. — « credo all’ incontro che l’uomo si raccolga in società per fuggir i mali della solitudine, o per procurarsi quella felicità che nella solitudine non trova.… » Consideraz. di un filos. europ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., f° 56 recto).
chacun. Le plus fort établira son omnipotence sur le plus faible’. Ce dernier, par tous les moyens, tentera d'échapper à cette sujetion brutale. Aussi, pour donner le change à ses propres sentiments, qui pourraient provoquer une oppression encore plus cruelle, contracterat-il des habitudes hypocrites, des vices, qui ne seraient guère que vertus de second plan parce que fondées comme la vertu, sur l’égoïsme lui-même*. De plus, pour contrebalancer la force oppressive qui le contraint, il imaginera de s’unir à un autre. De son côté l’oppresseur, pour censerver sa puissance supérieure à celle des deux nouveaux associés, se ménagera à son tour une aide étrangère. Ainsi de suite, chacun, successivement, par des adjonctions Supplémentaires de forces nouvelles, s’efforcera soit de dominer les autres, soit d'échapper à cette domination. Et de la sorte, petit à petit, dans un perpétuel devenir, les hommes se grouperont en grand nombre : la Société apparaîtra *.
Venue d’une telle origine, provoquée par de tels mobiles, déterminée par de telles considérations, on comprend que la Société humaïne ne soit pas, à beaucoup près, parfaite. Et cette théorie ingénieuse et logique, a du moins le mérite d'expliquer l’imperfectibilité de la Société en partant de l’imperfectibilité humaine. Mais il va de soi que dans cette Société régnera un état de dépendance puisque c’est la raison même de son existence. Toutefois, le mal sera aisément supporté parce que contre-partie, en somme bien tolérable, d’un état de sécurité dont chacun bénéficiera. Tel serait le fondement du pacte cons-
1. — Voir ce qu’il dit dans son C'alcolo sopra il Val. delle Opin., Supra, $ II, p. 103 et aux notes.
2. — « Il fondamento della Virtù è il tratternersi d’offendere l’altro per timore che l’altro non se ne vendichi... ; il fondamento del Vizio è offender l’altro per preservarsi ch’egli non offenda. » Consideraz. di un jilos europ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 59 recto). Voir encore quelques observations intéressantes sur les vices et les vertus, ibid., f° 62 recto.
3. — « la società…. che ciascuno uomo ha per tutti gli altri simulato da un canto e manifestato dall altro per la necessità di riparare l’offese o di prevenirla.. » Considerar. di un filos europ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., f° 56 verso, in fine).
titutif de toute Société humaine !. Ce faisant Ortes se rattache nettement à Spinoza pour qui — comme pour Hobbes, du reste, et avant lui, pour Machiavel, et, avant Machiavel, déjà pour Epicure, — l’état de nature est l'état de guerre, d’où il faut sortir à tout prix, pour former un gouvernement qui puisse ménager à chacun la sécurité indispensable, lui permettant de tendre vers sa fin propre, dussent quelques-uns des droits naturels de l'individu être, en retour, sacrifiés ?.
L'homme en état de solitude est sans doute indépendant, mais, par contre, en butte à la violence oppressive 5. Et reprenant ces distinctions subtiles qu’il affectionne, Ortes explique que l’homme isolé sera dans un état de liberté vraie, mais dans un état de dépendance et de besoins également vrais. Par contre, en Société, il sera dans un état de liberté fausse en raison des Lois qui le régiront, mais, du fait de ces mêmes Lois, protégé contre les violences possibles, il se trouvera dans un état de dépendance et de besoins également faux. C’est en somme la notation précise de ce fait évident que la liberté, en étendant ses bienfaits à tous, limite l'indépendance de chacun. Et là encore nous trouvons trace d’une idée de Spinoza d’après laquelle l’homme, au milieu de la Société, et sous la Loi commune, se sentira plus libre parce qu’il n’obéit pas à la loi par la crainte, mais stimulé par
1. — « Io. considero la società come un patto di conversione stabilito fra più uomini, i quali conferandosi gli uni nemici degli altri commutano mediante certe leggi di non esercitare gli uni contro gli altri la loro nemicizia, d’unire la forza di tutti a reprimere o a prevenir le forze congiunte di più altri. » Consideraz. di un filos. europ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 57 recto). Et plus loin : « Chi si crede nella società soggetto esamint! da quante violenze e da quanti insulti egli va esente in grazia, delle leggi che lo difendono. » (Ibid., f° 57 verso).
2. — Voir FRANCISQUE BOUILLIER, Hist. de la Philos. cartés., t. I, chap. XIX, La Politique de Spinosa, p. 406.
3. — « ….nello stato di separazione l’uomo è tanto meno esposto alla dipendenza e al bisogno quanto più è esposto alle violenze e alle offese, e nello stato di società tanto meno è esposto alle violenze e alle offese quanto più è esposto alla dipendenza a al bisogno. » Consideraz. di un filos europ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., f° 57 verso, princip.).
la raison, qui ne peut désirer rien que de conforme à l’ordre nécessaire des choses, de telle sorte que la meilleure partie de nous-mêmes se trouve d'accord avec la Nature !.
Et cette observation vraie que les réglementations, avec les vieux cadres, protègent l'individu comme une sorte de cage, et le maintiennent captif s’ils l’abritent, s’affirme plus nettement encore dans la complexité de l’existence moderne. A l’époque d'incertitude où il vivait, Ortes a certainement saisi, dans une intuition précise, que la disparition de ces cadres rigides — corporations, familles, classes, morales, religion — risquait de laisser l’homme désarmé, parce que privé de disciplines salutaires. Le rythme accéléré de la vie actuelle n’infirme en rien cette remarque judicieuse : nous nous bercons volontiers de l'illusion orgueilleuse que notre personnalité joue un rôle prépondérant dans le mouvement social qui nous entraîne, alors qu’en vérité l’humanité va de l'avant comme un troupeau dont nul ne peut s’écarter, ni s’isoler sans risque de mort.
Ortes, dans sa conclusion, affirme — en opposition catégorique avec Vico pour qui l'utilité seule, la crainte de la violence d'autrui, n’est pas la véritable cause de 1a Société humaine ?, mais bien la conscience religieuse et morale * — que « la Société est la conséquence nécessaire de la violence » et que « dans la nature l’état de séparation n’est qu’un état accidentel et idéal qui aboutit fatalement à l’état de Société, le seul où l’homme puisse vivre »4 C’est dans ces conditions que l’état de Société apparaît logique et raisonnable : les Réflexions du Philo-
1. — Ethique, part. IV, prop. 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73 et Append.
2. — Voir B. CROCE, La Filosof. di G. B. Vico (Traduct. H. Buriot-Darsiles et G. Bourgin) VI, La Conscience morale, p. 86 et suivantes.