‹ Giammaria Ortes Un Vénitien du SettecentoChapitre 59 sur 197 · VI. — DE LA RELIGION ET DU GOUVERNEMENT DES PEUPLES · texte numérisé non relu

VI. — DE LA RELIGION ET DU GOUVERNEMENT DES PEUPLES

Parmi les Ouvrages d’argument religieux ou politique d'Ortes il en est un, important, sur la Religion et le Gouvernement des Peuples ?, dont l'essentiel est contenu dans

1. — « …stanto l’esser l’uomo esposto all’offese di tutti gli altri nello stato di separazione, lo stato di società non è punto irragionevole e puô dirsi al più equivalere in ragione allo stato di separazione messo in conto la povertà e la dipendenza… » Consideraz. di un filos. europ. (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 63 verso).

2. — Della Religione e del Governo dei Popoli per rapporto agli spiriti bizzarri e increduli de’ temmpi presenti, libri tre, MDCCLXXX, sans nom de lieu, d’'imprimeur ni d'auteur. Nous avons vu qu'Ortes rencontra des difficultés pour publier son ouvrage (Supra, chap. I, p. 43). A la Marciana, il y a un exemplaire collationné par lui avec le manuscrit et par lui corrigé. Parmi les ouvrages religieux d’Ortes, le plus important est incontestablement son traité des Fidéicommis. Nous l’étudierons cependant avec son œuvre économique ({nfra, chap. V, II, p. 364 à 381). Il nous à semblé, en effet, que malgré ses tendances qui auraient pu justifier son examen dans le présent chapitre, il était préférable de le rattacher aux ouvrages d’argument économique. Nous ne dirons rien, par contre, des quelques observations manuscrites d'Ortes Sulle presenti novità fra cattolici ; quant aux développements, très réduits du reste, qu’il a consacrés à la Confession chez les Catholiques, à la Différence entre la Religion Catholique et toutes les autres, nous les examinerons avec l’opuscule sur les Autorités de Persuasion et de Force, au même paragraphe, parce que ces trois écrits reprennent, précisent et complètent les idées générales exposées dans le traité De la Religion et du Gouvernement des Peuples. Nous ne parlerons pas davantage ici de son opuscule Della Scienza e dell’Arte politica (publié dans Cicocna, Trattatelli ined. di

deux lettres spéciales qu’il écrivit à Michele Ciani'. Nous bornerons notre étude à ces deux Lettres, le surplus des développements de l'ouvrage — comme les autres Lettres écrites à son sujet — n'étant guère que des dissertations souvent fastidieuses n’apportant rien de spécial au résumé qu’il en a, de son propre aveu ?, ainsi donné.

Giammaria Ortes que nous verrons en étudiant l’Economie Nationale (Infra, chap. V, De l'Economie Nationale, sect. II, $ I, zx, p. 319 et aux notes). De même pour l’'Ingereneza del Governo nell’'Economia Nazionale, dont nous parlerons plus loin (chap. V, par exemple, pp. 301, n. 2; 316, n. 2; 329, n. 4; 332, n. L'; 334, n. 6 ; 343, n. 5 ; 345, n. 1 ; 359, n. 5 et 6 ; 360, n. 6) et que nous avons déjà eu, du reste, l’occasion de citer. Supra, chap. I, II, p. 30, n. 3; 36, n. 2; 39, n. 4, etc. Nous ne nous arrêterons pas non plus à son ouvrage Delle diverse Costituzioni nazionali qui n'offre pas d'intérêt (Cité par Cicocna, Trattatelli ined., Elenco delle opere manosc. di Giam. Ortes, p. 38).

1. — Lettere (due) dell’ Autore del libro della Religione e del Governo dei Popoli che posson servir d’estratto al libro medesimo. MDCCLXXX (sans nom de lieu, d’imprimeur, ni d'auteur). Il est à la Marciana un exemplaire de ces Lettres avec des corrections manuscrites d’'Ortes. Mais ces deux Lettres ne sont d’ailleurs pas les seules où il discute le problème, si complexe, de la collaboration du Principat et de la Religion. Il en est dix-huit autres encore, que nous avons du reste déjà signalées (Supra, chap. I, 1x, p. 21, note 3) et dans lesquelles, tout en traitant de questions économiques, il revient sur les questions développées dans ces deux Lettres.

2. — « per soddisfare alla sua impazienza su questo (son Livre) mi proverô di darle intanto d’esso un estrato in una o due Lettere principiando da questa. » Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. I, du 5 février 1780 (CUSTODI, ouv. cit., p. m. t. XXV, p. 264). Tout au début de sa seconde Lettre, il dit également : « Cosi per accennarle in breve le dottrine principali del mio libro sulla Religione e sul Governo de’ Popoli seguirô à rassegnarle come nell’altra mia Lettera, coll’ordine col quale son: quelle ricorse in mia mente.… » Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. II, du 12 février 1780 (Cusronr, ouv. cit., ibid. p. 286). Voici, au surplus, les divers titres de chapitre de l’ouvrage qu’il donne dans une lettre à Michele Ciani, Lett. XII, de Venise, 8 janvier 1780 (Custonr, ouv. cit., p. m., t. XXIV, D: 367):

Lib. I. — Della Religione presa in se stessa e appresa dai popoli. — Cap. I : Della libertà nel parlare di Religione. — II : Della Religione interna o naturale., — III : Della Religione di fede o rivelata. — IV : Della Religione esterna o professata. — V : Religione origine delle società. — VI : Dell’amor proprio contrario alla Religione. — VII : Della Religione vera ed effettiva. — VIII : Della Religione falsa e simulata. — IX : Religione

Ce traité de la Religion et du Gouvernement des Peuples n’est qu’une difficile démonstration de la nécessaire coexistence, dans tout gouvernement, d’un principe de Raison qui persuade, et d’un principe de Force qui contraint : le premier représenté par l'Eglise, le second par le Principat. C’est là une idée chère, entre toutes, à Ortes, et qui trouve une fréquente application dans son système économique.

Ces méditations sur les choses de la Religion, du Gouvernement, de l'Economie nationale, l’occupèërent du reste, toute Sa vie. À tel point que ces trois Idées lui

vera è una, simulata son molte. — X : Religione vera è la Cattolica. — XI : Religioni simulate sono le non Cattoliche. — XII : Delle Religioni dette Protestanti. — XIII : Della Religione presente Giudaica. — XIV : Indipendenza distintiva della Religione vera. — XV : Pratica della Religione vera. — XVI : Pratica delle Religioni simulate.

Lib. II. — Del Governo nazionale preso in se stesso e appreso dai popoli. — Cap. I : Della Chiesa ministro di ragion comune. — II : Del Principato ministro di forza comune. — III : Chiesa e Principato origine de’ Governi. — [IV : Della moltiplicità de’ Governi. — V : Errori popolari sulle costituzioni de’ Governi. — VI : Chiesa e Principato verificati uno per l’altro. — VII : Chiesa e Principato espressi da persone diverse. — VIII : Chiesa non soggetta perchè unita al Principato. — IX : Principato non soggetto perchè unito alla Chiesa. — X : Del Governo spirituale e temporale. cosî detti. — XI : Della concordia fra la Chiesa e il Principato. — XII : Del Governo vero e del simulato. — XIII : Governo vero è sol fra i Cattolici. — XIV : Governo simulato è fra i non Cattolici. — XV : Popoli disposti al Governo si vero che al simulato. — XVI : Pratica del Governo vero. — XVII : Pratica del Governo simulato.

Lib. III. — Dell'Incredulità presa in se stessa e appresa dai popoli. — Cap. I : Delle contraddizioni in ogni specie di Governo. — II : Effetti delle contraddizioni di Governo. — III : Della nullità di Governo in ogni nazione. — IV : Nullità di Governo non diversi dell’incredulità. — V : Dell’incredulità avvertita. — VI : Dell incredulità inavvertita. — VII : Dell incredulità per distrazione. — VIII : Errore di computar le Religioni del pari. — IX : Della libertà cosî detta di Religione. — X : Dei giudizi diversi sull’incredulità. — XI : Motivi dell’incredulità fra i non Cattolici — XII : Motivi dell'incredulità fra i Cattolici — XIII : Incredulità come scusabile fra i non Cattolici. — XIV : Incredulità inescusabile fra i Cattolici. — XV : Accuse degli increduli contro i Cattolici. — XVI : Falsità delle accuse contro i Cattolici. — XVII : Pratica dell’incredulità prima del secolo undecimo. — XVIII : Pratica dellincredulità dopo il

secolo undecimo. 16

semblent n’en former qu'une seule, tant elles s’enchevétrent et se pénètrent dans sa pensée et dans son œuvre :. Pour religieux qu’il fût, — Pecchio le définissait «un nouveau Savonarola fanatiquement religieux et républicain >»? — il ne s’est guère occupé, en effet, de religion que dans un but politique ou économique. Vénitien de race, c’est-à-dire ouvert, de par le milieu où il vivait, à toutes les idées du temps — dussent-elles, parfois, choquer ses tendances ataviques propres — il est pénétré de cet esprit politique qui se respirait avec l'air même de la lagune. Aussi, malgré l'influence cartésienne, n’échappait-il pas à l'emprise de son siècle qui, ramenant tout à la sensation, sauf à faire intervenir une raison universelle, une justice e£ des droits absolus dans la morale sociale, tend volontiers, lorsqu'elle ne nie pas Dieu, à l’écarter pour mettre à sa place la Nature — l’homme ou le monde, pour mieux dire. Loin, cependant, d'adopter la pensée voltairienne qui donnera la vogue aux doctrines nouvelles, on comprend que les discussions théologiques, chères aux Philosophes du xvrr° siècle, aient perdu, à ses yeux, beaucoup de leur importance.

Pour lui,le gouvernement le meilleur — et cette notion ne lui est pas personnelle ÿ, — serait un gouvernement à la fois démocratique et aristocratique, qu’il désigne du qualificatif barbare de democratistocratico ’. En politique,

1. — « ..ma parmi non aver altro in mente che Religione, Governo e Economia di popoli, e che di queste tre idee se ne sia in me formata una sola. » Lett. XXVI, à Ciani, de Venise, 10 mars 1781 (CusTontr, ouv. cit., p. m., t. XXIV, p. 401). Voir encore Dei Fidecommessi, Lett. ai Novell. Letter. di Firenze (CUSTODI, OUv. cit., p. m., t. XXVIII, p. 399).

2. — Pendant la guerre de l'Indépendance américaine, il se déclare nettement pour la liberté : « Je suis républicain », écrivait-il un jour. (Fragment de Lettre rapporté par LAMPERTICO, Giam. Ortes e la Scienza econ. al suo tempo, p. 165).

3. — Voir MaRIO PAGANO, Saggi politici dei principi, progressi e decadenèa deila Società. (Saggio V, chap. XV, XVII) ; Spinoza préférait également à une monarchie absolue une monarchie représentative où le roi devrait tenir compte de l'intérêt général. (Voir FRANCISQUE BOUILLIER, Hist. de la Philos. cartés., t. I, chap. XIX, La Politique de Spinoza, p. 409).

il préconise surtout la liberté, « ce sentiment général êt inhérent à la nature humaine »?, qui serait l'élément le plus actif du bonheur du pays. Là encore on trouve l'influence de Spinoza qui donne également la liberté pour fin à l'Etat : assurer la liberté de tous les citoyens, c’està-dire les tenir exempts d'inquiétude, les protéger contre les haïhes, les vengeances ; leur permettre de vivre conformément à leurs aspirations ou tendances, tel doit être le but de tout gouvernement raisonnable “.

Ortes expose la doctrine chrétienne pour persuader de sa nécessité et de sa vérité même les esprits les plus rétifs ”, et réagir contre la tendance des gouvernements contemporains à soumettre la Religion au Principatf.

1. — Rijlessioni sulla Popolazione, chap. XXXIV (Studi varii autografi, Marciana, It. class. XI, cod. CXXXV, fo 76 recto ; Custoni, ouv. cit., t. XLIX, Suppl, p. 254).

2. — Dei Fidecommessi, liv. I, chap. XIV (CusTopt, ouv. cit. DM TE XVTIE D. 112):

3. — « …crederô altresi che la felicità nazionale dipenda …dalla comun libertà. » Lett. à Marco Lastri (Rapportée dans LAMPERTICO, Ouv. cit., Append. II, p. 310).

4. — FRANCISQUE BOUILLIER, Hist. de la Philos. cartés., t. I, chap. XIX, p. 407.

5. — « io la espongo in modo da verificarla presso ancora gli adulti maliziosi e i saccenti. » Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. I précit. (CusrTont, ouv. cit., p. m., t. XXV, p. 264) ; Lett. III, du 2 décemb. 1780 (Cusropt, ouv. cit., ibid., p. 315, et 317 passim, 318).

6. — « Questo io lo confesso di non poter vedere con indifferenza, ed è perciô che io ho esteso l’opera della quale le ho ragionato finora… » Lett. sulla Relig. e il Govern…, Lett. II, précit. (Cusropr, ouv. cit., ibid., p. 310). Voir encore : Lett. XII, du 31 mars 1781 (Cusropi. ouv. cit. p. m., t. XVI, p. 178) ; Lett. XVII, précit. (Cusropt, ouv. cil., ibid., p. 367, 372) ; Lett. XX, précit. (Cusrtopt, ouv. cit., ibid., p. 480, 482). Et les méthodes qu’il emploiera seront différentes de celles en usage dans les Ecoles (Lett. III, précit. Cusront, ouv. cit., p. m., t. XXWV, p. 315), dont il met en doute la valeur démonstrative (Ibid., p. 319). Sur cette question de la Religion en Italie au xvrrr* siècle, voir G. NATALI, Idee, Costumi, Uomini del Settecento (Giuseppe Parini e il pensiero relig. nel secolo xvIt, p. 65 et suiv.) M. Natali a notamment précisé cette grande tendance du Settecento à se libérer de l'emprise de l'Eglise, « la indipendenza della italianità dalla ecclesiasticà » (Alcune idee sul Settecento, ibid., p. 19).

D’après lui, Dieu a mis au cœur de l’homme l’amour de la vertu et la haine du vice. Par vertu, nous le savons }, il entend tout ce qui est juste. Le vice, par contre, est tout ce qui est injuste et dommageable pour autrui ?. Bien plus cet amour de la vertu et cette aversion du vice s’identifieraient, en réalité, avec l’amour de Dieu. Mais abhorrer ou aimer ne se conçoit pas sans objet. Par suite, il est pour l'intelligence un certain nombre de vérités relatives à Dieu et aux hommes. Et l’unanimité des sentiments humains touchant la vertu et les vices comporte une nécessaire uniformité de vérité pour tous les esprits : c’est la raison commune : voilà pourquoi la Religion n’est, et ne peut être, autre chose que 12 religion humaïne commune .

1. — Calcolo sopra il Val. delle Opin., Supra, $ II, p. 103, n. 3.

2. — « …intendendo per vizio tutto ciô che è ingiusto e che per giovare a se reca altrui danno ed offesa. » Lett. sulla Relig. e il Govern. Lett. I, précit. (CUSTODI, ouv. cit, p. m., t. XXV, p. 265). Il convient de rappeler que dans les Considérations d’un Philosophe eurcpéen, Vertus et Vices auraient le même fondement : Supra, $ V, p. 149, n 2. Dans ses Rifless. sugli Oggetti apprens., il donne à la Vertu un caractère général, tandis que pour lui les Vices sont toujours particuliers (ChAD:WVIIL S VI" p. XL).

3. — C’est également ce qu’il soutient dans ses Rifless. sugli Oggetti apprens. (chap. IX, $ V, p. XLVII), où il définit clairement ce qu’il entend par « raison commune » : « la ragione comune, dalla quale deriva il disinteresse, la disambizione ed ogni altra virtù.… è invariabile, ed è di tutti i luoghi e di tutti i tempi, e ne son le modificazioni infinite. » (1bid., p. XLVIII). C’est encore dans ses Réflexions sur les Objets appréhensibles qu’il précise le critère de la concordance des mœurs avec cette raison commune : « si dirà esser quello… che essendo essi utili à se medesimi, il siano altresi agli altri, senza che alcun ne risenta nocumento od oltraggio, mercecchè se essendo quelli a se utili, fossero ad altri nocivi allora non sarebber essi alla comun ragione o alla verità di natura conformi..… » (chap. VI, $ II, p. XXIV). Dans une de ses Lettres, il oppose la raison commune à la raison particulière : « la particolare viziosa.… la comune virtuosa… » Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. III, précit. (CUSTODI, ouv. cit., p. m., t. XXV, p. 318); Voir encore Lett. IV, du 16 décembre 1780 (CUsTopr, ouv. cit., ibid., p. 365), où il insiste sur la distinction obligatoire entre la raison commune et les ambitions particulière.

4, — Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. IV, précit. (CUSTODI, ouv. cit, ibid., p. 367). Dans ses Rifless. di un filos. americ., il

Mais ces vérités et ces vertus seraient inutiles si elles demeuraient subjectives. Il est donc indispensable de les rendre effectives et de les pratiquer objectivement. Nous sommes, en effet, trop souvent sensibles aux simples apparences des choses bien plus qu’à leur sens interne et métaphysique, que seul l'effort intellectuel peut nous révéler. IL ne suffit pas qu’une religion soit sentie et acceptée dans le secret du cœur et de la raison. Il faut encore qu'elle s’extériorise par des rites consacrés, traditionnels, collectifs et ordonnés. Ce sant là conditions qui correspondraient à trois sortes de religions : la naturelle,

la révélée, la pratiquée’, qui doivent, cependant, n’en former qu’une seule ?.

De cette nécessité d’extériorisation de la religion naturelle — que Spinosa contestait *, mais que Leibnitz ad-

parle d’une sorte de conscience universelle (Op. varie autogr., Marciana, It. class. II, cod. CXXXVIII, fo 44 recto).

1. — Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett I précit. (CusrTonr, ouv. citl., p. m., t. XXV, p. 266).

2. — « non sono che una, giacchè qualunque di quella dee congiungersi alle altre due per compire se stessa, e toltane una di quelle qualunque le altre due rimangon nulle o di nessun significato per se e per altri. » Lett. I, précit. (CUSToDI, ouv. cit., ibid., p. 267). Ortes note que sa conception choquera sans doute les Théologiens qui ne considèrent pas la Religion naturelle et la révélée comme une, mais semblent supposer que la Religion naturelle, qui consiste dans les vertus morales à pratiquer, peut exister sans la révélée, qui consiste dans les vertus de foi à croire. Lett. sulla Relig. et il Govern., Lett. III, précit. (CUSTODI, ouv. cit, 1bid., p. 331, in fine, 332, princip., 333, 335). Cette erreur proviendrait de ce que les Théologiens croient en général que la nature humaine est imparfaite et vicieuse et que, par suite, la Religion naturelle qui dépend de cette nature ne puisse être la même que la Religion révélée, toute de perfection. Ortes s’est longuement étendu dans ses diverses Lettres sur la Religion naturelle, la Religion révélée et pratiquée : Cf. par exemple Lett. VII, du 13 janvier 1781 (Cusrtont, ouv. cit., p. m., t. XXVI, passim.. et notamment p. 9, 10, 17, 20); Lett. VIII précit. (Cus- ToDI, ouv. cit., ibid., p. 40, 41, 54, 62); Lett. IX, précit. (CUSTODI, ouv. cit., ibid., p. 71, 72, in fine) ; Lett. XIX, du 11 mai 1782 (Custont, ouv. cit., ibid., p. 442, 443, 445).

3. — Se basant sur les articles de foi qui, laissant de côté tout ce qui ne tient pas à la substance même de la foi et n'intéresse que la science, sont universels, Spinoza soutient en effet que la foi se suffit à elle même, qu’elle renferme sa récompense qui est la connaissance de l'amour de Dieu, comme

mettait ! — par quoi il marquait nettement le rôle prépondérant du culte dans toutes les religions quelles qu’elles soient, Ortes, contrairement à ce que soutiendra plus tard Durkheim, pour qui la Société est la source du divin?, conclut que non seulement la Religion est indispensable dans la Société mais qu’elle en est l’origine même. Les hommes y seraient amenés par l’uniformité de leur raison commune objectivée qui les pousse à pratiquer la vertu et la justice, à s'abstenir des vices et des iniquités.

Pour nous expliquer le fait, Ortes a recours à une subtile analyse psychologique. Dans tout homme, à côté de la raison commune qui l’incite à la pratique de la vertu — poussé par le principe égoïste de notre conservation individuelle et de notre utilité propre, cher à Spinoza, — il y a un amour-propre particulier qui le pousse à l’injustice, deux tendances que l’on commet en général l'erreur de confondre ‘. Or, si les vertus unissent les Sociétés, les vices les dissocient. Il fallait donc que les hommes, pour vivre en société, ce à quoi ils tendent et doivent tendre,

elle comporte son châtiment qui est la privation de l'amour et de la connaissance de Dieu : par suite, elle n’a que faire des cérémonies, de la tradition historique et des miracles. Voir FRANCISQUE BOUILLIER, Histoire de la Philosophie cartès., t. I, chap. XIX, p. 413.

1. — E. BouTROUX, Leibnitz, La Monadologie, Philos. de Leibnitz ; Philos. pratique. C. Religion, p. 126 à 128.

2. —L'analyse des formes élémentaires de la vie religieuse révèle en effet que la religion est une manière de transfiguration de l’organisation sociale : la puissance religieuse ne serait autre que celle qui émane de la société elle-même. Voir notamment à ce sujet RENÉ HUBERT, Manuel Elémentaire de Sociologie, II° partie, chap. XI, La mentalité primitive et les formes de la pensée religieuse, p. 80 et suiv.

3. — Nous obéirions à la raison, nous aimerions Dieu et les hommes, uniquement parce que nous y trouvons notre intérêt. Voir FRANCISQUE BOUILLIER, Hist. de la Philos. cartés., t. I. chap. XVIII, Morale de Spinoza, p. 399.

4, — « il confondere la persuasione colla forza e la ragion comune coll ambizion particolare è l’errore più usato dei popoli e bene spesso dei loro maestri e dottori. » Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. IV (Cusropt, ouv. cit., p. m., t. XXV, p. 365).

5. — Voir Calcolo sopra il Val. delle Opin., Supra, $ II, p. 102 et aux notes. Consideraz. di un filos. europ. Supra, $ V, p. 155 et suiv.

déclarassent respecter les premières et répudier les seconds. En un mot une religion extérieure était indispensable pour leur faire pratiquer les préceptes de 1a raison commune et non les erreurs de l’amour-propre particulier {.

Mais cette raison commune et cette ambition particulière vont contraster par une force spéciale ?. Elles s’affronteront en chacun de nous. Or, dans ses manifestations extérieures, la force commune ne peut être que celle propre à tous pour défendre chacun contre l’ambition personnelle de tel ou tel. La force particulière sera, au contraire, celle par quoi aquelqu’un cherchera à porter atteinte à la raison commune de son semblable. La force commune apparaît ainsi défensive tandis que la force particulière s'affirme offensive de la raison commune.

Voilà pourquoi il importe que certains — ceux que Malebranche appelait des « Vicaires de la Raison >» — détiennent cette force défensive commune pour l'exercer, au nom de tous, contre les insulteurs particuliers de la raison commune. Le ministère de Raison doit donc être obligatoirement complété par un ministère de Force commune. Ainsi, pour Ortes, comme pour Malebranche#, la loi de Ia Force légitime et complète la loi de la Raison à laquelle, le cas échéant, elle contraint. Et ces deux grands principes constituent ce qu’on appelle ordinai-

1. — « era necessaria… una religione esterne.… per cui mediante una uniforme osservanza di riti e precetti far fede altrui di volersi con lor condurre colle massime della ragione a tutti comune, e non gia dell’ ambizione o amor proprio a se soli particolare. » Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. I, précit. (CUSTODI, Ouv. Cit., p. m., t. XXV, p. 268 in fine, 269 princip.). Eviter ainsi l’équivoque entre le particulier et le général serait l'utilité essentielle de la Religion, car cette confusion est, pour Ortes, à l’origine de toutes les erreurs des Gouvernements Lett. VIII, précit. (CUSTODI, ouv. cit, p. m., t. XXVI, p. 49, 52, 54, 60).

2. — Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. I, précit. (CUSTODI, OUDA CL ID UE RE NS D#210)

3. — Voir FRANCISQUE BOUILLIER, Hist. de la Philos. cartés. t. II, chap. V, Vision de Dieu, p. 96.

4, — Voir FRANCISQUE BOUILLIER, ibid.

rement le « Gouvernement ües Peuples »! le plus simple, le plus vrai, le plus parfait *.

Il ne suffit pas cependant que ces deux Autorités coexistent : il faut encore qu’elles soient nettement séparées. Par suite, les détenteurs du principe de Raison doivent être distincts des détenteurs du principe de Force *. C’est là une règle fondamentale à laquelle Ortes attache la plus grande importance *, et dont il fait, il le dit du reste expressément, une application générale, notamment, nous le verrons, dans ses divers ouvrages économiques. Cette distinction nécessaire entre les deux Autorités, n'implique pas toutefois la moindre opposition. Bien au contraire dans la doctrine d’Ortes leur concours harmonieux et solidaire, difficile parfois *, apparaît indispen-

1. — Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. I, précit. (CUSTODI, ouv. cit., p. m., t. XXV, p. 272). Il ajoute à ce sujet dans sa seconde Lettre : « un governo.… essere .necessario, il cui fine vero e sincero non possa esser che quello di condur gli uomini dal!’ inganno al disinganno mediante una ragione e forza comune da esso espressa, e di prevenir. che questa ragione fosse sopraffata da qualsivoglia particolare ambizione… » (CUSTODI, ouv. cit, ibid., p. 289).

2. — Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. XIV, du 28 avril 1781 (CusTont, ouv. cit, p. m., t. XXVI, p. 246). C’est ce qu'il dit encore dans ses Rifless. sugli Oggetti apprens., chap. XIII, n. 4, D. LXXII, n.-5, p. LXXIII.

3. — « in ogni nazione quei che esprimono religione non esprimono principato, e viceversa… la religione è destinata a persuadere colla ragione e il principato ad astringere colla forza comune a seguir le virtù e a fuggir i vizi che son sentimenti comuni.…. » Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. I, précit. (CustTopt, ouv. cit., p. m., t. XXV, p. 273).

4 — « mi determino a quella mia verità fondamentale, di cui vedrà ella che in tutta la mia opera fô grand’uso, cioè di dovere ogni governo non solo risultare da due principi e ministeri, uno di ragione e uno di forza comune, ma di dovere eziandio tali ministeri esser fra loro distinti e rappresentati da persone diverse. » (Cusropi, ouv. cit, ibid., p. 274). Voir aussi à ce sujet : Rifless. sugli Oggetti apprens., chap. XVI, n. 5, p. LXXXVIII; chap. XX, Addendum manuser. à la fin de l'Ouvrage, n. 4, recto du feuillet, et n. 5.

5. — « …quanto quell’'unione è necessaria tanto è essa difficile a conseguirsi, attesa l’ambizione à ciascuni popoli particolare ;… » Lett. sulla Relig. e il Govern…., Lett. XII, précit. (Cus- TODI, OUv. cit., p. m., t. XXVI, p. 207). Il y aurait également la défiance naturelle entre les deux Autorités. Lett. XIII, précit. (Cusropt, ouv. cit, ibid., p. 213).

sable à peine des plus lourds inconvénients’. Ce serait même là uñ signe non équivoque de leur parfaite expression des vérités de Raison ou de Force qu'elles représentent respectivement ?.

En unissant ainsi, dans une parité raisonnable, Principat et Religion, Ortes se défend d’associer deux principes contradictoires par nature : la modération, l’humilité de celle-ci, à la pompe, à la grandeur et à l'éclat de celui-là *. De même, en effet, que la Religion ne saurait être grandie par son adjonction au Principat, de même elle ne saurait, comme certains le soutiennent, être diminuée par son rapprochement, pour des fins sociales, de ce Principat “.

1. — « .….dispotismo sia di Religione sia di Principato…. distrugge infatti ogni verità di Religione e di Principato, di Governo e di Nazioni. » Lett. sulla Relig. e il Govern. Lett. I, précit. (CUSTODI, ouv. cil., p. m., t. XXV, p. 282). Il ajoute plus loin : « la Religione e il Principato possono infatti riguardarsi come due fratelli. » Lett. sulla Relig. e il Gotern.,, Lett. XV, du 16 mars 1782 (CusTopI, ouv. cit., p. m., t. XXVI, p. 302). Voir encore Lett. XII précit. (Custopr, ouv. cit, ibid., p. 183, 192). Il s'explique d’ailleurs à ce sujet dans une lettre à Michele Ciani. Il ne faudrait pas, dit-il, voir dans chacun de ces deux éléments constitutifs du Gouvernement, un principe pouvant à lui seul et persuader et imposer de telle sorte qu’il y ait dans les Nations deux Autorités de Persuasion et de Force aptes chacun à gouverner les peuples, en réalité deux Gouvernements en un seul. Pour Ortes, il n’en est rien. Chacune des deux Autorités a un rôle essentiel, mais déterminé et exclusif : la Religion persuade, le Principat contraint. Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. IV, précit. (CUSTODI, ouv. cit., p. m,. t. XXV, p. 364). Dans une autre Lettre, Ortes réfute les arguments qu’on lui peut objecter sur cette alliance du Principat et de la Religion, et notamment les violences et les crimes commis sous couleur de Religion pendant les Croisades, lors de la découverte de l’Amérique où au cours des guerres de Religion. Il y voit, explication évidemment commode, une simple altération du Principe de Force dont la Religion fut le prétexte. Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. XIII, préc. (CUSTODI, ouv. cit., p. m, t. XXVI, p. 225, 226, 227) ; Lett. XIV, précit. (CUSTODI, ouv. cit., ibid., p. 249).

2. — « la concordia di questi due ministeri non finta ma vera e sincera è l’indizio della lor verità di governo per essi… » Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. I, précit. (CUSTODI, ouv. cit. p. m., t. XXV, p. 275).

3. — Lett. sulla Relig. e il Govern., Lett. III, précit. (CUSTODI, ouv. cit., ibid., p. 320).

4, — « la Religione non perde di sua dignità coll’ingerirsi in affari umani quando ciô sia per meglio reggerli e governarli

A son avis la distinction entre le spirituel et le temporel, moyen propre à cantonner la Religion dans le domaine de la vie future, et le Principat dans le domaine de la vie présente, est purement arbitraire, et ne constitue qu’un

sophisme inutile et dangereux !.

Une autre condition, essentielle, est encore requise pour que ces deux principes de Raison et de Force constituent un gouvernement véritable : équivalents autant qu’indispensables l’un à l’autre?, ils doivent être sur un pied rigoureux d'égalité. Sinon chacun d’eux perdrait toute autorité soit de Raison, soit de Force, sur les peuples qu’ils sont appelés à régir. La Raison ou la Force que chacun représente ne serait plus en effet une raison ou une force communes, mais une raison Ou une force particulières, source de tous les abus *. L’essence même de leur principe se trouverait de la sorte modifiée, et le gouvernement auquel elles tendraient ne serait plus qu’une apparence de gouvernement + Et, à cette occasion, Ortes ne manque pas dans ses Lettres de critiquer avec vigueur le Servite Fra Paolo, le Machiavel de Venise‘, à qui il

insieme col principato…… » Lett. III, précit. (CUSTODI, ouv. cit. ibid., p. 325).

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