‹ Giammaria Ortes Un Vénitien du SettecentoChapitre 81 sur 197 · II. — SonNET · texte numérisé non relu

II. — SonNET

I.— Ces Sonnets se trouvent à la Marciana, aux manuscrits d'Ortes*?. Dans l’Avis au Lecteur qui les précède", Ortes précise qu'ils furent écrits, comme ses diverses poésies du reste, avant 17504. Traiter ainsi de l'Amour, remar-

1. — Il nous indique du reste que tout bon poète cancelle la plus grande partie de ses vers. Voir Delle Scienze Utili delle Dilettevoli, chap. VI (Cusront, ouv. cit, p. m., t. XXIV, p. 158 in fine, 159 princip.).

2. — Sonetti vari, Opere varie autogr., Marciana, It., class. II, cod. CXXXVIII, f”* 247 à 260 recto et verso, 262 recto. Ces Sonnets sont au nombre de 56, à raison de deux par folio, exception faite pour le premier (f° 247 recto) et le dernier (fo 262 recto). Au folio 251, il y a une solution de continuité dans le numérotage des Sonnets : le Sonnet XVII fait suite au Sonnet XV, le Sonnet XVI se trouvant reporté au f° 258 recto. Même observation au f° 255 verso : le Sonnet XXXVII fait suite au Sonnet XXXIV, le Soinet XXXV figurant au f° 258 recto et le XXXVI au f° 258 verso. Au f° 256 recto, le Sonnet XLI suit le Sonnet XXXVIIII, le Sonnet XL se trouvant au f° 258 verso. Enfin le Sonnet XLII (f° 256 verso) est suivi du Sonnet XLIV. Le second Sonnet du fo 259 recto et le second du f° 259 verso, les deux Sonnets du f° 260 recto et les deux du f° 260 verso ne sont pas numérotés. Les Sonnets XXVI (f° 253 recto) à XXXIII (f° 255 recto) portent un numérotage spécial de I à VIII Même remarque pour les Sonnets XLI (f° 256 recto) à XLVII (fo 257 verso) portant un numérotage particulier de I à VI. Pour nos références, nous tiendrons compte du numérotage principal des Sonnets dans l’ordre où ils se trouvent dans le manuscrit. À côté de ces Sonnets, il en est quelques autres qui figurent dans certains Recueils, par exemple un pour Cristina Pizzamano, un pour Marina Barbaro, un autre pour les Noces de Jacopo Marulli et de Camilla Bocca, un autre pour Cecilia Vezzi, etc. (Cicocna, Trattatelli inediti di Giam. Ortes, p. 39). Nous bornerons notre étude à ceux groupés au Manuscrit de la Marciana. Dans une lettre adressée à Berlin, à Fr. Algarotti, le 1” de l’an 1751, Ortes écrit, au sujet de ces Sonnets : « Io ho raccolto alcuni miei Sonetti che avevo dispersi, e li ho trovati circa à sessanta.… » G. CaporIN, Lett. di Giam. Ortes venez. a Fr. Algarotti (Marciana, misc. 721, op. n. 18).

3. — Op. var. autogr., Mariana, ibid, fo 246 recto et verso. A la fin du Registre CXXXVIII, class. II, on trouve (f° 271 verso) un brouillon cancellé de cet Avis au Lecteur.

4, — « Dopo quel tempo — 1750 — non mi son mai trovato in un simil caso, e perciô non ho mai scritto quattro versi di seguito » (Op. varie autogr., Marciana, ibid., fo 246 recto).

que-t-il, pourra paraitre étrange, en raison de son caractère « vraiment sérieux, comme il convient à ma profession »!. Aussi croit-il devoir s’en justifier en invoquant une distinction qui lui est chère entre l’Imagination et l’Intelligence. Puisque par ses versils’agissait de «figurer du faux », il ne pouvait que recourir à l'imagination. Distinguo spécieux qui n’est peut-être pas absolument exempt de quelque ironie. Du reste, à son avis, l'Amour est un sujet excellent pour les poètes, et, d’une façon générale, leurs Sonnets amoureux sont les meilleurs. Au surplus — et c’est là une précision à laquelle il attache, et pour cause, une importance toute particulière — les Poètes ne célébreraient guère que les amours qu’ils auraient pu avoir, mais non point celles qu’ils ont réellement eues : pour celles-ci, en effet, ils se contentent, comme tout le monde, de soupirer ; or, ajoute plaisamment Ortes, « qui soupire ne chante ».

II.— Parmi les Sonnets d’Ortes, il en est un certain nombre qui sont en quelque sorte l'exposé de l’état d’âme du poète avant que ne lui advîint l’heur — ou le malheur, car son avis change à cet égard — de tomber amoureux. Il s’adresse du reste aux cœurs tourmentés, seuls capables de le comprendre :

« Anime che d’Amor l’aspre vicende

E le leggi insoffribili soffrite

Questi miei gravi casi almeno udite

Voi se per essi a scherno altri mi prende >» ?.

Il indique comment, la trentaine sonnée, il allait libre, fier et confiant :

« Ecco ch'io muovo il piè libero e franco Dopo i trent’anni ancor scevro d’amore

1. — Nous trouvons là, ce que nous avons déjà signalé (Supra, chap. I, 1, p.8 et n. 3), une nouvelle preuve qu’Ortes, dans le siècle, se considérait toujours comme un camaldule rigide.

2. — Alcuni Sonetti, Son. I (Op. var. autogr., Marciana, 1bid., fo 247 recto). Ce Sonnet I, Ortes le précise dans sa lettre à Fr. Algarotti (Supra, p. 210, n. 2 in fine), constituait une sorte de préface.

E pure ignudo Ô il destro lato e il manco Com'uom che sol confida in suo valore » :.

Et cela correspond du reste parfaitement au caractère que nous lui connaissons, à la vie recueillie et calme qu'était la sienne’. Mais cette belle tranquillité ne devait pas se prolonger longtemps. Victime, lui aussi, du < malin seigneur » toute sa superbe s’évanouit :

« Cosîi dicea quando mi giunse al fianco L’acuto dardo di quel rio signore

E da quel punto tutto venne a manco Quel fantastico mio vanto Mmaggiore » *.

Le voilà donc embrigadé dans la cohorte dolente des amoureux. Et les sentiments dont il entoure l’objet de sa tendresse, toute platonique du reste, sont, pour ses vers, une source de force et de beauté :

« Degli occhi vostri in me virtù discende Che aggiunge ai versi miei forza e beltate.….» .

Et il ajoute, réminiscence de Ronsard, que ses vers pourraient bien ménager quelques profits à celle qu’ils célèbrent, en immortalisant sa grâce :

« Se il vostro bel fulgor in onta agli anni Fosse ne’ versi miei reso immortale » ‘.

Toutefois son assurance n’est pas aussi orgueilleuse que celle du chef de la Pléiade :

« Soffrir potrô che un sempiterno obblio

1. — Alcuni Sonetti, Son. II (Op. var. autogr., Marciana, ibid., fo 247 verso). Nous savons qu’il avait 30 ans quand il quitta le monastère.

2. — Dans un autre Sonnet (Son. XXII, Op. var. autogr. Marciana, tbid., fo 252 recto), il dit dans le même sens :

RSS DO RE io mi vivea

3. — Alcuni Sonetti, Son. II (Op. var. autogr., Marciana, ibid., fo 247 verso).

4, — Alcuni Sonetti, Son. III (Op. var. autogr., Marciana, ibid., fo 247 verso).

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