Prélim., supra, p. 180 et note
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destinée à montrer même concordantes des thèses en apparence — ou en réalité — contradictoires. Parfaitement au courant des idées anciennes, notre auteur ira chercher jusque
chez les Economistes du xr1° siècle la justification nécessaire,
— justification une première fois invoquée contre les communistes qui, au XIIIe siècle, condamnaient toutes richesses et refusaient à l’Église le droit de posséder. Fort des souvenirs historiques et des résultats déjà obtenus à une époque difficile, Ortes fait revivre en effet le distinguo spécieux de la pauvreté volontaire 1. | Pour lui, il existe deux sortes de pauvretés : la servile et la volontaire. Celle-ci — moyen unique d'introduire la liberté et la richesse ?, source de toutes les vertus %, — recommande de négliger l’acquisition de nouveaux biens quand ceux déjà possédés sont suffisants, afin de permettre aux dépossédés de s’en procurer #; celle-là est, au contraire, la pauvreté qui
r. Cette question de la pauvreté volontaire avait soulevé, en effet, un vif débat aux x11e, xr1re, x1ve siècles. Des hommes comme François d'Assise fondèrent des ordres re‘igieux ayant ce principe pour dagme. — Et l’on ne saurait méconnaître que, de cet effort patient, un revi-" rement notable ne se fît sentir en faveur de la légitimité de la propriété individuelle, — premier stade du problème, — de la part des scholastiques et notamment de saint Thomas d'Aquin.
2. Dei Fidecommessi,liv.I,chap. XVIII (Cusropi,p.m:,tom.XXVIT,
TA) 4 . Fidecommessi, liv. II, chap. XIX et XX (Cusropi, 2bid., p. 321 et suiv.).
4. C'est par là qu’il justifie l’oisiveté monacale : «..….. i claustrali
- fra i Cattolici son del numero di quelli che sebben ricchi bene spesso
per occupazioni economiche che esercitano 0 potrebbero esercitare nelle loro famiglie, rinunziano a quelle e dan luogo ad altri di esercitarle e di più arrichire in lor vece professando essi poverta volontaria più espressamente ne’ chiostri.… » (Der Fidecommessi, iv. L, chap. XVIII) (Cusropi, tbid., p. 145, princip.).— C'est ce qui fait, dit encore Ortes (liv. II, chap. XXI) (CUSTOPT, ibid., p. 339 et suiv.), que les pauvres volontaires sont inutiles aux riches, dont ils n'accroissent pas les richesses, mais très utiles aux pauvres, dont ils n’acca-
parent pas les ressources ! Il est assez curieux d'entendre l’apôtre de
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s'impose et accable l’homme privé de tout et le réduit À tirer sa subsistance d'autrui 1, Or, la pauvreté ecclésiastique ne peut être que la pauvreté volontaire ?. C’est grâce à cette pauvreté spéciale, ajoute Ortes, — affirmation étrange pour qui connaît ses idées touchant la répartition des richesses et la répercussion de l’opulence sur la misère, — que l’accroissement du patrimoine ecclésiastique ne saurait entraîner une
diminution quelconque de richesse chez les laïques, contrai-
rement à ce que soutenait Fra Paolo #, qu’il malmène, pour cette hérésie, assez sévèrement. L'Église, en effet, renoncerait volontairement pour elle aux biens qui lui peuvent advenir… Mais elle n’y renoncerait point pour les besoins de son ministère, pour son luxe indispensable, pour ses pauvres 4 Elle serait, en quelque sorte, le canal des familles riches aux familles misérables 5. Au surplus, la possession d’un temporel ne saurait constituer une méconnaissance de la morale chré-
l'activité humaine trouver de telles et si spécieuses excuses à l’inactivité des religieux. (Voir SUPra, A )
1. Dei Fidecommessi, lv. I. chap. XVI (Cusropi, 1bid.. p. 123; ci. également p. 125). ;
2. « L’equivoco sta nel termine stesso di povertà, per la quale gli écclesiastici non intendono ne possono intender altra cosa giammai che la evangelica e volontaria.…. » (Errori popolari, axiom. VI} 2) (CuSTroDI, p. m., tom. XXV, P- 171, in fine.) C’est ce qu'il dit encore Dei Fidecommessi, liv. I, Chap. XVI (Cusropt, p. m., tom. XXVII, P. 126). — Voir également ce qu'il dit, dans ses Eyrori popolari, sur la pauvreté évangélique : axiom. IT, 7 (Cusropr. p. m. tom. XXV, P. 77); axiom. III, 6 (2bid., p. 101 et Suiv.) ; axiom. VI, 2 (ibid., p. 171 à 175); 4 tbid. (p. 170 à 183); axiom. VII..1 (ibid. P. 199 et suiv.).
3. Leit. sulla Religione e il Governo, lett. XI, 17 mars 1781 (CUSTODI, P. m., tom. XXVI, p. 136). Fra Paolo, dans sa doctrine, confondait, en effet, la pauvreté volontaire et la pauvreté servile. Cf. lett, X, 10 Mars 1781 (CUSTODI, 5bid., p. 107 et Suiv. et p. 124).
4. C'était aussi l'opinion de: Verri. Cf. Riflessioni sull'annona, part. IT, p. 148 de l'édit. de Milan, 1796. — (Voir Cusropt, p. m., tom. XV, Notizie, p. Lvrr, in fine. et LVII1.)
5. Lett. sulla Religione e il Governo, lett. XI, précit. (Cusropi, p. m. tom. XXVI, p.‘r41). : |
tienne qui exalte la pauvreté comme une vertu : le vice, dit Ortes dans une de ses lettres !, se distingue de la vertu non point par la différence des richesses, mais par leur besoin désordonné et par l’avidité d'en amasser toujours davantage: et la vertu se caractérise par le désir de la richesse autant pour les autres que pour soi, — ce qui est bien la conception de l'Église déjà enseignée. au xrrIe siècle par saint Thomas d'Aquin et saint Vincent de Beauvais. Et de la sorte se: trouveraient, d’après lui, conciliés l'Évangile et le temporel ecclésiastique, et condamnée la politique des misérables «cristianelli » qui espèrent voir l’Église dépouillée ?.
SECTION II. — LES FIDÉICOMMIS DANS LA PRATIQUE. DES DANGERS DE LEUR MAUVAISE UTILISATION D'APRÈS ORTES. x
A côté de ces vues théoriques, malaisément défendues, destinées à montrer les fidéicommis indispensables dans toute nation pour assurer la prospérité et la tranquillité, Ortes ne pouvait ignorer la pratique et les inconvénients imputés à ces prétendus facteurs d’épanouissement national *. Pour les expliquer, il en recherche la cause et croit l'avoir trouvée dans les désordres et les abus provoqués par une mauvaise compréhension et utilisation des fidéicommis : c’est l’objet du