‹ Gianmaria Ortés: Économiste Vénitien 1713-1790Chapitre 138 sur 155 · Lett. I, précit. (Cusropir, p. m., tom: XXIII, p · texte numérisé non relu

Lett. I, précit. (Cusropir, p. m., tom: XXIII, p

224 GIAMMARIA ORTES

tante qu'il convient de bien saisir, et, pour cela, de la distinguer nettement d’une autre sorte de liberté, — la liberté économique !, — que nous avons déjà rencontrée, dont elle semble se rapprocher, alors qu’elle est, en réalité, toute différente, et comme la négation.

Par liberté économique, Ortes, nous le savons, entend cette liberté qui nous permet d'exercer la profession pour laquelle nous avons le plus d'aptitude, tendance assez rarement suivie, car nous faisons la plupart du temps violence à nos goûts pour nous assurer un gain plus considérable. Mais la population augmentant avec l'accroissement des biens, il faudra donc, pour la développer, exercer les professions les plus productives, d’après leur «recherche commune», et, par suite, sacrifier notre liberté économique. Or, la liberté nationale exerce une autre influence sur l’homme et sur sa productivité : elle le pousse au contraire à travailler allégrement et à ne jamais se dérober à la besogne qu’on lui propose ?.

On voit par là que la liberté économique, source de satisfactions personnelles, mais aussi de médiocrité relative, ne, saurait être rapprochée de la liberté nationale, qui se pré-. sente comme un stimulant à l'accroissement de là population et des biens et un peu comme le correctif de la première.

Si l’on recherche la nature même de ces deux libertés, on voit, en outre, que, diverses dans leur tendances et leurs fins; elles s'opposent encore quant à leur qualité.

La liberté économique est, en effet, absolument indépen-

1. Ortes, qui se plaît aux distinctions subtiles, a distingué non seulement la liberté nationale commune de la liberté économique ou de la liberté particulière, mais encore la liberté constitutive nationale, combinaison de la liberté commune et de la liberté particulière du souverain, de la liberté accidentelle, qui dépend du bon plaisir du prince. (Lett. I, précit.) (CUSTODI, 1b1d., p. 320).

1. Riflessioni…, chap. XVI (Cusropt, p. m., tom. XXIV, p. roo, et suiv.). :

dante de la liberté nationale, —tout au moins si l’on se place au point de vue de Ortes. Elle n’est pas autre chose que notre initiative propre, notre libre arbitre particulier, qui nous conseille de faire telles ou telles choses d’ après des raisons à nous personnelles. La liberté nationale, au contraire, loin d’être personnelle ou particulière, est commune à tous; elle est générale. C'est, autrement dit, la liberté politique qui assurera notre possession sur le fruit de notre activité dirigée

dans le sens d’une non-liberté économique.

Par ces quelques considérations, on sent combien les deux situations sont diverses en soi. Il y a entre elles tout ce qui sépare, dans le système de Ortes, le particulier de l’universel, et c’est assez dire. On pourrait plutôt rapprocher la non-liberté économique — nous n'osons dire la servitude — de la liberté politique; l’une et l’autre ont un étroit rapport: une productivité plus considérable; comme la liberté économique et la non-liberté politique sont caractérisées par une productivité moindre.

$ 111, — Du problème erroné de la population d’après Ortes.

Le défaut de liberté d’une part, les impôts excessifs d'autre part, empêchent, malgré la propension naturelle de l'espèce à sa multiplication, la population d'augmenter. Fes politiciens, vu l'intérêt attaché à l'accroissement du nombre des

: citoyens de l’État, sont donc réduits à provoquer art ficiel-

lement un développement ethnique.

À quels moyens ou procédés recourent-ils dans ce but ? Ortes en énumère et examine quelques-uns :

a) Tout d’abord le gouvernement s'efforce de s'assurer une masse plus considérable de population par l’adjonction de

220 GIAMMARIA ORTES

territoires nouveaux 1. Mesure en elle-même inefficace, assure Ortes, car si le nombre absolu de la population nationale se . trouve ainsi accru, le nombre relatif sera proportionnellement diminué du fait de l'inégalité croissante de la répartition des richesses, source de plus intenses misères, d’un manque plus complet de liberté, toutes causes de diminution de la population.

b) Cette première mesure, condamnable d’après notre auteur puisqu'elle est génératrice de conquêtes et entraîne la disparition des nations naturelles absorbées par les grands empires, se doublerait d’une seconde plus impropre et plus injuste encore : la multiplication des naissances provoquée et stimulée non pas chez les riches, capables d'alimenter normalement leur famille, mais chez les pauvres, qui deviennent ainsi plus misérables et tombent dans une plus grande dépendance des privilégiés de la fortune. Ce moyen — flétri par Ortes ? — sollicitant, parce que moins dangereux que la conquête, l’ingéniosité des politiciens, soucieux d'éviter toute charge aux puissants en vue des impôts #, se trouve de beaucoup le plus pratiqué. Et le pauvre, aveuglé et berné par des avantages illusoires, alléché par de «misérables dons d’un jour », est poussé au mariage, qui le rendra bientôt plus déshérité que devant, avec le fardeau de ses enfants et de sa femme 4.

1. Riflessioni.…, chap. XIX (Cusropr, tom. XLIX, suppl., p. 177). Genovesi nous donne un exemple de cette tendance (part. I, chap. I, SIT, I, supra; p. 16et noter),

2. « Con questa vile e interessata maniera la cura suddetta di accrescere una popolazione non solo è inutile, ma è ancora ingiusta, per essere intesa dalla parte de’ poveri ai quali il peso d’una famiglia riesce molto gravoso, a fine di sollevare da un simil peso i più ricchi, ai quali quel peso non sarebbe d’aggravio. » (Zbid., p. 179.) — C'est ce qu'il avait déjà dit au chapitre IV (Custopt, p. m., tom. XXIV, p. 36 et suiv.).

Page 1