Op. cit, p. 245 à
CON CLUSION L 239.
libre-échange entre États, à la différence de la plupart des politiques italiens. — On préfère l'argent aux biens réels et consommables? Il crie l’erreur. — Ces mêmes biens on les estime de quantité variable de pays à pays? Il soutient qu'ils sont en masse équivalente et rigoureusement déterminée. — Les fidéicommis apparaissent à tous, ou presque, comme dangereux et injustes? Il les présente comme un remède universel. — On s'efforce de développer sans mesure la population sous prétexte d'augmenter la puissance et la richesse de l'État? Il s'attache à démontrer que tout territoire, quant à ses habitants, doit se maintenir dans des limites très étroites. — Tandis que ses contemporains exposent des conceptions artificielles, favorables le plus souvent à\une seule minorité de privilégiés, il cherche, ou prétend chercher, comme dans les Fidéicommis, à créer des théories générales, conformes aux lois naturelles, à l'intérêt du plus grand nombre. Et ces exemples pourraient être multipliés encore... En un . mot, Ortes se pose en chevalier errant de la pensée, en don Quichotte intellectuel qui, posté au carrefour des idées, rompt des lances contre les systèmes bons ou mauvais, indistinctement. se
Certes, il ne fut pas l’homme de génie que Custodi et Trin- chera voudraient faire accepter, mais il fut bien moins encore l’économiste et le politique obscur que malmenaient les Nouvellistes littéraires. Il s’est parfois trompé; quand on le lit, cependant, et le médite, on trouve en son œuvre des traits de lumière qui, bien souvent, éclairèrent la route où d’autres, plus aisément, purent cheminer après lui. Car Ortes, nous l'avons vu tout au cours de notre étude !, a semé de vérités utiles, de remarques neuves, ses erreurs et ses paradoxes,
1. Cf. part II, chap. I, p. 186 et suiv.; chap. Il, p. 213, 214; chape LIT, D: 236:
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lorsqu'il parle notamment du travail, de la différenciation originaire ou actuelle des occupations et de leurs rapports; de la liberté économique ; disserte sur l'inégalité de répartition, Ja monnaie, le surenchérissement de la vie, les impôts, le prêt à intérêt; ou s'élève contre les dangers de l'esprit de conquête, les conséquences de l'insécurité des travailleurs, les inconvénients fatals de cè qu’il appelle la servitude nationale... Il ne faut pas méconnaître non plus la part très large et l'influence incontestable dont on lui est redevable dans les progrès de la méthode scientifique en Économie politique. Tout pénétré de théories abstraites, il a évidemment par trop négligé l'observation des faits et de l’histoire, mais la rigueur mathématique de sa démonstration a du moins témoigné — en l’'exagérant — que lesprit scientifique, ainsi qu’on le croyait encore à peu près unanimement, n'était pas, bien au contraire, impropre. en Économie politique.
Tantôt serviteur du passé dont on sapait l'édifice gothique; tantôt promoteur d'idées jugées telles qu'il ne peut faire paraître ses ouvrages en Toscane, à Venise ou dans les États du pape; pénétrant et capricieux : âpre et paradoxal; contradictoire et méthodique; prime-sautier et longuement réfléchi; absolu dans ses opinions, tenace dans ses Tancunes et buté dans ses erreurs; passionné dans ses discussions et partial dans ses raisonnements, Ortes est bien de ces bourgeois de Venise acharnés au devoir, hargneux pour le bien, généreux et pitoyables et chez lesquels survit quelque chose de l'âme hautaine de la Sérénissime d'autrefois. Quoi qu’il veuille, en effet, il est influencé et cahoté — peut-être à son insu — par les idées multiples et changeantes de sa cité, dont la diversité ne serait point absolument étrangère au manque d’unité de ses ouvrages, dans lesquels il est presque malaisé de rencontrer
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D CONCLUSION 241 une conception qu'il n'ait bien critiquée après lavoir défendue. Voilà pourquoi, sans doute, son œuvre apparaît comme une sorte de mosaïque aux arabesques à la fois harmonieuses et heurtées, qui, tour à tour, resplendit de vives et chatoyantes couleurs ou se nuance et se voile de grisaille imprécise et terne... Mais, tel quel, Ortes n’en demeure pas moins, et de beaucoup, le plus éminent des Économistes vénitiens du xvIrIe siècle et doit figurer en très honorable place aux côtés de ses illustres contemporains de Naples ou de Milan.
Vu : \ Vu :
Le Doyen, Le Président de la Thèse, H. MONNIER. Ch: DE BOoEcKk.
LE | S Î x E
Vu et permis d'imprimer :
Bordeaux, le 28 juillet 1916.
Le Recteur de l’Académie, R. THAMIN.
Les visas exigés par les règlements ne sont donnés qu'au point de vue de l'ordre public et des bonnes mœurs (Délibération de la Faculté du 12 août 1879).
L ŒUVRE DE ORTES !