‹ Gianmaria Ortés: Économiste Vénitien 1713-1790Chapitre 144 sur 155 · Essai (G. DE MoLINARI, 0h. cit., p. 71, in fine · texte numérisé non relu

Essai (G. DE MoLINARI, 0h. cit., p. 71, in fine

3. Il s'élève à ce sujet contre les secours accordés « inconsidérément » aux pauvres (Essai) (G. DE MOLINARI, 0. Cit., p. 92 et suiv.). Il voudrait qu’ils travaillassent. C’est le contre-pied des théories de

Ortes sur l'occupation des malheureux (chap. I, sect. I, $ 1, À, ï,

LES IDÉES ie 235

davantage l'influence des politiques de la Péninsule, a surtout cherché, au contraire, la véritable cause d’accroissement de la population, — qu'il croit avoir trouvée dans la liberté.

Il n’en reste pas moins acquis, indépendamment de ces tendances postérieures, qu'en ce qui touche ce que l’on est convenu d'appeler «les lois de Malthus » et leurs développements directs et immédiats, Ortes se trouve bien avoir été le premier à les énoncer, — expressément quant à la progression géométrique de la population ; implicitement pour ce qui est de l'accroissement arithmétique de la production... C’est donc avec raison, semble-t-il, que nous pouvons taxer d’erreur — et certains l'ont entrevu sans l’approfondir 1 — le fait d'attribuer à Malthus, tout au moins en s’en tenant aux

supra, p. 126, notes 3 et 4) : « La cause principale et permanente de la pauvreté, dit encore Malthus, à peu ou point de rapport avec la forme du gouvernement ou avec l’inégale division des biens; il n’est pas en la puissance des riches de fournir aux pauvres de l’occupation et du pain; et en conséquence les pauvres, par la nature même des choses, n’ont nul droit à leur en demander. » (Essai, De l'amélioration de l’état social) (G. DE MoLiNaRt, op. cit., p. 163). Nous savons que sur ces trois « vérités », qui d’après l’auteur anglais découlent du principe de la population, Ortes était d’un avis absolument contraire. — Voir encore, d’après Malthus, et contrairement à Ortes (chap. I, sect. I, $ 1, B, supra, p. 130, note 2), l’absence de tout droit pour les pauvres à leur entretien par les riches ou les paroisses (Essai) (G. DE Mori- NARI, Op. cit, p. 82, 102, 179 et suiv.).

I. PALGRAVE, notamment, indique Ortes comme un précurseur de Malthus : Dictionary of political Economy, v° Ortes. KNIES, dans son Economie politique considérée d'après la méthode historique, reconnaît que Ortes a précédé Malthus quant à la théorie sur la population. BLanout, dans son Histoire de l'Economie politique, le présente comme ayant eu, incontestablement le premier, l’idée du système exposé par Malthus. GARNIER lui-même, dans son Principe de la population, range Ortés comme un précurseur; BoccarDo, dans son Dizionario della Economia politica, le qualifie comme un des plus illustres précurseurs de Malthus; J. CONRAD est de cet avis (Handwirterbuch der Slaatswissenschaften, v° Ortes. Voir encore dans le même sens Moxr, Die Geschichte und Literatur der Staatswissenschaften, tom. III, p. 478; Nouveau Dictionnaire d'Economie pohtique, suppl., Paris, 1807.

termes exprès seuls, la découverte de la loi de progression géométrique. Ce faisant, non seulement nous contribuerons à rendre à Ortes une justice quelque peu tardive, mais encore

SE

rattacher l'idée par lui formulée à son origine italienne, Botero, abbé de San-Michele della Chiusa, en Piémont, et précepteur des enfants de Charles-Emmanuel de Savoie avant signalé le problème près de deux siècles auparavant 1.

CONCLUSION

Aïnsi, d’après Ortes, la population augmenterait, se maintiendrait ou diminuerait parallèlement à l’état progressif, stationnaire ou rétrograde des ressources nationales qui la doivent précéder et appelées à progresser considérablement moins. Il convient donc de restreindre ce surcroît de population inévitable ex principe : une rigoureuse observation du célibat tant que la subsistance de la famille à créer ne sera pas assurée,per mettrait de réaliser cette fin. Mais en fait, par suite de causes diverses, la population tendant à être inférieure à la normale, il faudrait, au contraire, en assurer le développement approprié :‘la sécurité garantie dans la possession; une plus large liberté nationale possible; le maintien d'une inégalité de richesses rationnelle, voilà les plus sûrs moyens à employer. Et l’on ne peut sérieusement contester qu'il n'y ait là des aperçus nouveaux, qui, dans la discussion de ce problème de la population, tant agité au XVIIIe siècle, révèlent Ortes, une fois de plus, comme un penseur original, méthodique et fécond.

I. Le chanoine Botero blâma en effet les encouragements inconsidérés au mariage. Il défendait l'union tant qu'on n’était pas en mesure de nourrir et d'élever ses enfants. Il signala également l’arrêt forcé dans le développement de la population du fait du manque de

ressources et malgré le mariage. Ce fut là, très vraisemblablement, le point de départ des théories de Ortes sur la matière.

CONCLUSION

JUGEMENT: SUR ORTES

Nous voici arrivé au terme de notre travail. II convient maintenant de porter sur Ortes un jugement propre à le caractériser fidèlement, pour le moins autant que faire sé peut,

Parmi les rares historiens d'Économie politique qui ont parlé de Ortes, çà et là, dans leurs écrits !, la plupart le connaissent mal ?, d’autres imparfaitement — pour n'avoir pas eu, peut-être, la patience de le lire en entier ou de l’approfondir ?; certains se montrent à son égard d’une sévérité excessive

1. Nous en avons déjà rencontré quelques-uns, chap. III, sect. II, supra, p. 235, note 1. — On peut citer encore ERRERA, Sforia dell Economia politica nella Repubblica Veneta, Venise, 1877 (p.92, 156); FER- RARA, Esame storico-critico di economisti e dottrine economiche del secolo XVIIIe prima metà del XIX (vol..I, p. 289 et suiv.); GoBBi, La Concovrenza estera e gli antichi Economisti itahuni, (p.197, 202), Kaurz, Die Geschichtliche Entwichelung der Nationalokonomik (p. 381- 383): RosCHER, Syséem der Volkswirtschaft (tom. I, p. 23,57, 400,447; tom. II, p. 167, 285); H: WAGENER, Staats und Gesellschajislexikon (tom. XIV, p. 694-702) Berlin 1863; Die Zeit, Wiener Wochenschrift, 1897 (tom. XI, p. 116-117).

2. Notamment Ingram (cf. chap. I, sect. III, $ 7, 5, Supra, p. 170, note 5).

RCE on éprouve une grande fatigue à lire ses traités et plus encore à les comprendre. » (PECCHIO, op. cit., p. 266.) Nous avons vu ‘ que Ortes ne se faisait aucune illusion à ce sujet (part. I, chap: IF, $ 11, B, supra, p. 62, note 2).

4. FERRARA, dans la préface du livre de Storch: (Corso d’Economia politica), parlant des biens que Storch appelle internes, critique Ortes

et injuste ! ; quelques-uns enfin ? — et Lampertico luimême #— font sans doute un équitable décompte de ses mérites etde ses défauts, mais semblent négliger par trop d'appuyer leur opinion de précisions suffisamment complètes. Voilà pourquoi, en somme, la tâche nous demeure entière dans sa complexité.

Bien loin d'offrir cette rectitude constante de raisonnement, cette uniformité de doctrine que l’on rencontre chez les Verri, les Filangieri, les Genovesi, Ortes, mélange singulier de qualités et de défauts, défie toute appréciation d'ensemble unique et générale, La seule caractéristique nettement personnelle que l’on puisse, à côté de son penchant marqué pour la mathématique et de sa dévotion fidèle à l'Église, signaler sans erreur possible, est son originalité. Le souci dominant de son esprit pondéré et fantasque tout à la fois, semble bien avoir été — malgré ses dires — d’édifier surtout des systèmes contraires à ceux communément admis. À maintes reprises, dans son œuvre, il est aisé de s’en rendre compte. Les Économistes, par exemple, estiment-ils que la science seule permettra aux gouvernements d’être utiles et-justes, aux nations prospères, aux populations heureuses? Il affirme qu'il n’en est rien. — On tente de faire prévaloir le commerce extérieur sur le commerce interne? Il proteste, bien que partisan du

au sujet des occupations non économiques, les plaçant à côté des industries dites stériles parles Physiocrates, avec le travail improductif selon Smith, et la théorie des produits immatériels de Say. — Dans la préface de son propre ouvrage Della moneta, le même Ferrara note avec satisfaction que les visions de Ortes n’eurent jamais de crédit dans les écoles économiques. (LAMPERTICO, 0h. cit, proœmio, DR in fine, 23, princip.) |

1. GANILH, par exemple, dans ses Systèmes d'Economie politique…., $rouvant son système « décourageant et monstrueux », dédaigne d’en faire la moindre analyse. |

2.COSSA, op. cit, part. II, chap. IL, p.305: PALGRAVE, Diction.,voOrtes.

Page 1