‹ Gianmaria Ortés: Économiste Vénitien 1713-1790Chapitre 42 sur 155 · Cf. infra, C, p. 84 et Suiv · texte numérisé non relu

Cf. infra, C, p. 84 et Suiv

4. Econ. nazion., Disc. prélim., IX (Cusropi, p. m., tom. XXI, p. 20).1

5. Voir encore le correctif qu'il apporte à certaines de ses critiques sur la tendance des gouvernements à développer les richesses immodérées, pour, au moyen des impôts dont ils grèveront les riches, alimenter le Trésor : Dei Fidecommessi, iv. II, chap. XXIII (Cusront, p. m., tom. XXVII, p. 357, in fine).

6. Lett. sulla Relig. e il Govern…., lett. XVIII, 27 avril 1782 (Cusropr, p. m., tom. XXVI, p. 380).

7. «..… non ho mai inteso nè intendo screditare che quella politica, la quale coll’ -uscire appunto dalla verità di natura o col contraffarla si rende un’arte frivola e talora nociva.…. » (Jbid., p. 381.)

Conseil des Dix ne pouvait évidemment être éveillée…. Aïlleurs, il se défend de vouloir parler des « dispositions des souverains » !; ou bien, lorsqu'il fait la distinction entre les nations libres et celles qui le sont moins, il se hâte d'ajouter qu'il n'entend porter contre ces dernières aucune appréciation malveillante ?. Il justifierait presque le despotisme admis par tout le monde #, obligatoire ou volontaire, il n’ose préciser. Et cette prudence, caractéristique de sa nature pondérée et réfléchie, on la retrouve tout entière dans la gestion de son patrimoine 4. |

Ortes fut encore passionnément épris de justice. La justice, d’après lui, peut seule assurer le bonheur du genre humain ÿ. C’est d’ailleurs par esprit de justice, autant que par bonté native, qu’il défend les humbles, invective les riches qui, pour s'assurer du superflu, accaparent leur nécessaire $. C’est lui qui proclame le droit à la vie de tous les malheureux, «étant bien juste, ajoute-t-il, que, si ces misérables sont prévenus par d’autres dans les occupations, ces autres leur assu-

1. Lett. XXXIX, à Ciani, de Dolo, 16 juillet 1784 (CUSTODI, p. m., tom. XXIV, p. 435). Voir encore au sujet des souverains et des grands, infra, C, p. 80 et note 4. :

2. Econ. nazion., liv. V, chap. IX (Cusroni, p. m., tom. XXII,

é 3. (CE d’altronde il dispotismo medesimo più assoluto, quando è sofferto, pud dirsi di ricerca comune negativa.… » (Ibid.) Plus tard, dans ses Fidéicommis, il l’admet d’ailleurs expressément (part. IH, Chap til sect. E,i$/11, 1) P..194)-

4. Cf., à titre d'exemple, lett. XIV, à Ciani, de Venise, 25 mars 1780 (Cusropt, p. m., tom. XXIV, p. 373). Et la lettre XXIT, au même, de Venise, 23 septembre 1780 (CUSTODI, tbid., p. 303), où il dit conserver soigneusement ses livres de comptes.

5. «Cio avviene (le malheur et le mécontentement). per la mantanza della principale delle tre condizioni.. per conseguire la vera felicità, la qual condizione è quella della giustizia..…. » (Delle Scienze utili e delle dilett., chap. XX (CUSTODI, ibid., p. 239). À

6. Cf, par exemple, Lett. in propos. della Econ. nazion., lett. VI, | précit. (CUSTODI, p. m., tom. XXIII, p. 146 à 176).

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rent au moins la subsistance avec les biens retirés des occupations par eux accaparées » !. Il va même jusqu’à parler du

‘vol nécessaire ?.

Il ne faut pas oublier, non plus, qu’en défendant la cause des petits, Ortes défendait un peu la sienne propre. Il fut toujours, en effet, de condition modeste. A ce point de vue cependant, il convient de se garder de toute exagération.

Des auteurs, et non des moindres #, ont prétendu que Ortes vécut presque dans la misère. C’est une erreur. Il nous avoue lui-même que s’il travailla, ce fut surtout pour secouer sa paresse naturelle 4, — à laquelle il semble avoir voulu tout d’abord s’adonner complètement , — pour chasser, par son

activité intellectuelle, l’ennui de l’oisivetéf, pour oublier ses

1. Raflessioni sulla Popolaz., chap. XIV (CUSToDr, p. m., tom. X XIV, p. 89). —- Cf. enzore Eyrori popolari…, axiom. III, 3, 4, 5, 6 (Cus- TODI, p. m., tom. XXV, p. 87 et suiv.).

2. Dei Fidecommessi, liv. II, chap. XXIV (CusTopi, p. m., tom. XXVII, Hi: 367).

3. LAMPERTICO, 0h. cit., p. 20; Cusiop1, Notizie, p. m., tom. XXI, p+ VII. L

4. «Non sono mai stato molto attivo.. » (Lett. L, à Ciani, de Venise, 23 mars 1786) (CUSTODI, p. m., tom. :XXIV, p. 459). — «lo veramente mi trovo per temperamente flemmatico e indifferente... » (Left. in propos. della Econ. nazion., lett. VI, précit.) (CUSTODI, p. m., tom. XXIIT p: 175).

5. Au sujet de ses Lettres explicatives sur l'Économie nationale, il écrit à Ciani: « Due altre vorrei pure scriverne... e dopo queste penso di fare il poltrone senza più scrivere e di vivere da mammalucco per almeno 30 anni. » (Lett. V, de Venise, 26 juillet 1777) (Cus- TODI, p. m.. tom. XXIV, p. 342). — Mais s’il était paresseux, Ortes se défendit toujours dans ses doctrines, et nous le verrons en étudiant

Son Economie, d'encourager la paresse chez les autres. — Cf., entre

autres exemples, Tre leit. a Michele Ciani, lett. IT, précit. (Cusront,

p. m., tom. XXIII, p. 356).

(CHEQUE per fuggir la noja del quale (l'oisiveté) son poi ricorso al ripiego di scrivere qualche cosa per mio solo trattenimento. » (Lett. XXI, à Ciani, précit.) (Cusropr, p. m., tom. XXIV, P. 390).

soucis personnels 1! plutôt que pour subvenir aux besoins de son existence ?, Au surplus, ne plaça-t-il pas de l’argent en rente viagère, à Santa-Maria-Nuova 5? Dans nombre de lettres, d’ailleurs, il parle de ses rentes 4. Parfois même, il se plaint du peu d’empressement de ses débiteurs à acquitter leurs dettes 5. Enfin, il voyagea beaucoup; or, les voyages étaient fort dispendieux à son époque, sans compter que chaque année il se rendait aux bains de Dolo, comme en font foi maintes lettresf. Si l’on ajoute qu'il faisait à ses frais imprimer se$ ouvrages, on ne saurait sérieusement contester qu’il y ait là une justification suffisante d’un état de fortune : modeste peut-être, mais réel”. |

r. Ortes fut, en effet, réellement où imaginairement malheureux, Cf. lett. XXXT, précit. (CUSTODT, p. m., tom. XXIV, p. 412). |

2. Lett. XVIII, de Venise, 3 juin 1780 (Cusropi, tbid., p. 384). Voir infra, C, p. 92, note 7. -

3. Il fit même un voyage à Rome dans ce but : lett. VI, au même, de Rome, 14 janvier 1778 (Cusropt, ibid., p. 349). — Deux ans plus tard, il plaçait encore en rente viagère : lett. XIIT, au même, de Venise, 4 mars 1780 (Cusropi, tbid., p. 369 et 370).

4. Cf, par exemple, Cusropi, tbid., au même : lett. XIV (p. 372); lett: XV (p. 374); lett. XVI (p. 376); lett. XXVIT (p.401); lett. XXVII (p. 402): lett. XXVIII (p. 404); lett. XXIX (p. 408); lett. XXXIIT (p. 418): lett.. XLV (p. 447); lett. LI (p. 460); lett. LITI

(p. 466). À i debitori pagano il più tardi che possono, pagano il meno

EN ES : “ che possono, e quando possono non pagano mat nulla. » (Lett. XXIX,

précit.) (Cusropi, tbid., p. 409). >

6. Cf. Cusropt, ibid., au même: lett. XX XII (p. 416); lett. XXXVIIT

- (p.432); lett. XXXIX (p. 434); lett. XLV (p. 447); lett. XLVT (p.448); lett. LI (p. 459); lett. LIT (p. 461). — Dans les dernières années de sa vie, ce furent même les seuls voyages qu'il put entreprendre, Dolo se trouvant à quatre heures à peine de Venise (lett. XLVII, de Venise, 17 septembre 1785, au même) (CUSTODI, ibid., p. 451).

7. Certains de ses adversaires le disaient même riche, et il prend la chose plaisamment (Annotaz. degli Error popol., annotaz. IV) (Cusropt, p. m., tom. XXV, p. 256). — Or, il est incontestable que s’il eût été pauvre, il n’eût pas manqué de saisir cette occasion de se plaindre de son infortune.

79 GIAMMARIA ORTES

Un autre trait du caractère de Ortes, qui surprend chez un esprit austère et froid comme le sien : il savait être badin et enjoué!. |

De quelle plaisante façon il conte à l’Auditeur le dommage

advenu à certains feuillets d’un de ses manuscrits « dans une bataille nocturne entre chat et rat»?; explique pourquoi il trouve naturel que ses doctrines soient difficilement accueillies? ; se félicite d’avoir deviné juste lorsqu'il présumait que son

traité sur l'Économie nationale serait incompris des plus grands théoriciens 4; se flatte de n’être point quétre mille fois plus sot que les plus intelligents 5, ni moins raisonnable que les autres écrivains; parle de la fidélité en amour, chose à son avis chimérique”, ou de la bonne manière de faire les vers $ |

Mais son ironie devient volontiers mordante, comme lorsqu'il se rit de la prétendue découverte électrothérapique (!)

I. « Jo non sono bisbetico d’umore...», écrit-il un jour (Lett. in propos. della Econ. nazion., lett. IT, à Ciani, 21 juin 1777) (CuSropt, Dan. tom. ECXIEL p.152)

2. Lett. XXII, au même, de Venise, 23 septembre 1780 (CUSTODI, Dim-tomM REIN, Db'S071) ;

3. Lett. in propos. della Econ. nazion. (CUSTODI, p. m., tom. XXIII,

D T0) 4.014 p-t7- 5. Econ. nazion., Disc. prélim., XIIT (Cusropt, p. m., tom. XXI, p. 38).

- 6. Riflessioni sulla Popolaz., Prefaz. (CUSTODI, p. m., tom. XXIV, P- 13).

7. Econ. nazion., Liv. IV, chap. VIII (Custopi, p. m., tom. XXII, p- 49).

8. Lett. à Giuseppe Toaldo (LAMPERTICO, op. cit, Append. II, lett. inéd. dell’Ortes, p. 325; voir 2nfra, C, p. 93, note 5). Signalons entre autres saillies : Left. sulla Relig. e il Govern.…., lett. I, 5 février 1780 (CUSTODI, p. m., tom. XXV, p. 283, 285). — Leit. in propos. della Econ. nazion., lett. IT, précit. (CUSTODI, p. m., tom. XXIII,

d’un « légiste de profession » !; recommande à Ciani, malade, de se garder des médecins ? : parle de l'habitude des gouvernements d’expédier des courriers diplomatiques, même lorsqu’ils n’ont rien à envoyer #; raille le pape de penser que le développement des occupations économiques peut dépendre de lui au même titre He promotion de cardinaux #; raconte, à propos de l’arrivée à Venise de l’archiduc-gouverneur de Milan, l'étrange façon de voyager des souverains, dont l’incognito a pour effet de les faire remarquer encore davantage *.

Ses polémiques avec les Nouvellistes littéraires lui donnèrent notamment l’occasion d'exercer sa verve caustique dans la lettre qu’il leur adressa $, où, sur un ton de bonhomie cinglante, il leur conseille de moins parler de ses écrits”, leur reproche d’un air faussement naïf de trop s'occuper de ses ouvrages « pour lui faire honneur » puisqu'ils y parviennent «plutôt mal»®, et, les autorisant à publier sa lettre”, les assure d’une amitié égale à celle «que depuis de longues. années déjà ils lui ont personnellement vouée ».

1. Lett. I, à Francesco Algarotti, de Venise, 6 novembre 1747 (CUS- TODI, p. m., tom. XXIV, p. 321 et suiv.).

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