‹ Gianmaria Ortés: Économiste Vénitien 1713-1790Chapitre 65 sur 155 · III. — L'ŒUVRE ÉCONOMIQUE DE ORTES · texte numérisé non relu

III. — L'ŒUVRE ÉCONOMIQUE DE ORTES

Nous connaissons maintenant Ortes et le milieu dans lequel il vécut. Il convient désormais, pour aborder utilement l'étude proprement dite de ses idées économiques, de préciser — après quelques considérations générales sur cette œuvre même — ce qu'il entend par Économie politique, le but qu’il lui assigne; comment il la conçoit, et la méthode qu'il croit la meilleure.

Délimiter de la sorte le problème, c’est tout à la fois per- mettre de mieux saisir encore l'originalité de l’auteur sur laquelle des renseignements de détail ont déjà été fournis, et mettre en lumière, avec ses qualités de théoricien méthodique, les tendances novatrices et scientifiques de son esprit.

A. ÉCRITS ÉCONOMIQUES DE ORTES. LEUR OBJET. — I. L'Économie nationale. Les Fidéicommis. Les Réflexions sur la Population. — Les ouvrages de Ortes d'argument économique sont nombreux ! et de valeur très diverse. Trois d’entre eux retiendront seuls notre attention et pour l'importance des problèmes qu’ils abordent et pour leur caractère

r. On en trouvera l’énumération à la Bibliographie, I, B, infra, p. 242 et 243.

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général, les autres n'étant, à proprement parler, que des COrrectifs, des compléments ou des essais qui étroitement s'y rattachent. Ces trois traités sont, dans l’ordre chronologique : l'Économie nationale, les Fidéicomms, les Réflexions sur la Population.

L'Economia nazionale, publiée en 1774, à Naples !, est la partie fondamentale de l’œuvre économique de Ortes. À seulement parcourir le titre des six livres qui la composent ?, on péut se convaincre que l’auteur s’est réellement proposé d'écrire un traité systématique touchant. la production, la répartition, la circulation, la rente et la monnaie; il n’est guère que la consommation qu'il ne fasse qu'effleurer ?.

Ortes se proposait d’ajouter une seconde partie à cette Économie nationale. Il semble même en avoir recueilli les ‘ éléments; mais des occupations nouvelles le détournèrent sans cesse de son dessein. Tantôt il mande à Ciani être absorbé par son ouvrage sur la Religion et le Gouvernement des Peuples 4, tantôt être retenu par la rédaction des Fidéicommis *. Sa volonté d'écrire cette seconde partie était cependant

1. Della Economia nazionale, libri sei, Napoli, 1774. Rapportée dans Cusropi, p. m., tom. XXI et XXII.

2. Liv. I.-— Dela diversité des personnes et des occupations dans | une nation.

Liv. II. — Des biens qui maintiennent une nation et des terrains qui les produisent.

Liv. III. — Des occupés et des inoccupés dans une nation.

Liv. IV.— Des biens comparés avec les terrains et les occupations.

Liv. V.— Des biens considérés comme capital et comme rente,

Liv. VI. — De l'argent équivalent dés biens.

3. Mais on retrouvera Île problème dans ses Riflessioni sulla Popo-

lazione.

Ac Lette VI de Venise, 29 avril 1780 (CUSTODI, p. m., tom. XXIV, p. 377, 378).

5. Lett. XXXII, de Venise, 24 mai 1783 (CusroDi, ibid., p. 414, 415).

bien arrêtée; il la manifeste maintes fois !. Dans une de ses lettres même ? il annonce, tout joyeux, s'être mis à la besogne. Mais il n’afriva jamais au bout de sa tâche. Et des nombreuses notes manuscrites par lui laissées, il est: impossible de tirer des données suffisantes pour permettre d’apprécier avec quelque certitude la valeur du complément ainsi projeté. On peut toutefois, dans son livre sur les Sciences utiles et agréables, en trouver comme une ébauche, il l'affirme du moins : «… quelli che attendon da me la seconda parte di questa Economia potran pi generalmente trovarla in questo mio opuscolo…. » ?..

À l'Économie nationale, incomplète, se rattachent d’autres ouvrages dont nous aurons l’occasion de parler au cours de notre étude. C’est d’abord, dans leur partie économique, ses Errori popolari intorno all Economia nazionale, publiées dès 1771, et suivies bientôt d'Annotaziont spéciales. C’est ensuite, et surtout, ses nombreuses Ledere scritle a diverse persone, intéressantes par les discussions qu’elles rapportent et les réfutations qu’elles contiennent d’objections présentées 4. Ce sont encore les deux opuscules Dell” Ingerenza del Governo nel Economia nazionale, publié par G. Fovel, à Venise 5, en 1863, et Dell” Eguaglianza delle ricchezze e della povertà nel comune delle nazioni, que fit paraître Cicogna, à Portogruaro, en 1853. Nombre de questions par lui spécia-

1. Cf. par exemple Leïtere in proposito della Economia nazionale, lett. VI (CUSTODI, p. m., tom. XXIIL, p:,146). — Lett:à G: Toaldo, 29 août 1776 (LAMPERTICO, of. cit, Append. II, p. 324, i%# fine). — Lett. XX XVI, à Ciani, précit. (CUSTODI, p. M, tom. XXIV, p. 424).

2, Lett. XLVIII, à Ciani, précit. (CUSTODI, ibid., p. 454).

3. Lett. XLV, au même, de Dolo, 10 juin 1785 (CUSIODI, ibid.,

4. Ces lettres sont rapportées dans CUSTODI, P. M: tom. XXITT, XXIV: XLIX suppl., ainsi que dans LAMPERTICO, op.cit., Append. IT. 5. Rapporté dans LAMPERTICO, 0. cit, Append. V.

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lement étudiées, enfin, telles que ses Riflessioni sulle rendité del Principato e sulle rendite pubbliche in Droposito di Économa nazionale ; son Discorso sull! Economia nazionale; ses Varii pensierr economici, Sull'interesse del danaro, etc, constituent autant de corollaires directs de l'Économie nationale qui $e présente ainsi comme le monument de beaucoup le plus important de l'auteur, sorte de tronc d’où rayonnent toutes ses autres conceptions ?.

Si de l’œuvre entier de Ortes l'Economia nazionale est la partie maîtresse, les Fidecommessi a famiglie, a chiese e luoghi pii* en constituent peut-être la plus curieuse par la tendance et la plus inattendue par l’opposition catégorique qu'elle présente avec les idées libérales développées dans ses autres écrits. Ce re fut pas sans de sérieuses difficultés, ainsi qu'il l'écrit à Ciani en se plaignant non sans amertume «que toutes les vérités ne peuvent être dites à tout le monde » #, que Ortes réussit à faire paraître son ouvrage à Venise, en 1784.; Il y reprenait, pour les grouper et les renforcer en vue d’un but déterminé nombre des idées éparses dans son œuvre et déjà partiellement exposées soit dans son Économie nationale, soit dans ses Lettres sur la Religion et le Gouvernement des peuples, soit, surtout, dans ses Erreurs populaires 5.

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