SECTION I. — DE LA PRODUCTION
$ 1. — Du Travail.
Des trois facteurs de la Production, qu’en vertu d’une tradition lointaine on s'accorde à reconnaître dans la Terre,
1. Nous signalerons dans la Production et à propos du Travail quelques idées de Ortes sur l’oisiveté que les Économistes rangent ordinairement dans la Répartition. Cette question ayant été envisagée par l’auteur comme une conséquence directe et immédiate de l’activité, il s’imposait dès lors de l’examiner dans la présente section.
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le Travail, le Capital, Ortes s'occupe tout d’abord du Travalt L’a-t-il fait parce que le Travail, loi universelle régissant : tous les êtres, inconsciente dans la plante, toute d’instinct dans l’animal, réfléchie et voulue chez l’homme, est le seul : . qui puisse être réellement considéré comme un agent de production? Peut-être. Parce qu’il subit l'influence des Napolitains et des Milanais, et surtout de Genovesi ? et de Beccaria 5? Il est possible. Parce qu'il se proposait de défendre, comme nous le verrons, les fidéicommis#, et qu'il était amené, par là-même, à rechercher plus attentivement les sources réelles de la richesse, pour lui donner une autre cause que la Terre, — idée communément admise alors, et qui avait pour effet d'établir une sorte de servitude en faveur des propriétaires fonciers 5? Il le semble plutôt. Quoi qu’il en soit, revenant même à diverses reprises sur cette questionf, : reprenant la thèse du christianisme sur la sainteté du travail”, — contraire aux théories de Xénophon et des penseurs grecs,
1. Econ. nazion., iv. I, Della diversità di persone e di occupazioni in una nazione (CUSTODI, p. m., tom. XXI, p. 39 à 134).
2. Cf. supra, part. I. chap. I, $ 11, 1, supra, p. 16 et note 3.
3. Supra, p.27 et notes 4 et 5. — C'est d'ailleurs l’opinion de Verri, supra, p. 31 et note 4.
4. Dans son Économie nationale (liv. V, chap. XX, XXI, XXII, XXIITI) (Cusront, p. m., tom. XXII, p. 249 à 250), Ortes a d' dilleurs touché la question des Fidéicomnis. Il a indiqué quelques-uns des arguments qui, à son avis, en constituent une justification suffisante. Nous n'en dirons rien dans cette partie de notre étude, nous retrouverons la question entière au chapitre II, où nous parlerons de son Traité des Fidéicommis.
5. Error: popol..., axiom. VIE, 4 (Cusropi, p. m., tom. XXV, p. 212).
6. Econ. nazion., hv. II, Degli occupati e dei disoccupati in una nazione (CUSTODI, p. m., tom. XXI, p. 215 à 357).; liv. IV, Dei beni confrontati coi terreni e colle occupaziont (CUSTODI, p. m., don XXII, P. 7 à 134). — Nous verrons ce ‘dernier livre dans un 1 paragraphe ol ($ LT, infra, p: 137 et suiv.).
Luther préconisait également le travail en supprimant les ordres de et contemplatifs, ;
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qui le déclaraient indigne de l’homme libre, — Ortes fait ja part grande à cet élément ‘de la production, le considère même, ainsi que nous aurons l'occasion de le vérifier plus loin !, comme l’origine de la propriété.
De la diversité des occupations. — La diversité des occupations n'avait pas manqué de frapper Ortes. Aussi, soucieux de précision, recherche-t-il comment cette diversité a pu s'établir : il en trouve l'explication dans une hypothèse que Beccaria reprendra plus tard ?.
Imaginons, dit-il *, des hommes tombés brusquement du ciel sur une île déserte où 1ls devront assurer leur subsistance. Ils vont se partager le sol en portions égales, avec droit absolu et exclusif de chacun sur son lot: ils seront propriétaires.
D’autres surviennent. Privés de tout, ils offrent aux premiers
occupants de cultiver leurs terres à condition de participer aux revenus : voilà les agriculteurs. Mais de nouveaux arrivants se présentent à leur tour, et, pour assurer leur existence, s’attachent à modifier, et améliorent effectivement les récoltes déjà obtenues : ce sont les artisans. On verra enfin — parce que venus trop tard — s’empresser les marchands, qui, pour vivre, seront contraints de transporter et répartir les produits 4
Tout irait bien si le mécontentement ne surgissait dans la colonie. L’artisan va jalouser le marchand, qui peine moins; l’agriculteur, de son côté, va les envier l’un.et l’autre: ils ne
TSECL. IL, 27/4, D: 147.
2. Element. di Econ. polit., part. I, chap. I, $ vi (CUSTODI, p. m,. tom. XI, p. 24). .:
3. Econ: nazion., liv. I, chap. II (Cusropr, p. m., tom. XXI, p. 43).
4. Voir à ce sujet à quels calculs se livre Ortes pour trouver la
. distance moyenne du lieu de production au lieu de consommation
des produits ! (Econ. nazion., liv. IIT, chap. X) (CUSTODI, 201d., p.274 à 280).
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s'entendront tous les trois que pour s’insurger contre le privilège du propriétaire favorisé. C'est alors que d’autres ‘hommes, plus industrieux encore, tireront parti de ces dissensions, et, pour justifier leur participation aux ressources, parleront au nom des grands principes d’union et de concorde, s'érigeront en artistes, en éducateurs, en juges, et constitueront ce que Ortes appelle la classe des «administrateurs ou directeurs de substances communes ».
Les occupés de l'ile se trouvent ainsi divisés en cinq ou plus exactement en quatre classes, les propriétaires 1 étant en définitive des agriculteurs : les agriculteurs ?, les artisans, les commerçants, les administrateurs, *? qui, par leur travail respectif, s’assureront les biens à eux nécessaires. C’est ‘ce que Ortes a exprimé dans une formule heureuse : «Les biens ne peuvent être acquis que par les occupations économiques seules : l’agriculture les produit, l'industrie les transforme, le commerce les répartit, le gouvernement les administre 4. » — Tel serait le processus historique de ia répartition des classes.