‹ Gianmaria Ortés: Économiste Vénitien 1713-1790Chapitre 93 sur 155 · De l'inégalité de répartition · texte numérisé non relu

De l'inégalité de répartition

Partant de la constitution et de la conservation du capital national, Ortes légitime l'inégalité de répartition des richesses, — telle qu’elle fut admise par les Scholastiques.

Si certains ne possédaient pas de superflu, dit-il, et si d’autres né manquaient point du nécessaire, nul ne s’occuperait : ceux-là parce que suffisamment pourvus, ceux-ci parce que les premiers n'auraient pas de superflu à leur transmettre ?. Les rentes devraient donc diminuer, ainsi que le capital qui, mis régulièrement à contribution sans restitution d'aucune sorte, finirait par disparaître, — avec la nation. Par conséquent, tenter, sous couvert d’une équité inconsidérée, de répartir également les biens, serait enlever tout motif d’occupation, aller à l'encontre des lois naturelles ? : Ortes apparaît

1. En pratique, Ortes constate que primaires et secondaires récoltent plus qu'ils ne consomment : le supplément irait aux inoceupés (Errori popolari…, axiom. III, 3) (CuS1oD1, p. m., tom. XXV, p. 88). — Ortes parleencore du capital national dans ses Rifless. sulla Popolaz., chap. V (Cusrtopi, p. m.. tom. XXIV, p. 41 et suiv.).

2. Econ. nazion., liv. V, chap. III (Cusropi, p. m., tom. XXII, p. 150). — Voir eucore Letf. in propos. della Econ. nasion., lett. III, précit. (Cusrop1, p. m., tom. XXIII, p. 74, in fine, et p. 75); lett. VI,

- précit. (ibid., p. 148). C’est une application de son principe de raison

suffisante.que nous avons déjà rencontré (part. I, chap. IT, $ u1, B, 3, supra, p. 112, note 4: part. II, chap. I, sect. I, $:II1, 1, supra, p. 140).

3. «Posto... in essere una volta certo capitale di beni.:. se questo per una sconsigliata equità si volesse diviso fra” tutti in parti uguali come contro le leggi naturali han tentato e tentan talvolta le leggi civili, à certo che non mancando allora nessuno di beni e non avendone alcuni di superflui,… resterebbe tolto ogni motivo di occupa-

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donc un peu comme un disciple de Quesnay qui voit dans l'inégalité économique un stimulant à la production.

Cette inégalité de répartition est.même aux yeux de Ortes non seulement utile, mais encore juste. L’abondance et là privation ne seraient en somme que la conséquence légitime d’une plus grande occupation, morte ou vive, chez certains, et d’un manque d'occupation chez les, autres : or, il est juste que le travail soit récompensé !.

L'occupation, apparaissant ainsi comme une cause déterminante de l'inégalité de répartition, explique pourquoi les primaires se trouveront plus favorisés que les secondaires. Par suite d’occupations mortes plus considérables notamment, ils bénéficieront d’une part plus importante de capital national. Et, pour ce qui est des rentes, ils seront également mieux partagés ?, leurs occupations étant plus appréciées que celles

Zione;…. » (Econ. nazion., liv. V, chap. III) (CuSropt, p. m., tom. XXII, p- 151). —— Voir encore Error popolari.…. axiom. I, 5 (Cusronr p.m., tom. XXV, p. 66et67). — Nous avons vu qu'un autre Vénitien,

Corniani, partageait absolument cette façon de voir (part. I, chap. I, $ 11, 3, supra, p. 44 et aux notes). —- C'est d’ailleurs la théorie soutenue par les Physiocrates.

1. Econ. nazion., liv. V, chap. IV (Cusropi, p. m., tom. XXII, P. 153. 154). On pourrait peut-être s'étonner d'un tel raisonnement, qui est le contre-pied d’une opinion pré-signalée (sect. I, $T, A, x, Spra, p. 127, notes 1 et 2), d'après laquelle le manque d'occupation ne serait le plus souvent nullement imputable à ceux qui en souffrent. Il paraît donc difficile d'admettre dans ces conditions comme équitable, parce que conséquence d’uñe inoccupation involontaire, une inégale répartition des richesses. À la vérité, nous nous trouvons là en présence d’une contradiction nouvelle 4e Ortes, chez qui l’emportent tour à tour l'esprit de charité et le désir latent de justifier le‘ patrimoine ecclésiastique. Voir, dans le même ordre d'idées, chap. TI, prélim., infra, p. 189 et suiv.

z. L'inégalité de répartition sera toutefois beaucoup plus sensible pour le capital que pour les rentes, celui-là pouvant faire totalement défaut chez certains, celles-ci au contraire présentant un minimum .Chez chacun au-dessous duquel elles ne peuvent guère descendre (Econ. nazion., liv. V, chap. XI) (Cusropt, ibid., p. 195). —- De cette

.des secondaires !. En sorte que l’inégale répartition des biens se trouverait doublée d’un corollaire tout aussi indispensable, à savoir que les biens superflus seront exclusivement aux mains des occupés primaires ?, comme récompense de leur activité plus grande ?, — et, la productivité du travail ne dépendant pas de sa seule quantité, mais encore et surtout de sa qualité 4, — de leur plus grande probité et habileté *.

La répartition des richesses varierait avec le nombre des occupés primaires par rapport aux secondaires, et avec la distribution des biens entre euxf. Dans les nations moins libres, par exemple, où les occupations s'exercent surtout sur la quantité”, ce qui,exige un grand nombre de secondaires,

affirmation touchant L situation privilégiée des primaires quant à la dévolution des rentes, il est intéressant de rapprocher l'évaluation contraire présentée par l’auteur dans un autre livre de son Economie

et dans ses Eyrori popolari (sect. I, $ 111, Supra, P:+39/ note 5): Cf. également la portion de numéraire impartie à GA classe (sect. III, $ 1, infra, p. 158, note 3).

1. Econ. nazion., liv. V, chap. V (CuSTonI, ibid., p.157, 138). L'inégalité des occupations, au surplus, offrirait encore cette utilité de permettre, en tenant compte des occupations mortes, de s'assurer la sécurité dans la possession.

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