‹ Gibier de Saint-LazareChapitre 6 sur 14 · BOITTELLE · texte numérisé non relu

BOITTELLE

La jeunesse, non encore ennemie de la joie et du rire, chansonna spirituellement M. Boittelle ; l'une des chansons commençait ainsi :

126 LA POLICE PAAISIENNË

Gaboulottiëres, Viv«s et légères...

Ces couplets n'ont point empêché Texécution de Tordonnance, et je me rappelle qu'en 1869, j'ai notifié à une soi-di&ant veuve X..., tenancière d'un cabouloty rue Monsieur-le-Prince, un arrêté de fermeture motivé simplement sur la facilité avec laquelle son établissement servait de rendez-vous aux mineurs des deux sexes.

Ces caboulots , installés dans le genre du débit de liqueurs connu bous le nom de « la Mère Moreau », ne comportaient pas plus de trois à cinq femmes ; elles étaient nourries et gagnaient chacune six j&rancs par jour. Elles devaient se tenir debout derrière le comptoir pour éviter les attouchements ayant un caractère d'obscénité. Je conviens qu'elles n'en faisaient pas moins un drôle d'apprentissage, mais il leur était défendu de fumer, et elles ne s'asseyaient pas encore sur les genoux des consommateurs, comme cela se pratique actuellement. Les scènes dégoûtantes de nos jours n'existaient point.

Le quartier Latin possédait à lui seul seia^ caboulots , servis par une cinquantaine de filles; il y a de cela près de vingt années, et les journaux de l'opposition se livraient à des tirades contre ces sortes d'établissements soutenus, disaient-ils, par la police désireuse de corrompre, d'abrutir la jeunesse des écoles, si avide de liberté. On accusait le gouvernement d'aider à la démoralisation. L'Empire a dis-

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paru; il s'agit maintenant de voir le spectacle d'aujourd'hui.

Brasseries, brasseries-billards

et brasseries à filles

La brasserie ne s'est acclimatée à Paris que vers 1860. Le service en était exclusivement fait par des garçons. Sa véritable invasion remonte à l'Exposition Universelle de 1867, où elle s'est soudée autour de la bâtisse en fer pour se propager ensuite et prendre des proportions véritablement fantastiques.

Ce genre d'établissement aux apparences correctes a commencé par servir de lieu de réunion au monde artistique, littéraire et politique-

A partir de 1868 jusqu'à nos jours, dans la plupart des brasseries les filles ont remplacé les garçons.

Cette transformation a surtout été rapide sur la rive gauche de la Seine.

Des diverses statistiques établies pendant les mois d'avril 1872, 1879 et 1882, il résulte qu'en 1872, Paris possédait quarante brasseries desservies par cent vingt-cinq filles.

Qu'en 1879 il y avait cent trente brasseries occupant cinq cent quatre-vingt-deux femmes réparties ainsi qu'il suit :

Brasseries Filles

1°' arrondissement 8 30

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