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35 ans, qui depuis 15 ans a cessé de grandir, n’^est qu'une reprise de la croissance.
Les os des extrémités et les extrémités des os rajeunissent de quinze ans. La fonction trophogénique recommence sur de nouveaux frais, et ce fâcheux regain de jeunesse a p^our conséquence les monstruosités squelettiques que P. Marie a magistralement décrites. Rien n’eût été plus simple à prévoir que les déformations acromégaliques, si l’on avait pu soupçonner que le travail de croissance sur un squelette, déjà complètement et définitivement achevé depuis plusieurs années, fût capable de récidive.
La croissance normale se fait surtout par les cartilages épiphysaires mais lorsque ces cartilages sont ossifiés et que la soudure des épiphyses est irrévocablement parachevée, il n’est plus possible de grandir. La taille est acquise pour toujours.
Le travail de formation osseuse qui, sur le tard, vient à recommencer ne peut donc avoir d’autres conséquences que l’hypertrophie massive des os des extrémités et des extrémités des os. De là les saillies exubérantes et l’hypertrophie totale du squelette des pieds et des mains, avec l'épaississement des tissus mous avoisinants.
Et puisque, nous le répétons encore, l’accroissement de la taille se fait surtout par les deux extrémités des os longs, l’hypertrophie squelettique sera le plus prononcé là où il y a le plus d’extrémités d’os longs ; c’est-à-dire aux pieds et aux mains.
11 va donc de soi que, chez les acromégaliques vrais, la taille ne subisse pas d’augmentation tandis que les extrémités proprement dites s’hypertrophient. Encore faut-il ajouter que l’hvpertrophie s’elfectue en épaisseur et en largeur, puisque l’allongement n’est plus possible ni là ni ailleurs.
Les petits os longs des mains et des pieds gagnent en largeur et en épaisseur ce qu’ils ne peuvent plus guère acquérir en longueur.
Si l’on voulait entrer dans le détail des faits particuliers il faudrait énumérer tous les épaississements similaires dont tous les os longs sont le siège : tels sont les élargissements bien connus des plateaux du tibia, des condyles du fémur, des malléoles, des apophyses du poignet, de fa clavicule, etc.
Quant à ce qui est des os plats — ceux du crâne en particulier — dont l’agrandissement se fait suivant les lignes de suture, il est aussi simple d’en expliquer les difformités chez l’acromégalique adxüte. M. Marie a encore fait voir que c’est au niveau des lignes de suture que les tubérosités osseuses sont plus saillantes.
Admettons à présent que le processus de cause ignorée qui donne lieu à l’acromégalié se manifésté non plus chez
un adulte dont la taille est devenue invariable, mais chez un adolescent qui gi’andit encore. Les soudures sont imparfaites, les cartilages épipliysaires fournissent chaque jour l’appoint de la croissance en voie d’achèvement, les os des extrémités et les extrémités-des os subissent l’influence trophogénique excessive d’où résultait chez l’adulte l’acromégalie, mais dont il ne résultera ici que le gigantisme. Ce n’est pas en largeur et en épaisseur, c’est en longueur que l’augmentation de la masse osseuse va se produire.
Cependant la croissance a ses limites.
A partir d’un certain âge, fixé d’avance pour tous aux environs de la vingtième année, les cartilages épiphysaires s’ossifient et le géant cesse de grandir. Il n’eri est pas moins vrai que le travail pathologique peut durer plus longtemps encore et le même géant qui ne peut plus grandir, va devenir un acromégalique. Est-ce à dire que l’acromégalie ne cessera pas de s’accuser, qu’elle entraînera des difformités de plus en plus monstrueuses ? Nullement.
Pas plus chez le géant acromégalique que chez l’acromégalique de taille moyenne, l’accroissement des parties osseuses ne dépasse elle-même certaines limites. On sait très bien que dans l’acromégalie vraie l’hypertrophie s’arrête à un moment donné.
Ce que l’on n’a pas suffisamment considéré dans les rapports réciproques de l’acromégalie et du gigantisme, c’est l’dge auquel l’acromégalie débute.
. Et tout ce qui précède peut encore se formuler explicitement de la manière suivante :
Le gigantisme et .l’acromégalie sont une seule et même maladie. Ou, du moins, s’il s’agit de deux maladies nosographiquement différentes, la même cause semble provoquer l’une et l’autre et en diriger l’évolution.
Dans celle-ci comme dans celle-là, l’hypertrophie primitive du squelette et l’hypertrophie secondaire des parties molles se produisent dans un laps de temps déterminé, puis le processus ostéogénique s’arrête.
Si cette période de temps pendant laquelle l’exuhérance de l’ossature s’accomplit appartient à Vadolescence et à la jeunesse, le résultat est le gigantisme, et non l’acromégalie.
Si elle appartient à l’âge adulte, c’est-à-dire à une époque de la vie où la stature est depuis longtemps déjà un fait acquis, le résultat est l'acromégalie.
Si enfin, après avoir appartenu au temps de la jeunesse pendant lequel la taille continue de s’accroître, elle empiète sur le temps où l’on est homme fait, en d’autres termes sur la phase de l’existence qui ne comporte plus de développement ostéogénique, le résultat est la combinaison de l'acromégalie et du gigantisme.
La preuve de ce que nous avaiTçons apparaîtra dans toute son évidence, si Ton se reporte à toutes les observations publiées jusqu'à ce jour d'acromégalie et de gigantisme combinés. Toutes sans exceptions, la nôtre comme les précédentes, concernent descas d'acromégalie survenus insensiblement.chez des sujets jeunes, entre 18 et 22 ans.
On remarquera également que Lacromégalie est généralement mieux supportée par les géants que par les individus de taille moyenne ; ce qui revient à dire qu'elle est en général mieux supportée par les sujets adultes. Elle fait en quelque sorte partie de la constitution, étant survenue à un âge où les fonctions s'accommodent mieux de toutes les dystrophies.
Gela, d'autre part, ne signifie pas que le gigantisme — acromégalie de l'adolescence et de la jeunesse —n’entraîne pas, lui aussi, dés troubles d’ordre divers comparables à ceux qu’on observe dans l’acromégalie vraie — gigantisme des adultes. Nous ne voulons pas revenir ici sur ces troubles qui sont assez généralement connus.
Nous signalerons simplement parmi ceux dont les géants sont le plus ordinairement affectés : Y asthénie, dans son sens le plus large, la fatigùe physique, la faiblesse musculaire malgré l'eibsence d’atrophie, la diminution de la puissance génésique chez les hommes, l’aménorrAee chez les femmes, la la céphalée, la. tristesse, les
modifications multiples de la fonction cutanée, et jusqu’aux varices.
Enfin ne sait-on pas que la durée de la vie des géants est notablement inférieure à la moyenne ?
Voilà bien des analogies qui plaident en faveur de l’unité de nature, mais ces analogies ne sautent pas aux yeux. 11 y a entre un acromégalique difforme et un géant bien proportionné de telles différences qu’il paraissait indispensable d’établir une ligne de démarcation bien tranchée entre ces deux états anormaux. On l’a peut-être établie avec trop de rigueur.
Au demeurant, la question d'âge prime tout.
Cette question de l’âge qu’on a mise en avant pour faire ressortir une différence de plus entre l’acromégalie et le gigantisnie, n’infirme en rien l'identité de nature.
Une lésion rigoureusement la même chez un adulte et chez un enfant produit des effets dystrophiques absolument disparates : la thrombose cérébrale, lorsque la croissance n’est
P as complète, produit non seulement l'hémiplégie, mais hémiatrophie infantile.
Une thrombose toute semblable dans la même région hémisphérique, lorsqu’elle survient chez un adulte, peut ne compromettre en rien la nutrition du côté paralysé.
La croissance — mot qui résume ce que nous appelons en style pédantesque le processus tropbogénique— est un phénomène capable de transfigurer un état morbide au point de,le rendre méconnaissable.
Ne voit-on pas d’ailleurs chez la plupart des adolescents, à l’époque de la mue, se réaliser de la façon la plus naturelle une véritable acromégalie transitoire ? Qui n’a été frappé du développement démésuré et si choquant au point de vue esthétique, de leurs extrémités ?
Ces éphèbes aux grands pieds, aux larges mains, au nez volumineux, à la voix indécise, parfois grave à l’excès, seront un jour des hommes d’une conformation irréprochable. L’exubérance des organes génitaux parfait la ressemblance. C’est V acromégalie passagère de l’âge ingrat.
Le fait est si notoirement connu qufil en est devenu proverbial. Cette acromégalie physiologique, lorsqu’elle atteint un certain degré, permet de présager, sinon le gigantisme, du moins un développement de la taille qui dépassera la m(^enne.
D’ailleurs, ce n’est pas sans hésiter que certains auteurs sont arrivés à se décider catégoriquement en faveur de l’un ou l’autre diagnostic.
Après avoir séparé l’acromégalie du gigantisme, on cède aujourd’hui, en présence de faits qui s’accumulent, à la nécessité de revenir à une opinion éclectique. Même ceux qui ne prennent pas parti sont bien forcés de risquer certains rapprochements.
Eiigel-Reimers, par exemple, dans un travail sur « la forme athlétique du corps » (l),fait observer que le développement gigantesque congénital, aussi bien le partiel que le général, a beaucoup de points de contact avec l’acroméga- Iie qui est un processus essentiellement morbide.
Dana est plus affirmatif (2). « A mon avis, dit-il, beaucoup de soi-disant géants sont plutôt des cas de développement pathologique que des exemples d’une croissance physiologique excessive. »
Et Putnam (3) admet, d’autre part, que dans l’acromégalie on se trouve en présence d’une anomalie de développement.
Nous voici donc bien loin des conclusions auxquelles s’arrêtait G. Guinon (4) lorsque, discutant le diagnostic diffé-
(1) Jahrbücher der Hamburg Staatskrankenanstalten, III. 1894.
(2) Dana. loc. cit.
(3) Putnam. loc. cit.
(4) Guinon. Rev. génér. in Ga^. des Hôpit., nov. 1889.
rentiel de racromégalie et du gigantisme, il disait : a Tout révèle que non seulement il s’agit bien de deux états absolument différents, mais encore que, contrairement au gigantisme qui n’est, le plus souvent, que l’exagération d’un processus normal, l’acromégalie est une véritable maladie ».
Assurément, l’acromégalie est une maladie. Mais le gigantisme est aussi une maladie, et, qui plus est, c’est la même.
Nous concluerons donc à notre tour :
L’acromégalie est le gigantisme de l’adulte.,1e gigantisme est l’acromégalie de l’adolescent.
Ces deux états ne peuvent évidemment se définir l’un par l’autre, et la formule à laquelle nous nous arrêtons n’a d’autre but que de résumer dans une proposition concise les arguments précédemment développés.
Elle peut convenir à tous les cas d’acromégalie vraie. Elle s’accorde avec tous les faits publiés jusqu’à ce jour d’acromégalie et de gigantisme combinés.
Elle résume enfin l’histoire de Jean-Pierre Mazas, Géant dé Montastruc.
Clermont (Oise). — Imprimerie Daix Irères.