LIVRE TROISIÈME
reprit-elle, je t'aime encore mieux dans ton naturel qu'autrement. Tu es en homme ce que je suis en femme : c'est la plus grande louange que je puisse te donner. Je te reçois au nombre de mes adorateurs. Nous n'avons plus besoin du ministère de la vieille : tu peux venir ici me voir librement. Nous autres dames de théâtre, nous vivons sans contrainte, et pêle-mêle avec les hommes. Je conviens qu'il y paraît quelquefois ; mais le public en rit, et nous sommes faites, comme tu sais, pour le divertir. »
Nous en demeurâmes là, parce que nous n'étions pas seuls. La conversation devint générale, vive, enjouée, et pleine d'équivoques claires. Chacun y mit du sien. La suivante d'Arsénié surtout, mon aimable Laure, brilla fort, et fit paraître beaucoup plus d'esprit que de vertu. D'un autre côté, nos maîtres et les comédiennes poussaient souvent de longs éclats de rire que nous entendions ; ce qui suppose que leur entretien était aussi raisonnable que le nôtre. Si l'on eût écrit toutes les belles choses qui se dirent cette nuit chez Arsénié, on en aurait, je crois, composé un livre très instructif pour la jeunesse. Cependant l'heure de la retraite, c'est-àdire le jour, arriva : il fallut se séparer. Clarin suivit don Alexo, et je me retirai avec don Mathias.
I l'entretien de quelques seigneurs sur les comédiens de la troupe du Prince.