‹ Gil Blas. IntrodChapitre 137 sur 277 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

Histoire de don Pompeyo de Castro.

« Don Alexo, poursuivit-il, sait qu'au sortir de mon enfance je voulus prendre le parti des armes, et que, voyant notre pays tranquille, j'allai en Pologne, à qui les Turcs venaient alors" de déclarer la guerre. Je me fis présenter au roi, qui me donna de l'emploi dans son armée. J'étais un cadet des moins riches d'Espagne ; ce qui m'imposait la nécessité de me signaler par des exploits qui m'attirassent l'attention .du général. Je fis si bien mon devoir, qu'après une assez longue guerre, la paix ayant été faite, le roi, sur les bons témoignages que les officiers généraux lui rendirent de moi, me gratifia d'une pension considérable. Sensible à la générosité de ce monarque, je ne perdais pas une occasion de lui en témoigner ma reconnaissance par mon assiduité. J'étais devant lui à toutes les heures où il est permis de se présenter à ses regards. Par cette conduite, je me fis insensiblement aimer de ce prince, et j'en reçus de nouveaux bienfaits. « Un jour que je me distinguai dans une course de

bague et dans un combat de taureaux qui la précéda, toute la cour loua ma force et mon adresse ; et lorsque, comblé d'applaudissements, je fus de retour chez moi, j'y trouvai un billet par lequel on me mandait qu'une dame, dont la conquête devait plus me flatter que tout l'honneur que je m'étais acquis ce jour-là, souhaitait de m 'entretenir ; et que je n'avais, à l'entrée de la nuit, qu'à me rendre à certain lieu qu'on me marquait. Cette lettre me fit plus de plaisir que toutes les louanges qu'on m'avait données, et je m'imaginai que la personne qui m'écrivait devait être une femme de la première qualité. Vous jugez bien que je volai au rendezvous ! Une vieille qui m'y attendait pour me servir de guide m'introduisit par une petite porte du jardin dans une grande maison, et m'enferma dans un riche cabinet, en me disant : « Demeurez ici : je vais avertir ma maîtresse de votre arrivée. » J'aperçus bien des choses précieuses dans ce cabinet, qu'éclairaient une grande quantité de bougies ; mais je n'en considérai la magnificence que pour me confirmer dans l'opinion que j'avais déjà conçue de la noblesse de la dame. Si tout ce que je voyais semblait m'assurer que ce ne pouvait être qu'une personne du premier rang, quand elle parut elle acheva de me le persuader par son air noble et majestueux. Cependant ce n'était pas ce que je pensais.

« Seigneur cavalier, me dit-elle, après la démarche que je fais en votre faveur, il serait inutile de vouloir vous cacher que j'ai de tendres sentiments pour vous. Le mérite que vous avez fait paraître aujourd'hui devant toute la cour ne me les a point inspirés, il en précipite seulement le témoignage. Je vous ai vu plus d'une fois ; je me 3uis informée de vous, et le bien qu'on m'en a dit

du

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