LIVRE TROISIÈME
ne manquai pas d'y retourner deux jours après. « Je t'attendais, me dit la suivante, pour t' assurer que tu es commensal dans cette maison. Viens, suis-moi, je vais te présenter à ma maîtresse. » A ces paroles, elle me mena dans un appartement composé de cinq à six pièces de plain-pied, toutes plus richement meublées les unes que les autres.
Quel luxe ! quelle magnificence ! Je me crus chez une vice-reine, ou, pour mieux dire, je m'imaginai voir toutes les richesses du monde amassées dans un même lieu. Il est vrai qu'il y en avait de plusieurs nations, et qu'on pouvait définir cet appartement le temple d'une déesse, où chaque voyageur apportait pour offrande quelques raretés de son pays. J'aperçus la divinité assise sur un gros carreau de satin ; je la trouvai charmante, et grasse de la fumée des sacrifices. Elle était dans un déshabillé galant, et ses belles mains s'occupaient à préparer une coiffure nouvelle pour jouer son rôle ce jour-là. « Madame, lui dit la soubrette, voici l'économe en question ; je puis vous assurer que vous ne sauriez avoir un meilleur sujet. » Arsénié me regarda très attentivement, et j'eus le bonheur de ne lui pas déplaire. « Comment donc, Laure, s'écria-t-elle, mais voilàun joli garçon ! Je prévois que je m'accommoderai bien de lui. » Ensuite m' adressant la parole : « Mon enfant, ajouta-t-elle, vous me convenez, et je n'ai qu'un mot à vous dire : vous serez content de moi si je le suis de vous. » Je lui répondis que je ferais tous mes efforts pour la servir à son gré. Comme je vis que nous étions d'accord, je sortis sur-le-champ pour aller chercher mes hardes, et je revins m'installer dans cette maison.