LIVRE PREMIER
nous, et ne crains rien ; nous allons te mettre en sûreté. » A ces mots, il me fit monter en croupe sur son cheval, et nous nous enfonçâmes dans la forêt.
Je ne savais ce que je devais penser de cette rencontre ; je n'en augurais pourtant rien de sinistre. «Si ces gens-ci, disais-je en moi-même, étaient des voleurs, ils m'aurai^t volé, et peut-être assassiné. Il faut que ce soient de bons gentilshommes de ce pays-ci, qui, me voyant effrayé, ont pitié de moi, et m'emmènent chez eux par charité. 0 Je ne fus pas longtemps dans l'incertitude. Après quelques détours que nous fîmes dans un grand silence, nous nous trouvâmes au pied d'une colline, où nous descendîmes de cheval. « C'est ici que nous demeurons », me dit un des cavaliers. J'avais beau regarder de tous côtés, je n^apercevais ni maison» ni cabane, pas la moindre apparence d'habitation. Cependant ces deux hommes levèrent une grande trappe de bois, couverte de broussailles, qui cachait l'entrée d'une longue allée en pente et souterraine, où les chevaux se jetèrent d'eux-mêmes, comme des animaux qui y étaient accoutumés. Les cavaliers m'y firent entrer avec eux ; puis, baissant la trappe avec des cordes qui y étaient attachées pour ce,t effet, voilà le digne neveu de mon oncle Ferez pris comme un rat dans une ratière.