‹ Gil Blas. IntrodChapitre 17 sur 277 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Description du souterrain, et quelles choses y vit Gil BlaSJ '

Je connus alors avec quelle sorte de gens j 'étais ; et l'on peut bien juger que cette connaissance

m'ôta ma première crainte. Une frayeur plus grande et plus juste vint s'emparer de mes sens ; je crus que j'allais perdre la vie avec mes ducats. Ainsi, me regardant comme une victime qu'on conduit à Tautel, je marchais, déjà plus mort que vif, entre mes deux conducteurs, qui, sentant bien que je tremblais, m'exhortaient inutilement à ne rien craindre. Quand nous eûmes fait environ deux cents pas, en tournant et en descendant toujours, nous entrâmes dans une écurie qu'éclairaient deux grosses lampes de fer pendues à la voûte. Il y avait une bonne provision de paille, et plusieurs tonneaux remphs d'orge. Vingt chevaux y pouvaient être à l'aise ; mais il n'y avait alors que les deux qui venaient d'arriver. Un vieux nègre, qui paraissait pourtant encore assez vigoureux, se mit à les attacher au râteli^.

Nous sortîmes de l'écurie ; et, à la triste lueur de quelques autres lampes qui semblaient n'éclairer ces lieux que pour en montrer l'horreur, nous parvînmes à une cuisine où une vieille femme faisait rôtir des viandes sur un brasier et préparait le souper. La cuisine était ornée des ustensiles nécessaires, et tout auprès on voyait une office pourvue de toutes sortes de provisions. La cuisinière (il faut que j'en fasse le portrait) était une personne de soixante et quelques années. Elle avait eu dans sa jeunesse les cheveux d'un blond très ardent ; car le temps ne les avait pas si bien blanchis, qu'ils n'eussent encore quelques nuances de leur première couleur. Outre un teint oUvâtre, elle avait un menton pointu et relevé, avec des lèvres fort enfoncées ; un grand nez aquiHn lui descendait sur la bouche, et ses yeux paraissaient d'un très beau rouge pourpré.

« Tenez, dame Léonarde, dit un des cavaliers en

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