‹ Gil Blas. IntrodChapitre 182 sur 277 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

messe ; et si don Pèdre fonde sur mon refus Tespérance de monter au trône, sans engager les peuples dans un démêlé qui coûterait trop de sang, l'épée pourra décider entre nous qui des deux sera le plus digne de régner. » Léontio n'osa le presser davantage, et se contenta de lui demander à genoux la liberté de son gendre ; ce qu'il obtint. « Allez, lui dit le roi, retournez à Belmonte ; le connétable vous y suivra bientôt. » Le ministre sortit, et regagna Belmonte, persuadé que son gendre marcherait incessamment sur ses pas. Il se trompait. Enrique voulait voir Blanche cette nuit, et pour cet effet il remit au lendemain matin l'élargissement de son époux.

«Pendant ce temps-là, le connétable faisait de cruelles réflexions. Son emprisonnement lui avait ouvert les yeux sur la véritable cause de son malheur. Il s'abandonna tout entier à sa jalousie, et, démentant la fidéhté qui l'avait jusqu'alors rendu si recommandable, il ne respira plus que vengeance. Comme il jugeait bien que le roi ne manquerait pas cette nuit d'aller trouver Blanche, pour les surprendre ensemble il pria le gouverneur du château de Palerme de le laisser sortir de prison, l'assurant qu'il y rentrerait le lendemain avant le jour. Le gouverneur, qui lui était tout dévoué, y consentit d'autant plus facilement, qu'il avait déjà su que Siffredi avait obtenu sa Hberté ; et même il lui fit donner un cheval pour se rendre à Belmonte. Le connétable, y étant arrivé, attacha son cheval à un arbre, entra dans le parc par une petite porte dont il avait la clef, et fut assez heureux pour se glisser dans le château sans rencontrer personne. Il gagna l'appartement de sa femme, et se cacha dans l'antichambre, derrière un paravent qu'il y trouva sous sa main. Il se

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