LIVRE QUATRIÈME
pour moi ; mais depuis que je vis dans la solitude, j'ai rendu à mon goût toute sa pureté. Je n'aime présentement que les racines, les fruits, le lait, en un mot, que ce qui faisait toute la nourriture de nos premiers pères. »
Tandis qu'Ù parlait de la sorte, le jeune homme tomba dans une profonde rêverie. L'ermite s'en aperçut. « Mon fils, lui dit-il, vous avez l'esprit embarrassé. Ne puis- je savoir ce qui vous occupe ? Ouvrez-moi votre cœur. Ce n'est point par curiosité que je vous en presse, c'est la seule charité qui m'anime. Je suis dans un âge à donner des conseils, et vous êtes peut-être dans une situation à en avoir besoin. — Oui, mon père, répondit le cavalier en soupirant, j'en ai besoin sans doute ; et je veux suivre les vôtres, puisque vous avez la bonté de me les offrir. Je crois que je ne risque rien à me découvrir à un homme tel que vous. — Non, mon fils, dit le vieillard, vous n'avez rien à craindre ; on peut me faire toute sorte de confidences. » Alors le cavalier lui parla dans ces termes :