‹ Gil Blas. IntrodChapitre 250 sur 277 · I. isa · texte numérisé non relu

I. isa

quement attachée à un époux qui l'idolâtre, elle semble ignorer le bruit que ses charmes font dans Florence. Jugez si cette conquête est difficile ! Cependant cette beauté, tout inaccessible qu'elle est aux amants, a quelquefois entendu mes soupirs. J'ai trouvé moyen de lui parler sans témoins. Elle connaît mes sentiments. Je ne me flatte point de lui avoir inspiré de l'amour ; elle ne m'a point donné sujet de former une si agréable pensée. Je ne désespère pas toutefois de lui plaire par ma constance, et par la conduite mystérieuse que je prends soin de tenir.

« La passion que j'ai pour cette dame, continuat-il, n'est connue que d'elle seule. Au lieu de suivre mon penchant sans contrainte, et d'agir en souverain, je dérobe à tout le monde la connaissance de mon amour. Je crois devoir ce ménagement à Mascarini : c'est l'époux de la personne que j'aime. Le zèle et l'attachement qu'il a pour moi, ses services et sa probité, m'obligent à me conduire avec beaucoup de secret et de circonspection. Je ne veux pas enfoncer un poignard dans le sein de ce mari malheureux, en me^ déclarant amant de sa femme. Je voudrais qu'il ignorât toujours, s'il est possible, l'ardeur dont je me sens brûler ; car je suis persuadé qu'il mourrait de douleur, s'il savait la confidence que je vous fais en ce moment. Je cache donc mes démarches, et j'ai résolu de me servir de vous pour exprimer à Lucrèce touà les maux que me fait souffrir la contrainte que je m'impose. Vous serez l'interprète de mes senti- , ments. Je ne doute point que vous ne vous acquittiez à merveille de cette commission. Liez commerce avec Mascarini ; attachez-vous à gagner son amitié ; introduisez-vous chez lui, et vous ménagez la liberté de parler à sa femme. Voilà ce que j'at-

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